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Le cyclorameur : bon débarras !

chronique nostalgique / samedi 22 mars 2008 par Jacques Gaillard
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Ne ressentez-vous pas, même sans être radicalement périmé vous-même, le besoin, parfois, d’un inventaire ? Le besoin de recenser, d’évoquer, de ressusciter des objets aujourd’hui disparus, et qui pourtant ont existé, là, entre vos mains, sur l’étagère, dans le jardin, au coin de la rue, absolument familiers, utiles, en tout cas, ou amusants, et que l’on jugeait indispensables… jusqu’au jour où on ne les a plus vus. Pfuit ! Il y en avait, il n’y en a plus, c’est peut-être cela, l’Histoire, ou sa menue monnaie, notre histoire, la vôtre, la mienne.

C’est un peu comme les photos de Doisneau : pour deux générations, il y a au moins un cliché où l’on pourrait reconnaître une photo de famille. Mais les visages nous enferment dans notre histoire personnelle ; ce qui nous lie à la grande masse sociale, ce sont les objets, oui, et aussi les pratiques, qui vont avec, mais gardent souvent leur fantaisie propre : on faisait ceci, on ne le fait plus. Tout est lié, les trucs et les machins, les choses et les bidules, dans le grand débarras du dernier demi-siècle, traversé à la vitesse d’un mascaret d’innovations. Eh oui, si l’on regarde la France de 1950, elle ressemblait plus à la France de 1930 qu’à celle de 1970, tous les historiens des techniques et des moeurs vous le diront.

Chronique nostalgique : le cyclorameur - JPG - 53 ko
Chronique nostalgique : le cyclorameur
© Jacques Colombat

Notre petite archéologie de la péremption contemporaine va déterrer des machins qui, à la vérité, existent encore, mais rarement, et avec un statut différent – le martinet, par exemple, à volé des fesses des enfants à celles des adultes consentants. Ou alors, « on en trouve encore » – au fin fond d’une brocante, ou dans les tiroirs d’une mercerie provinciale, que sais-je ? Eh bien, tant pis : nous ferons comme s’il n’y en avait plus. « Je me souviens… », osa dire Pérec. A notre tour, souvenons-nous. Sans nostalgie. Pour la beauté de la chose, eût dit Vialatte, grand chosiste s’il en fût.

Un tricycle très près du sol…

Pour onze euros cinquante, vous pouvez encore acquérir, sur un site de ventes aux enchères, ce « jouet très ancien » (sic). C’est le cyclorameur, un jeu bien trop dangereux pour nos enfants, qu’on a mis à la décharge dès l’apparition du vélo. Bénies soient les nouvelles technologies.

C’est un tricycle très près du sol, la selle (de métal) étant directement posée sur le châssis (de métal) sur lequel sont fixées les roues (de métal) garnies d’un pneu de caoutchouc dur, pour ne pas rayer le parquet – le cyclorameur se pratique aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, à condition de doser son énergie.

Il en faut, de l’énergie, pour avancer à force de bras : les deux pieds sont calés sur les côtés de la roue avant, qui est unique, et guident l’engin approximativement, en poussant d’un côté ou de l’autre ; on a ensuite le choix entre deux options : soit c’est un manche muni de deux poignées que l’on tire et l’on pousse alternativement, comme si l’on pompait ou sciait ; soit – et c’est le vrai cyclorameur – deux fortes tiges horizontales forment les rames de cet esquif à roues, et l’on doit, comme sur une barque, les attirer puis les repousser. Un système complexe de bielles, sous le siège, transforme ce mouvement horizontal et le communique aux roues arrière.

Épuisant et très dangereux

C’est compliqué ? C’est surtout épuisant : le siège étant fixe, les reins de l’enfant deviennent vite douloureux et, faute d’une démultiplication efficace, il lui faut de sérieux efforts, surtout pour démarrer. Eh bien, croyez-moi si vous le voulez, les enfants de l’époque ne rechignaient pas à ce déploiement de force. Ils avaient d’autant plus de mérite que l’engin pouvait blesser : il fait partie de cette catégories de mécaniques conçues pour pincer les doigts qui fit hurler plus d’un gamin.

Je citerai, dans cet arsenal, la voiture à pédales, entièrement construite en tôle et pesant vingt bons kilos, dont le volant se coince en bout de course et précipite véhicule et conducteur sur l’arête vive d’un meuble ou un coin de mur râpeux. C’est en le décoinçant (ou en débloquant les pédales, suspendues à des tringles sournoises) que le pilote s’expose à une revanche brutale du métal.

