Adoncques, l’histoire est belle : Carla Bruni-Sarkozy a donné aux Restos du cœur les 60 000 euros de dommages et intérêts que la justice de son pays lui avait accordés, au mois de février, dans l’affaire de la publicité Ryanair.
Et Nicolas Sarkozy, dans l’un de ces nobles élans par quoi se reconnaissent les grandes âmes, a aussitôt fait don, aux mêmes Restos, de la même somme. On sait que l’homme a du bien : outre qu’il s’est tout récemment augmenté le salaire dans des proportions gigantesques, il a surtout, on se le rappelle, fait naguère, en son fief neuilléen, sur le bord de la Seine, une très confortable culbute immobilière.
Mais tout de même, 60 000 euros ? C’est une jolie somme – dont les heureux bénéficiaires expriment, naturellement, une vaste gratitude : « Ces 120 000 euros vont contribuer à financer les actions en faveur des plus démunis que mène l’association, et ses responsables remercient le président ainsi que son épouse pour leur soutien et leur générosité fidèle ».
Aussi émouvant qu’une aventure de Oui-Oui
Sarkozy est gentil, Sarkozy n’a pas moins de cœur que les Restos éponymes : c’est presque aussi émouvant qu’une aventure de Oui-Oui au pays des souriceaux philanthropes. Dans la vraie vie, cependant, le même Sarkozy, dans le même temps qu’il ordonne sa médiatique charité, continue de prendre aux pauvres, pour donner aux riches : on a là une espèce de Robin des Bois inversé, et cela se vérifie, ces jours-ci, facilement.
Son premier geste, sitôt qu’élu, fut en effet, comme on le sait, de faire confectionner, pour une minorité nantie, un opulent paquet fiscal de 15 milliards d’euros. Il fit dire ensuite, par ses plus fidèles affidés, qu’une moitié au moins de cette somme serait uniquement dévolue à la détaxation des heures supplémentaires – et que par conséquent la mesure, loin de ne prêter qu’aux riches, ferait aussi la joie du salarié impatient de travailler plus pour gagner plus.
Il s’agissait, il va de soi, d’une plaisanterie – dont les ressorts comiques n’apparaissent qu’aujourd’hui : neuf mois seulement sont passés depuis la confection de ce paquet fiscal, et qu’annonce le gouvernement ? Il annonce qu’il veut faire « six à sept milliards » d’euros d’économies - en rognant, par exemple, sur le logement, la santé, l’emploi ou la formation professionnelle.
Les pauvres vont bel et bien payer pour les riches
Sept milliards ? C’est justement, réjouissantissime coïncidence, le montant de la moitié de paquet fiscal que le gouvernement prétend avoir dédiée aux salariés. Le logement, la santé, l’emploi, la formation professionnelle ? Ce sont justement les secteurs où la solidarité nationale bénéficie en priorité aux plus démunis. En sorte que finalement, les pauvres vont bel et bien payer pour les riches – puisque aussi bien le gouvernement reprend de la main droite ce qu’il affirme leur avoir donné de la main gauche : mais ils pourront toujours aller, si besoin, aux Restos du cœur, envers qui Sarkozy est si fidèlement généreux…










