@ INSAA :
Vous n’avez pas compris mon intervention. Relisez mon post.
Je n’ai jamais dit que financer une dictature militaire était une activité louable.
Je n’ai jamais dit que, parce que le libéralisme est ce qu’il est, la morale n’a pas sa place dans les entreprises.
Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Vous excellez dans ce domaine de la surenchère affective ! En effet, qui ne serait pas d’accord avec vous en opposant les grands patrons / actionnaires saoulés de champagne aux pauvre birmans mourants sous l’oppression ??
Mon analyse est autre, et n’engage que moi.
Je pars de 2 constats, qui vous déplaisent mais qui sont des faits :
Le monde vit actuellement une bataille de sécurisation des réserves énergétiques.
Mais quelles seraient les conséquences d’une pénurie de ressources énergétiques en France ? (Ralentissement économique, licenciements massifs, explosion des prix, faillites, en gros cela reviens à appuyer sur le bouton off de l’économie nationale et donc des emplois français… bien malin est celui qui pourrait nous énumérez les réactions en chaîne catastrophiques d’une pénurie énergétique) Conseilleriez-vous au gouvernement français de se retirer de la bataille quand tous les autres pays du monde en font leur objectif premier ??
L’éthique (ou la morale, comme vous voulez) est un concept qui peut être interpréter de deux façon : de façon absolue ou de façon relative.
De façon absolue : nous recherchons le bien absolu, dictature militaire = boycott (quelqu’en soient les conséquences)
De façon relative : que recherchons nous. La situation générant le plus de bien possible ou « le moindre mal », c’est-à-dire, le compromis le plus profitable à tous.
Je trouve l’attitude « absolue » très louable certes, pleine de bonnes intentions, mais pas forcement en phase avec les « réalités du terrain » et ces conséquences me paraissent plus dangereuse que l’attitude « relative » dans le cas de TOTAL en Birmanie.
En effet, même si Monsieur B semble assez pointu sur ces connaissances backchichennes (l’ouverture c’est le croisement de différentes sources d’information et non pas la lecture assidue d’une même presse engagée) je ne pense pas que tout le monde se fout d’une nappe de 5 300 milliards de pieds cubes de réserves (soit 30 ans d’exploitation non stop). Encore moins une Chine qui connait aujourd’hui un développement spectaculaire (du même ordre que lors de notre révolution industrielle) et qui , a mon avis fera tout pour sécuriser le « fioul » de sa croissance. Je pense même que les 33 % détenus par Total dans ce projet serait une opportunité exceptionnelle pour ces compagnies chinoises et russes qui n’ont pas réussi à l’origine du projet à se positionner malgré leur efforts.
J’en conclus donc, et cela n’engage que moi, qu’adopter une éthique absolue en retirant TOTAL de Birmanie ne règle en rien le problème de fond : le financement d’un régime ignoble, puisqu’il sera remplacé par le plus offrant et laisse la place à des organisations bien moins contrôlées / transparentes aux yeux du contre-pouvoir.
Je pense qu’une logique relative, prenant en compte la réalité de la situation est bien plus adaptée et profitable à tous. Elle ne règle pas le problème du financement de la dictature (tout comme la logique absolue), mais elle représente un compromis « respect des droits de l’homme dans la zone de production / intérêts français dans la bataille de la sécurisation des ressources énergétiques » intéressant, du moins moins pire que la situation qui découlerai du départ de TOTAL.
Une société française, comme TOTAL, qui par la pression qu’elle subit de la justice française, par les associations pro-boycott, par les ONG et autres organisations (qui ont un rôle essentiel de gardes fous dans ces situations), doit rendre des comptes régulièrement et ne peut faire n’importe quoi. Peut-on dire de même pour la Chine ? la Russie ? Ainsi la zone de production de Yadana, qui est énorme par rapport à la superficie du pays ne peut pas (sans conséquences dramatiques pour TOTAL) être le théâtre d’actions inhumaines.
Mais il est vrai, qu’il est bien plus facile de faire de la démagogie sentimentaliste en criant des slogans que tout le monde ne peut qu’accepter « la bonne santé du CAC40 ne justifie pas des meurtres ». Je ne choisis pas la solution de facilité à tirer un boulet rouge sur tous les représentants du monde économique. Je m’interroge juste sur les conséquences de leurs actes.
@ Monsieur B
Monsieur,
Deux choses :
Un journal aussi engagé politiquement que « Backchich » n’a pas plus de valeur en terme d’objectivité à mes yeux que les discours travaillés de M. de Margerie. J’apprécie le ton de backchich, leurs analyses et articles, cependant je prends toujours un peu de distance sur les analyses politiques et économiques des journaux engagées politiquement (Backchich, Le Figaro, Libé, et autres).
Vous me dites donc que personne n’en intéressé par une nappe produisant19,3 millions de mètres cubes de gaz par jour ? alors même que le coût des infrastructures en place est amortie depuis 2001 ? La Thaïlande ne serait pas intéressée par détenir au moins la moitié (et donc sécuriser) de leur unique apport gazié (80% de leur consommation électrique). Comment cela ne peut-il être pas rentable pour PETROCHINA, mais rentable pour TOTAL ? Vous pensez vraiment que si TOTAL part, le monde entier va regarder pourrir une structure générant des milliards de dollars ? Oui Total est « scotché » en Birmanie pour des raisons économiques, mais je continue de penser que c’est un moindre mal.
Au plaisir de continuer ce débat,
Bonne journée Messieurs,
Antoine.