« Je crois que nous sommes considérés (en France) comme des sous merdes. Quand je vois comment nous sommes reçus à la Silicon Valley et ici, à la Silicose Valley ». Le jugement est sévère, venant du Français qui a le plus d’audience sur Internet.
Mais on peut comprendre l’énervement de Pierre Bellanger, le patron de Skyrock, la radio des jeunes, qui se lâche dans un entretien au site Neteco.com. Sa plate forme interactive Skyblog, lancée en 2002, compte près de 13 millions de blogs et 500 millions d’articles. Depuis janvier, elle a intégré le petit carré des vingt sites web les plus visités au monde (17ème site en termes de pages vues selon l’institut comScore, et plus de 20,2 millions d’internautes chaque mois) et personne ne l’a pas félicité pour cet événement. Plus fort que les Asiatiques puisqu’il a fait passer, sur la toile, la langue française devant la chinoise.
« Le politique, la société française n’ont aucune conscience de ce que représente un réseau social. D’être le premier site de langue française sur Internet. Je suis plus satisfait d’avoir 50.000 blogs et profils qui se créent par jour, qu’un ministère qui comprend ce qu’on fait » commente le patron de Skyrock, dont le site web reçoit chaque jour pas moins de 1,5 millions d’articles rédigés par des internautes en langue française, mais aussi en espagnol, italien et dans les langues scandinaves.
Pierre Bellanger avoue que, peut être, s’il était diplômé des Ponts et Chaussée, il aurait été davantage écouté par les élites hexagonales. « Mais heureusement que j’ai fait des études de biologie, c’est cela qui m’a permis de comprendre l’Internet », ajoute-t-il.
Il a remis un rapport à la commission Attali sur l’urgence numérique
C’est en allant sur son blog que l’on découvre l’ampleur du fossé creusé entre les responsables de la politique des nouvelles technologies et la réalité du net de ce franc-tireur. Pierre Bellanger y étale ses théories sur l’avenir numérique de notre pays. Et là, on comprend les doutes sur les capacités de nos ministres à piger quoi que ce soit au rayon de l’Internet. Que le gouvernement appelle à chaque consultation les mêmes éternels Denis Olivennes, Loïc Le Meur ou Jean-Noël Tronc…, au lieu et place du patron de la radio qui a redonné aux jeunes le goût virtuel de l’expression écrite, peut être assimilé à une grosse bêtise, même si tout ce que dit le patron de Skyblog n’est pas forcément parole d’Evangile.
Fils de Claude Bellanger, co-fondateur du Parisien et historien reconnu de la presse, cet ancien militant de la revue écologiste « la Gueule Ouverte » et pionnier des radios libre à la fin des années 70 a même offert à la commission Attali, un rapport titré « l’urgence numérique ». Il suggère également la création d’un grand ministère de l’Internet.
Pierre Bellanger, développe ses arguments en s’appuyant surtout sur sa culture scientifique. Une différence sensible par rapport aux autres groupes de médias, tels Lagardère, TF1, M6 ou France Télévision. On voit mal Arnaud Lagardère, Nonce Paolini, Nicolas de Tavernost ou Patrice de Carolis…, qui sont à des années lumière de Skyrock dans le domaine de l’Internet, écrire une telle conclusion :
« Le code ! La Renaissance a eu lieu grâce à l’explosion, par l’intermédiaire de l’imprimerie, d’un code à vingt-six signes : l’alphabet romain (A, B, C, D, E, etc.). La révolution numérique est l’expression universelle du code binaire à deux signes (0 et 1). Une nouvelle révolution du code est en marche, qui fait de la révolution numérique, moins que le murmure d’une douce berceuse, et remet en cause les fondamentaux humanistes de la Renaissance : la révolution génétique. Son code, les quatre bases : adénine, thymine, guanine et cytosine (A, T, C, G). Mais c’est une autre histoire… ».
D’accord, c’est un peu hermétique de prime abord. Mais, à la longue, on s’y fait, au Da Bellanger Code !