La voiture à pédales avait quelque chose d’aristocratique

Placée sous le patronage (usurpé) de Bugatti ou de Panhard-Levassor, la voiture à pédales avait quelque chose d’aristocratique : les autos, on en rêvait davantage qu’on ne les conduisait. Certaines se déguisaient en taxis, c’était écrit sur leurs flancs, pour rester dans le champ du labeur. Le cyclorameur, moins onéreux, passait pour constituer une transition mécanique entre le Youpala et le bicyclette à stabilisateurs, étapes difficilement contournables d’une éducation musculaire. Aussi bien, dès que l’âge du vélo était venu, le cyclorameur passait dans un débarras, où il rouillait.

De nos jours, cet engin serait considérée comme une impeccable machine à mutiler la jeunesse. On la proscrirait même en Chine. Pensez à tous ceux qui ont réussi à conserver encore aujourd’hui tous leurs doigts malgré tant de dangers.

Pour l’héroïsme comme pour le reste, tout se joue avant sept ans.


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Forum

  • Le cyclorameur : bon débarras !
    le vendredi 26 juin à 11:49, Jouanisson a dit :
    Surtout ce dont je me souviens, c’est l’étrangeté ressentie à la possibilité de repartir en marche arrière, après être allé de l’avant ; cette sensation de toute puissance sur la mécanique était exaltante, lui imposer mon désir par le seul (me semblait-il alors) exercice de ma volonté, me rendait ainsi hors d’atteinte des cruels indiens et de tous guerriers ennemis. A la force de mes bras, je devais le salut dans la fuite. Merci mon vieux cyclomoteur…
  • Le cyclorameur : bon débarras !
    le samedi 28 mars à 11:43, Philippe Bucher a dit :

    Je suis très surpris de tomber sur votre site et surtout du ton négatif utilisé à propos de ces chers et magnifiques jouets que sont les cyclo-skiff.

    J’ai 56 ans et enfant j’avais l’occasion de jouer avec le cyclo-skiff d’un ami. J’en rêvais. Un jour j’ai trouvé un cyclo-skiff dans un magasin et je suis remonté jusqu’au fabricant de CYCLO-SKIFF de NYON. J’ai acheté tout le solde des pièces et en ai monté quelque dizaines ne les relaquant avec des teintes modernes ou classiques rouge et turquoise métallisé. Celà a redonné beaucoup d’émotions et de plaisir à beaucoup de gens dont plusieurs me firent le témoignage que le cyclo-rameur était recommandé par les médecins pour le développement de la cage thoracique de certains enfants.

    J’ai écrit ces quelques lignes suite aux réactions de bon sens des lecteurs précédents et salue ici tous les amoureux de ce magnifique et intelligent petit engin.

  • Le cyclorameur : bon débarras !
    le jeudi 1er janvier à 09:20
    j’ai jamais lu un truc aussi con….
  • Le cyclorameur : bon débarras !
    le jeudi 30 octobre 2008 à 00:08, LOUISE a dit :
    Je ne suis pas du tout d’accord avec vous ! C’est quoi au juste votre problème ! D’après vos dires quant aux bon vieux cyclorameurs, j’en déduis qu’il vous reste des cicatrices … certainement très personnelles. Pour ma part, je suis collectionneuse de tricycles (chevaux surtout !), et je n’ai pas constaté ce type de désarroi avec mes 4 enfants, qui ont eu la chance de jouer avec les 30 jouets de ce type, sortis de ma collection. Je suis par ailleurs assistante maternelle … et je trouve bien plus dangereux certaines choses de la vie quotidienne, qui s’avèrent être physiquement et psychologiquement, bien pire et irréversible. Aujourd’hui, il y a bien plus d’accidents surtout dit domestiques, dans les familles. Je conclurai par : Les personnes ayant + de 40 ans aujourd’hui sont inévitablement des réscapés … aucune sécurité à l’époque…alors que maintenant … il ne devrait rien se passait, n’y avoir aucune excuses …pourtant les statistiques parlent… Triste réalité !
  • Le cyclorameur : bon débarras !
    le dimanche 20 avril 2008 à 13:24
    VOUS ETES PARANO ET A COTé DE LA PLAQUE LE CYCLO RAMEUR SUR LA DIGUE DE WIMEREUX QUEL PIED ! LE DEMARAGE EST FACILE COMME TOUT QUAND ON A COMPRIS ; IL FAUT UN PEU DE FEELING COMME POUR D’AUTRES ACTIVITés (SKI, SKATE,KITE, AUTOMOBILE J’EN PASSE ET DES MEILLEURES……… DANGEREUX ???? SANS DOUTE MOINS QUE TF1
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