Il existe des docteurs du net, comme il existe des docteurs tout cours. Actuellement, leur grande spécialité à tous, c’est la « google-nologie ». Evidemment, comme les 87% d’internautes français passent avant d’accéder à la toile par le moteur de recherche californien, les google-nologues sont débordés de clients qui cherchent à mieux référencer leur site sur le web. Nous, à Bakchich, on a la chance de connaître l’un des meilleurs.
Le docteur du net me tend l’ordonnance. Il est écrit : « Le site internet de notre Présidence de la République, souffre d’une maladie grave. Alors que 8 français sur 10 effectuent leur recherche sur Google, qui est devenu un véritable service public d’accès à l’information, on peut légitimement se demander ce qui pousse le site Internet de l’Elysée à interdire au moteur de recherche américain l’indexation de ses pages et à empêcher ainsi les Français de trouver sur le net, les discours du Président et toutes les informations de l’Elysée ».
Je m’inquiète en insistant : « Depuis quand, docteur ? »
-« Depuis 2004. Vous vous rendez compte, c’est comme si, au début des années soixante à l’époque de de Gaulle, les discours télévisés du Général n’étaient diffusés que sur le département de la Creuse ».
Je reste interloqué devant un tel diagnostic et j’insiste : « Mais docteur, le site web de notre Présidence de la République a été changé de fond en comble par Monsieur Sarkozy depuis son arrivée. Il y a maintenant de l’interactivité, avec une profusion de chaînes TV, alimentées quotidiennement par des vidéos : Sarkozy décorant Tahar Bendjelloun, Sarkozy en Inde, Sarkozy et le cinéaste David Lynch, Sarkozy et Attali, Sarkozy à Ryad, Sarkozy chez les marins de Boulogne-sur-mer, Sarkozy à l’usine Alstom… Sans oublier les interviews des invités de l’Elysée : le chanteur Gilbert Montagné, Bernard Mure-Ravaud, le meilleur ouvrier fromager de France, Jacques Attali pour son rapport sur la croissance, Denis Olivennes sur le piratage, Lionel Stoléru sur les PME… Enfin, des vidéos qui ont demandé beaucoup de moyens pour être réalisées ».
Le docteur me répond : « vous me faite perdre mon temps. Le constat est simple : alors qu’ils n’offrent pas une profusion de contenus, les sites du chef du gouvernement du Quebec et celui du Quai d’Orsay, sont 10 fois mieux visités que ceux de l’Elysée et de Matignon. Même votre Bakchich.info est deux fois mieux visité, alors que vous ne le réalisez pas sous la protection de gendarmes et des moulures aux plafonds ».
Une seule valeur : Carla Bruni
Pour me convaincre, le docteur fini par me tendre le dossier médical d’elysée.fr ou il est indiqué les points suivants :
1) - Le site Internet de l’Elysée interdit à Google de parcourir les pages du site.
2) - Conséquence immédiate : une seule page parlant du président Sarkozy dans Google, associée au site de l’Elysée.
3) - Et 15 pages simplement concernant elysee.fr dans la base Google.
4) - Pourquoi personne ne s’en aperçoit : car Google ment. Le moteur américain fait croire qu’il référence 3 200 pages alors qu’il n’en a que 15.
5)- Et Google fait croire qu’il oriente vers la Présidence, alors qu’il oriente vers les vieilles archives du président Chirac.
Conclusion : Alors qu’un humain est capable de détecter tout de suite de telles fautes, les robots Google en sont incapables.
Le docteur m’invite à regarder sur son ordinateur un tableau dédié aux audiences sur Internet : « Regardez, alors que le site modeste du ministère de Kouchner s’envole, ceux de la Présidence et de Matignon restent en bas, avec une moyenne de 8 à 10 000 visites par jour, la même audience que le site de mon magazine préféré : autojournal.fr ».
Avant de quitter son cabinet, j’interroge une dernière fois le google-nologue : « Mais docteur, notre président est mondialement célèbre, ne peut-il pas uniquement sur son nom attirer du trafic sur le site de l’Élysée » ?
Il éclate de rire en m’invitant à regarder à nouveau l’écran de son ordinateur : « Aujourd’hui pour Google, la seule valeur qui existe à l’Elysée, c’est le mot clé “Carla Bruni”.
Tous les traders de la publicité sur le net sont en train de miser sur le nom de la chanteuse, qui a pris une valeur considérable en terme financier depuis le jour où elle s’est affichée à Disney avec notre président.
Bref, comme si à l’époque du Général, aux yeux de l’ORTF, la personne d’Yvonne de Gaulle avait plus de valeur que les activités du président de la République.
Revenez vite et je vous en dirai plus sur les mots clés ».










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