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Les voraces corsaires de la justice consulaire

CORRUPTION / mardi 25 mars 2008 par Sébastien Fontenelle
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Petit sacerdoce, le métier d’administrateur judiciaire demande de grands sacrifices pour sauver les entreprises en difficulté. Mais de petits malins en profitent pour faire fructifier leurs deniers. Un procès scrute en ce moment les petites et grosses ficelles du métier.

Peut-on, en France, faire confiance à la justice consulaire de son pays : celle des tribunaux de commerce, qui sont en principe chargés d’assurer, en les confiant à des administrateurs judiciaires, le sauvetage des entreprises en difficulté ? Un procès-fleuve se termine ces jours-ci à Paris. Passé curieusement inaperçu, il apporte un commencement de réponse, et jette une lumière blafarde sur certaines pratiques : treize de ces administrateurs, mis en examen pour « corruption passive », y comparaissaient pour avoir, dans les années 1990, passé avec un banquier, poursuivi quant à lui pour « corruption active », un pacte inventif mais illicite.

Un système bien rôdé

L’affaire, instruite par la juge Evelyne Picard, est d’une aimable simplicité : plutôt que de s’attacher (platement) au redressement des sociétés en péril que leur confiait le tribunal de commerce, les prévenus se préoccupaient surtout, en gestionnaires avisés, d’améliorer leurs propres fins de mois. Ils avaient conçu, pour cela, un système ingénieux, en même temps que délicieusement rémunérateur : ils déposaient les derniers avoirs des sociétés en question dans une banque amie – la Société de Banque Occidentale (SDBO, filiale du Crédit Lyonnais) – sur des comptes qui, souvent, n’étaient pas rémunérés.

Les voraces corsaires de la justice consulaire - JPG - 49.8 ko
Les voraces corsaires de la justice consulaire
© Morvandiau

On imagine aisément la joie du patron de ce vénérable établissement, Pierre Despessailles (lui-même ancien juge consulaire au tribunal de commerce de Paris, et décédé récemment) : ces dépôts massifs ne lui coûtaient pas un centime. Pour bien marquer sa gratitude, il concédait à son tour à ses bons clients de la justice consulaire des prêts personnels à des taux négociés, qui leur permettaient de se constituer à peu de frais un confortable patrimoine immobilier.

« Remarquablement introduit »

Dans un rapport d’inspection confidentiel du 30 septembre 1992, la Commission bancaire, chargée de contrôler en France les établissements de crédit, observait que la SDBO avait considérablement développé son « secteur « administrateurs judiciaires », dans lequel (son) directeur général », Pierre Despessailles, « (était) remarquablement introduit ». La Commission précisait que l’objectif de la banque était de « couvrir » la plus grande partie des tribunaux de commerce de la région parisienne. Pour ce faire, Pierre Despessailles, « veillait à entretenir », « des relations personnelles directes avec les administrateurs et mandataires » judiciaires « clients de la SDBO », leur concédant notamment « des conditions tarifaires exceptionnelles ». Cette consanguinité a théoriquement pris fin en février 1996, quand le président du Conseil national des administrateurs judiciaires a signé une « recommandation déontologique » conseillant formellement aux intéressés de « ne contracter à titre personnel tel ou tel établissement avec lequel des relations professionnelles étaient déjà entretenues qu’(à la condition) de s’abstenir de toute négociation individuelle en vue d’avantages particuliers » : mieux vaut tard que jamais.

Dans son ordonnance de renvoi, Evelyne Picard donnait de cette inventive sollicitude le résumé suivant : « Il ressort de l’examen des faits que (…) Pierre Despessailles (…) a mis en place (…) un véritable système de corruption auquel bon nombre d’administrateurs judiciaires (…) ont acquiescé avec plus ou moins de voracité ».

