Dans un vibrant plaidoyer en faveur du Fonds de réserve des retraites (FRR), publié le 2 avril dernier dans Le Monde, Didier Migaud, président PS de la commission des finances de l’Assemblée nationale, déplorait à juste titre que les pouvoirs publics négligeaient d’alimenter régulièrement ce Fonds depuis sa création en 2001.
Selon l’auteur, deux arguments militent en faveur de cette épargne. D’une part, la France risque fort de manquer d’argent à l’horizon 2020 pour financer les régimes de retraite. D’autre part, pour l’État, épargner sur ce Fonds est plus rentable que de chercher à se désendetter puisque le rendement de ce placement atteint plus de 8 % l’an alors que le coût moyen de la dette publique est de 4,5 % environ.
Ces arguments sont imparables et un gouvernement soucieux de la gestion publique devrait y être sensible. Mais l’auteur croit utile d’ajouter à sa démonstration un dernier argument, malheureusement fort peu pertinent : « les placements effectués par le Fonds, essentiellement en actions, contribuent à la réorientation de l’épargne des Français vers le financement des investissements productifs, ce qui est un gage de croissance durable ».
Voilà une idée reçue qui, décidément, a la vie dure ! En effet, en France, la Bourse ne contribue que très marginalement à financer les investissements des entreprises. Et comme le Canard enchaîné l’a révélé mercredi 9 avril à propos du FRR, « en jouant sur les marchés financiers, le Fonds a vu son bas de laine perdre 10% de sa valeur depuis le 1er janvier ». C’est dire.
Pour emprunter, les entreprises vont… chez leur banquier
Tout d’abord, les entreprises financent en grande partie elles-mêmes leurs investissements. En 2006 (derniers chiffres Insee connus), le taux d’autofinancement était de 60,1 %. Et encore, il faut souligner que ce chiffre est relativement faible, comparé à celui de l’année précédente (70 %) et qu’il se situait plutôt au-dessus de 80 % au cours des années antérieures. Lorsque les entreprises veulent investir au-delà de leurs capacités d’autofinancement, elles font comme tout le monde, elles vont trouver leur banquier pour emprunter.
D’autre part, lorsque de nouvelles entreprises se créent par émission d’actions, elles le font en dehors de la Bourse. Elles n’y entrent, le cas échéant, qu’une fois leur activité établie. Or, les introductions en Bourse des sociétés déjà créées ne rapportent de l’argent qu’aux actionnaires créateurs et plus rarement aux sociétés elles-mêmes. Seules les augmentations de capital des sociétés déjà cotées permettent aux entreprises concernées d’accroître leurs fonds propres pour, éventuellement, financer leur développement. Globalement, 20 % seulement des émissions brutes de capitaux sont réalisées chaque année par « appel public à l’épargne », autrement dit en Bourse.
Des émissions d’actions ou d’obligation très marginales
On peut trouver confirmation de tout ceci à la lecture du rapport annuel rédigé par l’Autorité des marchés financiers (AMF) à destination du président de la République. En 2006 (derniers chiffres connus), les émissions nouvelles d’actions se sont montées à 9,7 milliards d’euros, soit 0,4 % seulement de la capitalisation boursière des actions au 31 décembre 2006 (2 850 milliards d’euros).
De même, les émissions de nouvelles obligations (qui concernent essentiellement les très grosses entreprises) se sont élevées à 13 milliards d’euros, soit 1,6 % de la capitalisation boursière obligataire au 31 décembre dernier (830 milliards d’euros). On le voit, le financement de l’économie par la Bourse est marginal.
Pour les actions et les obligations, la Bourse est un marché de l’occasion (titres déjà émis), pas du neuf.










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