Les grands châteaux bordelais s’apprêtent à nous fourguer - une fois de plus- leur 2007 à des prix de vente en primeur défiant la loi de la gravitation viticole. Au grand dam du consommateur qui va encore trinquer.
« On va s’amuser avec 2007, car ce millésime est franchement mauvais. Les Bordelais peuvent raconter ce qu’ils veulent. Vont-ils essayer de nous vendre des bouteilles à 500 euros pièce ? S’il y a une morale dans ce monde du vin, tous les plus grands devraient repasser en dessous des 100 euros », déclarait en février dernier, l’ex patron de la marque de luxe Cartier, Alain-Dominique Perrin, propriétaire du château Lagrezette, à la Revue des Vins de France.
Hélas pour l’amateur, à Bordeaux, ce qui est rare reste très cher, même lorsque c’est moyen, voire franchement pas bon ! Et cette loi ne concerne plus seulement les 1er Grands Crus classés, mais le reste du peloton. Finie l’époque où les passionnés pouvaient s’offrir, sans mettre un mois de salaire sur la table, plusieurs caisses de crus classés de 2ème, 3ème et 4ème rang. Aujourd’hui, il lui faut débourser l’équivalent du prix d’une voiture pour se payer la même chose !
Cette flambée des étiquettes s’explique par la perversion du système des ventes en primeur. A première vue, acheter du vin plus de deux ans avant sa livraison en bouteille apparaît gagnant-gagnant. D’un côté, le client peut acheter, en payant à la commande, des crus bordelais prestigieux à un prix plus avantageux que chez son caviste.
Chers en primeurs, puis bradés en supermarchés
De l’autre, des châteaux se font de la trésorerie tout de suite, au lieu d’attendre la livraison des bouteilles pour encaisser leur chèque. Mais hélas, l’amateur se retrouve aujourd’hui le dindon d’une farce qui profite aux châteaux et au négoce bordelais. Nombre de millésimes considérés comme médiocres ou moyens vendus trop chers en primeur se sont, en effet, retrouvés quelques années plus tard, dans les foires des grandes surfaces à des prix bradés.
Pire encore, depuis le mythique 2000, la spéculation fait rage. Trop contents de pouvoir plumer les fortunes asiatiques ou russes pas toujours averties, les propriétaires des plus grands crus bordelais « oublient » d’ajuster les prix en fonction de la qualité du millésime. A l’image du 2006, correct mais sans plus, vendu juste un peu moins cher en primeur, après les cours stratosphériques atteints par le superbe 2005.
Mais pardon, ces grandes maisons ne veulent pas être mélangées aux multinationales de l’alimentaire. Et pour justifier leurs prix extravagants, elles comparent leur nectar à un produit de luxe. Soit, mais à la différence des sacs Kelly d’Hermès (dont le prix est exorbitant, c’est sûr), la production d’un vin ne peut rester constamment au top de sa qualité en sortant des chais… Enfin pas encore !
Autrement dit, des raisins de qualité moyenne en quantité limitée, comme en 2007, donnent au mieux des vins corrects mais pas des millésimes d’exception… Même si l’on s’appelle Mouton-Rothschild, Latour ou Petrus ! Les meilleurs œnologues du monde ne peuvent rien contre les caprices de la météo.










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