143 comptes ouverts et un château de 350 m à la clé

L’exemple, parmi treize autres, de maître I., administrateur judiciaire à Paris, donne un bon aperçu de cet appétit : cette dame avait ouvert à la SDBO la bagatelle de 143 comptes. Correspondant, pour l’essentiel, à chacune des sociétés en difficulté dont elle était censée assurer le redressement. Et sur lesquels, pour le seul second semestre de l’année 1994, elle avait déposé plus de 44 millions de francs : une somme assez rondelette. En échange de cette assiduité, la banque avait consenti à cette cliente modèle, outre des facilités de caisse d’un million de francs, nombre de menus avantages.

D’abord, un prêt immobilier de 2,6 millions de francs sur dix ans au taux préférentiel de 5,5 %, à une époque (1987) où le taux de base, pour de tels prêts, était de 9,60%. Puis un deuxième prêt immobilier, trois ans plus tard, de 4,5 millions de francs, au taux exceptionnel de… 0%. Puis encore : un troisième, de 4 millions de francs, douze mois plus tard, au taux, non moins amical, de 1%. Puis enfin, en 1994 : un ultime prêt, de 600 000 francs, à 6%, au lieu de 7,95%.

Avec tout ce bel argent, qui ne lui a pas coûté grand chose, maître I. s’est notamment offert un très bel « ensemble immobilier » dans le centre de Paris, et, en Normandie, ce qu’elle appelle « une belle maison » : un château de 350 m habitables nimbé d’un parc de 1,5 hectare, au cœur d’un élégant massif boisé de 30 hectares (verdoyants) supplémentaires.

Liquidation express

Jacques Melki, marchand de tableaux, tenait rue de Seine, à Paris, une galerie de renommée mondiale. Placée en redressement judiciaire au mois de septembre 1993, sa société, la Segame, est confiée à deux administrateurs. La Segame est liquidée un mois plus tard, « en un temps record », alors qu’elle dispose encore « d’un fonds de roulement de plus de neuf millions d’euros ». Étonnant. Les deux administrateurs sont de ceux qui sont aujourd’hui jugés à Paris pour corruption passive. Jacques Melki, qui a, c’est un euphémisme, mal digéré d’avoir perdu sa galerie, a demandé à se constituer partie civile (et brandit à l’appui de sa requête une ordonnance du 22 janvier 2007, où le Premier Président de la Cour d’appel de Paris considérait qu’ « un soupçon objectif de partialité » pesait sur des « membres de la juridiction consulaire » parisienne) : il attend une réponse.

Les sociétés dont maître I. et ses douze co-prévenus devaient assurer la survie ont quant à elles connu, souvent, un destin moins hollywoodien (voir l’encadré ci-contre).

Mais ces professionnels aguerris continuent, comme si de rien n’était, à exercer à Paris leur noble magistère, et ils auraient tort de se gêner : au terme de leur procès, le ministère public a gentiment requis une dispense de peine. Délibéré le 16 mai 2008.

