La semaine passée, le président algérien Abdel Aziz Bouteflika était pour deux jours en visite à Moscou. Ce séjour express suscite moultes inquiétudes en Europe. À Paris, les responsables du secteur gazier – à Gaz de France entre autres – s’interrogent notamment sur le sens du message de Bouteflika validant l’éventuelle intégration de l’Algérie au projet lancé par la Russie de créer un « Opep du Gaz ».
Drôle d’idée pour un président qui, quelques jours auparavant encore, critiquait vivement Moscou et ses Mig 29, ces avions « aveugles » livrés non conformes par la Russie à Alger. Bouteflika s’était insurgé du manque de sérieux du pays de Poutine.
À Washington, bien qu’il n’y ait eu à ce jour aucune réaction officielle, la déception est également forte. Mais le chef d’État algérien n’en démord pas : l’intégration de l’Algérie au projet russe cadre avec les intérêts du pays. Et argumente auprès de l’agence moscovite Itar : déjà en 1960, « la défense des intérêts des pays membres de l’Opep, a été à l’origine de la création de cette organisation ». Il ajoute : « cette leçon ne doit pas être oubliée ».
L’idée de la création de l’Opep du gaz ne cesse de mûrir
Doit-on prendre au mot les déclarations du président Bouteflika ? Tous les indices le confirment ou presque. Boutef’, qui tenait par le passé à afficher son indifférence, appelle aujourd’hui à « améliorer le fonctionnement » du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) qui devrait jouer un rôle plus actif dans l’échange d’informations entre ses participants. Des recommandations dans ce sens doivent être présentées lors de la prochaine réunion de ce Forum prévu à Moscou l’été prochain. Au Quai d’Orsay, on indique que les Algériens ont longtemps attendu avant de décider d’emprunter cette voie. Notamment après les hésitations des États-Unis, qui ont fait savoir qu’ils reconsidéreront leur position dans le secteur des hydrocarbures en Algérie, après que l’État l’a repris en main.
Quoi qu’il en soit, force est de rappeler que depuis la signature en 2006 d’un accord de coopération entre le géant russe Gazprom et la Sonatrach (qui vient mardi dernier d’augmenter son capital de 43% pour atteindre 7 milliards de dollars), l’idée de la création de l’Opep du gaz ne cesse de mûrir. Les Algériens ont discuté ce sujet, à plusieurs reprises avec les deux grands présumés partenaires, à savoir l’Iran et le Qatar.
Dans ce contexte, on assure, de source iranienne proche de la NIOC (National Iranian Oil Company), que Bouteflika – qui devait se rendre en visite officielle à Téhéran – abordera en premier le projet du cartel du gaz. Traduction : on n’est plus dans une phase préliminaire, mais on prépare le terrain qui précède l’annonce officielle. Reste à savoir si le Qatar est capable de suivre et s’il pourra contrarier Washington, qui se demande comment ce petit État allié du Golfe, dépendant d’elle, politiquement et en matière de sécurité, pourrait aller aussi loin dans la provocation. Peu de risques en effet… le Premier ministre qatari et ministre des Affaires étrangères, Cheikh Hamad ben Jassem ben Jabr Al-Thani a, lors d’une rencontre avec le président algérien, souligné que la décision de la création de l’Opep du gaz ne doit pas être prise dans un climat de défi aux États-Unis et contre ses intérêts stratégiques.
L’offensive iranienne pour, les États-Unis et l’Europe contre
Quelques jours après la visite du président algérien à Moscou et ses déclarations favorables à la création du cartel du gaz, le ministre iranien du Pétrole, Ghulam Hussein Nouzdry, a de nouveau appelé à la création de cette organisation. Il a également laissé entendre qu’une telle initiative prendra du temps. L’Iran, qui possède les deuxièmes réserves mondiales du gaz a déjà discuté avec le Nigéria et le Vénézuela de cette opportunité. Le ministre iranien n’exclut pas que la Libye, qui est considérée comme un pays prometteur en la matière, ne tardera pas à joindre le cartel le moment venu.
Alors que les États-Unis et l’Union européenne soulignent que la création de l’Opep du gaz menacerait la sécurité énergétique mondiale et ouvrirait la voie aux fluctuations sauvages des prix ; des experts affirment, pour leur part, que cette nouvelle organisation aura une influence similaire à celle de l’Opep du pétrole. Car les accords gaziers sont ratifiés sur la base de contrats à long terme, au lieu du système de marché adopté jusque-là dans la commercialisation du brut.
Adresser un message aux États-Unis
En tout état de cause, les analystes en matière de géostratégie estiment que le rapprochement en cours entre Téhéran et Moscou dans le domaine de l’énergie vise, en premier lieu, à adresser un message aux États-Unis. Pour preuve, la signature (il y a quinze jours) par Gazprom de plusieurs grands projets dans le secteur des hydrocarbures en Iran. Cela arrive au moment où l’administration Bush fait le forcing pour isoler l’Iran économiquement et financièrement. Moscou compte ainsi remplacer les compagnies européennes qui se sont retirées des champs pétroliers et gaziers iraniens, telles le Français Total ou la Royal Deutsch Shell. Gazprom se retrouve donc la mieux placée pour développer les capacités du deuxième État producteur du gaz après la Russie.
Reste à savoir maintenant si Gazprom veut – ou peut – mettre le paquet pour développer les champs gaziers iraniens. Selon les experts, on voit mal comment cette entreprise publique russe pourrait ouvrir plusieurs fronts en même temps contre les intérêts stratégiques et vitaux des États-Unis. Ce que Gazprom pourra faire de manière certaine à court terme, c’est aider l’Iran à développer les oléoducs reliant le nord au sud du pays. Ce qui devra réduire la dépendance vis-à-vis du gaz importé du Turkménistan qui avait, en décembre dernier, irrité Téhéran en suspendant son approvisionnement.
D’ici l’été 2008, date de la tenue du Forum des pays exportateurs du gaz (FPEG) à Moscou, le schéma sera sans doute plus clair, et la position des uns et des autres aussi. Mais, toutefois, il est possible d’assurer que le noyau dur du cartel est en train de se dessiner. Il comprendra la Russie, l’Iran et l’Algérie. Rien d’autre que les premier, deuxième et quatrième exportateurs mondial de gaz.










