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Saint-Gobain : les tracas de Jean-Louis Beffa

Business / jeudi 20 mars 2008 par Jean Roques-Fellet
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Jean-Louis Beffa se voyait déjà profiter des beaux jours depuis qu’il a quitté le fauteuil de PDG de Saint-Gobain. Il n’en est rien. Les guéguerres du business l’ont rattrapé. Jean-Bernard Lafonta, directeur de la maison Wendel, a réussi à s’imposer comme actionnaire majoritaire de ce groupe industriel mondial. Échec et mat.

A 67 ans, Jean-Louis Beffa vit une période difficile. Après avoir laissé, en juin 2007, la direction générale de Saint-Gobain à Pierre-André de Chalendar - celui-ci étant devenu son dauphin après le vidage, en 2006, de Christian Streiff [1], accusé d’avoir médit sur sa vie privée – Beffa pensait profiter d’une retraite méritée et active entre la présidence « non exécutive » de son entreprise, le conseil de surveillance du journal de référence Le Monde et l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris (Arop), qu’il préside avec gourmandise.

Les tracas de Beffa

Mais rien ne se passe comme prévu. Grâce au talent immense du consultant multi-cartes et sarkozyste Alain Minc, un ami de Beffa, Le Monde vient de vivre une de ces crises qui ponctuent régulièrement son histoire depuis la disparition de Hubert Beuve-Méry.

Surtout, Beffa, un polytechnicien passé par l’École des mines, a dû activer, en pure perte, ses multiples réseaux pour essayer de contrer la maison Wendel. La société d’investissement du baron Ernest-Antoine Seillière, dirigée par Jean-Bernard Lafonta, un X-Mines lui aussi mais passé par des cabinets ministériels de gauche, est entrée par effraction dans le capital de Saint-Gobain à l’été 2007.

Jean-Louis Beffa et Pierre-André de Chalendar y ont immédiatement vu une agression. Tout le monde s’attendait à une belle bataille boursière avec de solides plus-values à la clé. Mais les financiers qui auraient pu s’intéresser aussi à ce groupe créé sous l’Ancien régime se sont vus fermer les robinets du crédit par les banques pour cause de crise des « subprimes ». Le cours de bourse de Saint-Gobain a donc chuté, ce qui a valu à Lafonta quelques remarques désobligeantes de la part des héritiers Wendel. Le jeunot a compris qu’il n’avait pas d’autre choix que de monter au capital s’il voulait forcer Saint-Gobain à améliorer ses résultats et à cracher des dividendes plus importants. Wendel a donc pris jusqu’à 18% des parts, et a proposé à Saint-Gobain de négocier. Refus de Beffa et de Chalendar, qui ont finalement consenti à discuter mais en demandant à leur nouveau premier actionnaire de voter lors de la prochaine assemblée générale une résolution supprimant les droits de vote double.

La réussite de Lafonta

Car Saint-Gobain a une petite particularité : un actionnaire peut voir ses droits de vote multiplié par deux s’il reste deux ans au moins. Autant dire qu’en 2009, Wendel aurait pu revendiquer près de 40%. De quoi imposer sa loi et virer la direction. Beffa et Chalendar ont revu à la baisse leurs prétentions. Désormais, Wendel accepte de limiter ses droits de vote à 34%. C’est-à-dire la minorité de blocage. Chacun sait qu’un actionnaire ayant un tel poids peut se considérer comme le vrai patron de l’entreprise. Donc, Jean-Bernard Lafonta, qui va se payer en outre le petit plaisir de venir siéger au conseil d’administration de Saint-Gobain, a réussi - certes en y mettant un prix élevé - à prendre le contrôle d’un groupe cinq fois plus gros que le sien (18 milliards d’euros de valeur boursière d’un côté et 3,6 milliards de l’autre). Finalement, il n’y a qu’à l’Arop que Beffa est vraiment chez lui. Mais gare à Lafonta… qui est aussi un amateur d’opéra.

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  • Saint-Gobain : les tracas de Jean-Louis Beffa
    le vendredi 28 mars 2008 à 06:22
    Quand on sait que les banques peuvent créer de l’argent ad libitum (à leur gré), tant que leurs possibilités de crédits existent, je m’étonne. BNP réalisai 5 milliards de bénéfices en 2007, en tenant compte des provisions pour amortir la crise des subprimes. Mais, voilà, les banques font leur choix, elles créent l’argent selon leur bon plaisir, en fonction de leurs relations. Ainsi elles le donnent à qui leur plaît, lâchent les autres. Ainsi, les fonds de placements peu à peu s’emparent des industries classiques. Les Wendels, héritiers de la métallurgie, versés dans la finance, Seillière, de l’IUMM au médef, remerciés par l’industrie des services pour bons et loyaux services, peut-être pour acheter quelques silences qu’il serait fort gênant de briser dans cette bataille pour la tête du patronat.