La poussière n’est plus la hantise des bibliothécaires. Depuis octobre 2007, ce sont les ondes Wifi qui menacent la santé des employés de la Ville de Paris. Danger réel ou prétexte à des revendications ? Les avis sont partagés entre experts et bibliothécaires.
« Au départ, nous n’avons pas mis ça sur le compte du Wifi ». « Ça », ce sont les violents maux de tête et les nausées qu’ont éprouvé plusieurs dizaines d’employés des bibliothèques parisiennes. Comme Patrick, du centre « Italie » dans le XIIIème arrondissement de Paris, une trentaine de bibliothécaires, répartis sur quatre sites parisiens (Lancry, Faidherbe, Place des Fêtes et Italie), se sont plaints de divers symptômes. Ces employés ont demandé des congés- maladie à rallonge, voir même leur retraite anticipée pour s’éloigner des ondes. Une véritable psychose semble être née dans les bibliothèques parisiennes, à moins qu’il ne s’agisse d’un réel malaise…
Le Wifi sur le fil
En avril 2006, Bertrand Delanoë lance Paris dans l’aventure de l’Internet sans fil. À l’automne 2007, la majorité des 54 bibliothèques parisiennes sont équipées quand des plaintes se font entendre du personnel. Les problèmes remontent à la Direction des Affaires Culturelles de Paris (DAC), qui décide de débrancher les quatre bibliothèques. Des mesures d’ondes sont effectuées, mais, le 23 janvier dernier, la mairie de Paris préfère suspendre une réunion sanitaire en partie consacrée au décryptage des résultats de ces mesures. Depuis, Paris préfère laisser planer le doute. Une occasion manquée d’apaiser des esprits échauffés depuis plusieurs mois.
L’avis des experts
Au cœur de la bataille des ondes se trouve la fréquence utilisée par le Wifi. 2,45 GHz qui restent en travers de la gorge des associations anti-ondes. Car cette fréquence est également utilisée par les fours à micro-ondes. Les anti-wifi en déduisent que l’Internet sans fil pourrait agiter violemment les molécules d’eau, comme le ferait un four, chambardant l’organisation des cellules. Michèle Rivasi, présidente du Criirem, parle en conséquence « de cassure des molécules d’ADN ».
Le docteur René de Seze, de l’Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques (INERIS), qui étudie les effets des champs magnétiques sur la santé depuis 1984, tempère cette théorie. « Toutes les expériences qu’on a pu conduire en laboratoire ne permettent pas d’identifier des mécanismes menant à risque sanitaire, explique-t-il. C’est également le cas de l’étude “Interphone”, fréquemment citée par les associations. Si elle apporte des résultats sur l’influence des ondes, aucun mécanisme ne permet d’établir une relation de cause à effet ».
Une idée partagée par Olivier Merckel, de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), sollicité par la mairie de Paris pour sensibiliser les bibliothécaires et vérifier le respect des mesures sanitaires. Pour sa part, il estime que les résultats d’ « Interphone » devraient encourager les associations anti-ondes à se focaliser sur les risques du téléphone portable, dont la puissance au contact de la peau (250 mW) est effectivement bien plus importante que celle d’une borne Wifi (100 mW), installée à distance des utilisateurs. Les puissances d’utilisation sont également très différentes. Ainsi selon Olivier Merckel, par leurs conclusions hâtives les associations auraient un « discours scientifique très léger ».
Quant au syndrome de d’hypersensibilité aux ondes, en cours d’étude par l’Organisation Mondiale de la Santé et fréquemment avancé par les associations, le docteur de Seze s’étonne du fort nombre de cas dont se réclament les bibliothèques, alors que la population globale ne compte que très peu d’électrosensibles.
Toutefois, les employés de la Ville de Paris ne sont pas les seuls à redouter les ondes électromagnétiques. En janvier, le ministère de la Santé a lancé une campagne d’information visant à déconseiller l’usage du téléphone portable par les enfants. Ce qui permet aux contestataires de rappeler leur opposition formelle au Wifi dans les bibliothèques jeunesse.
Car il semble qu’il n’y ait pas de problème lié au Wifi. Les valeurs obtenues lors des mesures sont 1000 fois inférieures au niveau de référence. De leur côté, les médecins du travail n’ont pu que constater les symptômes des employés, sans pouvoir en déterminer l’origine. Face à ces souffrances, la Mairie de Paris accuse le syndicat Supap-Fsu, qui soutient les employés « anti-Wifi », d’avoir organisé la psychose avec l’aide des associations anti-ondes Priartem [1] et le Criirem [2].










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