On applaudit bien fort : La Poste fait désormais aussi bien que la Deutsche Post. Notre vénérable entreprise publique chargée de distribuer le courrier dans les 36 000 communes de France a réalisé une marge d’exploitation de 6,2% contre 5% pour sa grande rivale allemande. Avant de pousser un cocorico bruyant, il faut noter que La Poste a bénéficié l’an dernier d’une réforme du financement des retraites de ses agents qui lui a permis d’améliorer son profit d’exploitation de plus de 400 millions d’euros, alors que dans le même temps la Deutsche Post subissait les pertes importantes de sa filiale aux États-Unis.
Ce bémol n’empêche pas le président du « Groupe La Poste », Jean-Paul Bailly, d’exprimer sa satisfaction. Le bénéfice net a progressé de 16% à 943 millions d’euros et le chiffre d’affaires a atteint 20,8 milliards. Pour la première fois, La Poste va verser un dividende à l’État : 141 millions. Une somme relativement modeste mais quand « les caisses sont vides » – comme dit Super Sarko – c’est toujours bon à prendre.
Et même les postiers (250 000 personnes sur un effectif global de 280 000) vont en profiter, les petits veinards. Ils toucheront chacun un intéressement de 102 euros. Cela représente un montant total de 26 millions d’euros. Évidemment, les syndicats râlent. La CGT réclame 300 euros et dénonce l’abandon des missions de service public.
Ce qui a le don d’énerver le placide Jean-Paul Bailly. « La philosophie de notre action est de démontrer qu’il n’y a pas du tout contradiction entre la qualité du service public et la rentabilité », assène-t-il (dans Le Parisien Economie du 31 mars).
« C’est une entreprise qui se modernise »
C’est bien vrai. Il suffit de se rendre dans une agence de La Poste. Tout a changé. D’ailleurs, on ne dit plus « agence » mais « espace ». La première personne qu’on rencontre désormais est une hôtesse chargée de vendre toute sorte d’objets publicitaires. On doit reconnaître qu’elle se charge aussi de récupérer certains envois de paquets. Mais ce sont les opérations Chronopost ou Colissimo qui rapportent gros.
En outre, La Poste a intérêt à se montrer sympa avec les clients réalisant de tels envois car c’est un marché totalement libéralisé et des groupes comme DHL ou Federal Express font tout pour lui piquer ce marché juteux. A priori, ce n’est pas difficile, car il arrive fréquemment que La Poste perde la trace de ces colis dont l’envoi est pourtant facturé plusieurs dizaines d’euros. La faute à pas de chance, compatît un guichetier.
Pour retirer un courrier recommandé, il faut souvent attendre une heure dans plusieurs agences parisiennes. Mais La Poste a tout prévu : il y a désormais des écrans de télévision qui diffusent des programmes publicitaires. Comme dit Jean-Paul Bailly, « c’est une entreprise qui se modernise ».
Notons que, même pour les courriers simples, il faut aussi attendre désormais plusieurs jours. Au nom de la rentabilité, des tournées ont été supprimées. Mais qu’on se rassure, Jean-Paul Bailly est catégorique : « Nous faisons en sorte que les facteurs continuent de passer chez les Français six jours sur sept ». Quelle bonté !










Version imprimable
Recommander à un ennemi