Voir en ligne : in Bakchich n°73

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  • Les voraces corsaires de la justice consulaire
    le jeudi 10 avril 2008 à 21:16, FRANCIS34 a dit :
    Antoine gaudinot en a fait un livre de 300 pages sur un petit echantionnage des turpitudes des administrateurs judiciaire ou bien souvent les parquets FERMENT les yeux…(voir l’affaire de la distribution MONTLAUR a Montpellier…)
  • Les voraces corsaires de la justice consulaire
    le mardi 25 mars 2008 à 17:08, DENIERE a dit :
    Tribunaux de commerce + Mandaires judiciaire = Copains coquins !!!
  • Les voraces corsaires de la justice consulaire
    le mardi 25 mars 2008 à 15:59, tchampa a dit :
    Que nos politique commencent à s’en inquiter un peu car c’est malheureusement monnaie courante. Je suis passé par là car étant gérant d’une société j’atais également caution pour les prêts (hypothécaire) et encours financiers de la sarl. Après le dépôt de bilan j’ai eu à faire avec la gente des Tribunaux de Commerce ainsi qu’aux auxiliaires de justice : notaire-avocat-huissier. J’ai perdu tous les procés et suis ruiné !(de 1999 à 2007) J’ai cherché plus loin voici ce que j’ai trouvé : Déclaration de créance : déclaré par une personne non habilité et objet social ne corespondant pas à celui du créancier : nullité de la créance et par ricochet mon cautionnement. Acte notarié : erreurs dans l’acte entrainant sa nullité ainsi que l’annulation de mon cautionnement Cerise sur le gâteau mon avocat, qui est également président de la chambre d conciliation de la CCI et diverse autres bricoles de ce genre donc un monsieur bien sous toutes les coutures, se trouve vice présidnt d’une agence bancaire du groupe contre lequel je me suis battu et ceci depuis 3 ou 4 ans déjà avant le début de ma procédure. L’avocat adverse n’étant autre qu’un des administrateur du groupe bancaire.. J’ai réclamé, j’ai eu droit à un encart en règle (1/2 page) dans le journal appartenant à la banque (nouvelle parrution prévue le 30/03/08 dans le Journal L’alsace dans les vente forcée). Bien entendu il n’est pas précisé le nom de mon avocat ni celui adverse. Ah oui j’oubliais lorsque j’ai râlé il sort comme par hasard de derrière les fagots des documents qui n’avaient jamais existé auparavant… Toute les procédures perdues m’ont allégé de pratiquement 20000 Euros d’honoraires de "Conseils" J’ai déposé plainte en pénal car je peux démonter l’escroquerie au jugement. Mais voilà autre problème les juridictions de l’Est sont parfaitement infiltrée par les sbires de cette banque. Et vous pensez bien que les avocats se poussent au portillon pour plaider cette affaire. Je suis obligé de me débrouiller seul, et, on verra ce que ça va donner. Pot de terre contre pot de fer est un vieu dicton et du m^me auteur me semble t’il "un avocat est un mauvais voisin".
    • Les voraces corsaires de la justice consulaire
      le lundi 20 octobre 2008 à 19:44, Eglantine 52 a dit :
      Depuis près de18 ans,je suis sous la coupe d’un mandataire judiciaire malveillant qui semble, en toute impunité, pouvoir manier le faux, le recel de faux et l’usage des dits faux sans que celà semble interpeler quiconque… Quand aux multiples plaintes que j’ai déposée, quand on me répond, c’est pour me dire" l’enquête approfondie ne délontre aucune faute à l’encontre de Me D…." Je précise également que du fait de ma profession,c’est le TGI qui est compétent, donc des magistrats professionnels… J’applaudis des deux mains lorsque l’on met fin au calvaire de Mme BETTANCOURT ou des infirmières prisonnière en Lybie mais "les liquidés judiciaires" de bonne foi mériteraient la même compassion Merci aux pouvoirs publics de comprendre qu’en France aussi les droits de certains citoyens peuvent être systématiquement bafoués au nom du peuple français qui n’en demande pas tant
  • Les voraces corsaires de la justice consulaire
    le mardi 25 mars 2008 à 11:16, JiBé a dit :
    De l’expérience que j’en ai, cette profession se comporte en prédateur avisé ; première motivation comment se payer sur la bête (l’entreprise en difficulté) seconde motivation qui favoriser, dans le cas ou des actifs seraient négociables. Intouchables et protégés systèmatiquement par la corporation judiciaire dans son ensemble, ils n’encourent aucun risque d’être mis en cause sauf exception rarissime quand le pillage et les détournements sont trop flagrants. Si par mégarde vous veniez à dénigrer quelque décision qu’ils auraient obtenu vous serez irrémédiablement broyé par la machine judiciaire, toute cours confondues, qui employera tous ses moyens de pression, ses passe droits et autres artifices de procédure pour vous broyer.
    • Les voraces corsaires de la justice consulaire
      le mardi 25 mars 2008 à 14:10, rv a dit :

      Tout à fait d’accord avec JIBE, j’ai vécu ça en première ligne, les mandataires judiciaires sont un des gros scandales de la justice en France. Professions hyper protégée, bénéficiant d’une impunité presque totale ils considèrent les entreprises en difficultés comme une clientèle hyper lucrative qu’il gèrent en fonction de leur intérèts personnels financiers (sous couvert d’une mission de sauvetage).

