Le maître s’en avise, le secoue (en ce temps-là, les maîtres secouaient), mais voit ses yeux gonflés, et cette enflure caractéristique, de chaque côté, sous les oreilles. Ils sont là, pense-t-il. Rentre chez toi, petit, et dis à maman de te coucher : tu as les oreillons (en ce temps-là, les enfants rentraient chez eux à pied). Huit jours sous le gros édredon, la tête comme une poire. Le docteur n’a rien prescrit, surtout pas d’aspirine, il a préconisé des bouillons et des tisanes (en ce temps-là, les médecins préconisaient volontiers des bouillons et des tisanes).
Pour les filles, pas la peine de s’inquiéter. Pour les garçons, surtout ne pas courir ni soulever des sacs de patates : le mal se porterait sur les coucougnettes, savamment appelées « testicules » par l’homme de l’art, qui se rince soigneusement les mains dans une cuvette après avoir scruté la gorge du patient avec le manche d’une cuillère à soupe. On le sait, si les oreillons « descendent », le jeune mâle risque d’être sec à vie. Plus on les a tard, les oreillons, plus grand est le risque. On parle de couilles énormes, tuméfiées comme des fruits tropicaux, soutenues par une tablette elle-même attachée on ne sait où par des rubans. Il n’est pas certain qu’elles se dégonflent un jour. On souffre l’enfer. On assure qu’Untel, frappé à trente-cinq ans, en est resté complètement ramolli.
D’où l’intérêt d’avoir les oreillons le plus tôt possible. En tout cas, avant le service militaire, où la promiscuité et la crasse des casernes multiplient le danger. Heureusement, quand on les a eus une fois, on ne les a plus jamais (sauf, paraît-il, le frère d’Untel, qui les aurait eus quatre fois, mais dans cette famille, ils ne font jamais comme tout le monde…). Alors le malade, bien qu’évincé de l’école par une administration hygiéniste, voit venir à lui, le jeudi, poussés par leurs mamans, ses petits copains non immunisés. Ils jouent ensemble aux petits chevaux et au jeu de l’oie, jeux par excellence des maladie infantiles, et les copains repartent chargés du virus. Du moins, on l’espère. Si c’est le cas, une bonne chose de faite…
Le vaccin contre les oreillons fut inventé en 1967. Fini, les oreillons qui faisaient ressembler les enfants à Louis-Philippe. Sauf dans le Tiers-Monde, et, tenez-vous bien, au Canada. Dans l’Alberta, précisément : fin 2007, on vaccinait à tour de bras. Tabernacle !








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