Tout est bon pour rebondir dans les sondages. Voilà qu’il s’apprête à jouer les Indiana Jones. Ou le Gringo de Jacques Vabre. C’est dit, Nicolas Sarkozy, s’il le faut, ira en personne chercher Ingrid Betancourt. Caramba, c’est ce qui s’appelle les avoir « bene pendentes » comme on le proclame deux à trois fois par siècle au Vatican - et aussi à l’Elysée en ces temps de laïcité élastique.
La belle tartarinade que voilà. Car la déclaration présidentielle ne résiste pas à l’examen. Repassons la bande : "Je suis prêt, comme le souhaite le président Chavez, si c’est la condition de sa libération, à aller moi-même à la frontière du Venezuela et de la Colombie, chercher Ingrid Betancourt si ce devait être une condition des FARC".
Résumons ce propos à la conditionnalité redondante : Hugo Chavez souhaiterait que Nicolas Sarkozy se rende à la frontière. Nicolas est d’accord, mais uniquement si c’est une condition imposée par les FARC.
Première question : pourquoi passer par l’intermédiaire des micros et des caméras pour répondre favorablement au souhait exprimé par Chavez - à supposer qu’il l’ait vraiment formulé ? Que l’on sache, le téléphone n’est pas encore coupé entre Caracas et le reste du monde. La présidence française, même en déplacement en Afrique, dispose de moyens de télécommunications sophistiqués.
Seconde question : pourquoi le président affirme-t-il qu’il est prêt à se déplacer « si ce devait être une condition imposée par les Farc » ? A contrario, ce n’est donc pas, pour l’heure, une des contreparties exigées pour la libération d’Ingrid Betancourt. Les narco guérilleros n’ont rien demandé au Bolivar de l’Elysée. Et se moquent apparemment de sa venue comme de leur première Kalachnikov. Bref, ça sent joyeusement l’esbroufe.
De deux choses l’une. Soit la diplomatie française a de réels contacts avec les FARC et point n’est besoin de le claironner, sauf à vouloir se refaire une santé politique sur le dos d’Ingrid Betancourt.
Soit la télévision est le seul canal de communication avec les narco guérilleros, et alors la déclaration du président pèse autant qu’un nuage de cocaïne dans un laboratoire clandestin au fond de la jungle.
Procès d’intention ? Depuis l’obscène tartuferie sur le parrainage des enfants victimes du génocide par les élèves de CM2, on sait que Nicolas Sarkozy est prêt à faire feu de tout bois pour retrouver un peu de popularité. Il n’est pas de drame qu’il ne rechigne à exploiter. Pas d’opportunité sur laquelle il ne bondisse.
Et, au point où nous en sommes, je ne serais pas davantage surpris que le Rambo de l’Elysée demandât à sa nouvelle compagne de renouveler l’équipée de Cécilia en Libye. Après Eurodisney et les ruines de Pétra, il serait logique que Carla Sarkozy ait, elle aussi ses bonnes œuvres, entendez la libération d’otages. C’est quand même plus tendance que les pièces jaunes de Bernadette. Vous avez aimé « Nicolas au pays de l’or noir » – avec la participation de Monsieur K. spécialement venu de Tripoli ? Vous adorerez « Nicolas et les Picaros »…