      3 temps pour passer à la caisse : 1°) Motiver le chef d’entreprise pendant la phase de redressement ou d’observation pour prélever le plus d’émoluments possible le plus longtemps possible, le saigner à blanc.

      2°) demander la liquidation lorsque leur % risque de ne plus être payable sur les actifs négociables.

      3°) s’arranger, en sous main avec un tiers plus ou moins partenaire pour lui faire racheter les actifs à vil prix, ce dernier sera quitte pour renvoyer l’ascenceur.

      Cas vécu en 2004 à ST MALO (35)

      • Les voraces corsaires de la justice consulaire
        le vendredi 28 mars 2008 à 09:32, did a dit :

        Je crois que nous sommes un bon nombre à pouvoir décliner ce genre d’aventures, et pour tous aboutir à la même conclusion : dès que l’on a affaire à ces gens-là, tout est perdu (enfin, pas pour eux et leurs potes).

        Peut-être qu’un commencement de solution est à trouver dans la méthode de désignation de ceux qui sont censés assumer cette charge et non pas la considérer comme une rente. Pour le moment, sauf erreur de ma part, ils sont nommés par simple cooptation copinatoire, en fonction de leurs hautes qualités de respectabilité et (surtout) notabilité. On peut probablement trouver de meilleures garanties d’intégrité, non ?

    • Les voraces corsaires de la justice consulaire
      le jeudi 10 avril 2008 à 09:50, zadiglevizir a dit :
      exact si vous montrez honnête intègre et pratiquer le civime de haut niveau et si vous emettez la moindre analyse contre les magistrats en général ou la justice vous êtes broyés la justice en France a mauvaise réputation elle expédie les jugements selon que vous soyez riches misérables cela tient à l’historique de notre monarchie, en vérité la révolution n’a pas eu lieu comme on le prétend, il n’y a pas eu de rupture et il n’y en aura pas malgré les rodomondades de Sarko et de CARLA la lectrice assidue du Canard Enchainé… on va dans le mur…. rejoignez Zadig celui qui dénonce le couloir de la tentation…
      • Les voraces corsaires de la justice consulaire
        le dimanche 25 mai 2008 à 15:42, rimbert a dit :
        le revenu moyen officiel des mandataires judiciaires depasse les 55OOOOe et personne ne s en offusque alors que leur mission n est pas plus difficile que celle d un comptable ou d un notaire debutant----cela explique la chape de plomb mise en place par cette profession dont les membres se cooptent souvent en famille le fils ou la fille succedant au pere : voyez les listes regionales ; les controles sont souvent insuffisants rappelez vous les scandales des mandataires de chalon st etienne toulouse perpignan-----la presse par son silence y compris le canard participe a la grande omerta des juridictions consulaires.
        • Les voraces corsaires de la justice consulaire
          le dimanche 2 novembre 2008 à 18:35, jerome a dit :
          bonsoir a votre liste mr rimbert ajoutez Me soine mandataire a lille et auteur de nombreux ouvrages sur cette profession ; un lecteur connait il le jugeent du tribunal corectionnel de paris dont la presse ne semble pas se faire l echo
        • Les voraces corsaires de la justice consulaire
          le dimanche 8 mars à 22:47, l’enquete arrive !!!!! a dit :
          D’autres scandales à venir ,si les enquêtes ne sont pas enterrées en cours de route ,car des mandataires-liquidateurs il y en a dans toute la France et surtout dans les régions des petits et moyens tribunaux de commerce ,ou les juges consulaires sont des chefs d’entreprises qui sont copains et magouillent avec le mandataires et les greffiers ,voir les avocats,les huissiers , et même les magistrats des tribunaux de grabde instance ;anneçy,la bourgogne ,les pays de loire, saumur vient de voir son tribunal de commerce fermer,mais le mal et fait pour les victimes des années passées,des choses intéressantes sont dévoilées !!!!!!!!!!!! a voir aussi thonon les bains ,grenoble ,la france entière est touchée par la corruption de la justice !!!!!!au secours !!!!!