Trop de lecteurs de « Bakchich » l’ignorent : cette année 2008 est celle du cent cinquantième anniversaire des apparitions de Lourdes. En attendant l’inévitable visite du Pape pour le « jubilé », la télé s’y met gentiment, notamment dans un reportage signé Nicolas Robida et intitulé « Le miracle de Lourdes » (France 5, dimanche 17 février). Ni bigot, ni caustique, le ton restait respectueux et de bon goût, pas du genre à montrer Laure Manaudou à poil dans la piscine miraculeuse.
Mais c’est vrai qu’en filmant Lourdes, il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Images et témoignages sont assez accablants en eux-mêmes, sur cette industrie touristique bas de gamme, qui vit grâce au petit peuple, ce popolino des paroisses ( beaucoup d’Italiens…), ces gens de peu dont « pour certains c’est la seule sortie de l’année ». Au Bureau des guérisons médicales, le docteur explique que le dernier miracle enregistré officiellement date de 1987. Sous Mitterrand ! On se demande alors ce qu’attend Sarkozy pour libérer cette croissance-là. Un historien local expliqua la percée fulgurante au 19e siècle du pèlerinage dans ce bourg pyrénéen isolé par l’arrivée du chemin de fer et l’expansion de la photographie qui permit de diffuser massivement la trombine de Bernadette Soubirous, gamine illettrée, à qui « une dame blanche » déclara en patois bigouran : « Que soy era immaculada councepciou » c’est-à-dire « je suis l’Immaculée Conception » (un dogme tout nouveau à l’époque, dont la petite bergère ignorait tout).
Depuis le business est partout, pas seulement dans l’hôtellerie et les bazars mais aussi dans le domaine spirituel avec les « indulgences », remises à l’honneur par le pape Benoît XVI. De quoi s’agit-il ? « De crédits sur vos bonnes actions » expliquait un ecclésiastique à propos de cette pratique typiquement catholique qui déclencha jadis la colère de Luther. En clair, le fidèle paie pour effacer toutes les taches de ses péchés, même les plus résistantes au lavage. Il paie en monnaie sonnante et trébuchante ou, comme on le voyait dans le reportage, à coups d’autocollants apposés sur une sorte de permis à points. A la place des pauvres, on se méfierait : après les subprimes américains, ils pourraient encore se faire tondre par une crise du « crédit » spirituel.










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