France, tes acquis sociaux fichent le camp par la voie ferrée. La débâcle des municipales passée, le gouvernement s’attaque à un symbole pour économiser trois francs six sous : la carte famille nombreuse sera supprimée l’an prochain. Cette réforme fait partie des 166 mesures annoncées récemment par Sarkozy.
La raison ? Les 70 millions d’euros de compensations financières versées à la SNCF plombent littéralement le budget de l’État. Ce serait un héritage de 1968, on comprendrait une telle décision. Ce n’est même pas un legs du Front Pop’, puisque ce qu’on croyait être une institution immuable a été crée en 1921.
D’un coût de 18 euros pour 3 ans, la carte permet aux familles de plus de trois enfants de partir en vacances sans se faire matraquer au porte-monnaie par le service public à la française. Les réductions vont de 30 % dès trois enfants à 75 % pour six enfants et plus. Bien pratique pour l’ex-ministre Hervé Gaymard, dont la progéniture est abondante. Annoncée le 4 avril, cette décision a d’abord fait peu de bruit, avant de mettre littéralement le feu auprès des associations et parmi une partie de l’électorat catho.
Il faut dire que tout le mercredi 9 avril, la nouvelle secrétaire d’État à la Famille, Nadine Morano, a tenté d’éteindre le début d’incendie à coups de seaux d’essence. Bombardée à ce poste par Sarko au lendemain de sa déculottée à Toul, l’excellente, très légitime et très fine Nadine Morano y est allée de ses explications aux auditeurs d’Europe 1 à 13 heures : « La carte famille nombreuse n’est pas supprimée, elle sera remplacée par des nouveaux tarifs commerciaux que la SNCF mettra au point. Vous trouvez normal que le contribuable paie pour soutenir les tarifs de ceux qui prennent le train ? »
La client est roi, le client paiera
Bonjour la solidarité nationale. Et bonjour le bordel créé dans la majorité, le villepiniste Mariton annonçant qu’il allait réintroduire la carte au parlement, Bussereau confirmant le lendemain la suppression puis un peu plus tard le remplacement de la Carte par « un instrument comparable »… Quel genre d’instrument ? Une règle pour taper sur les doigts des enfants ?
François Fillon s’est voulu rassurant ce vendredi 11 avril : « Il n’est pas question de supprimer la carte familles nombreuses (…) c’est à la SNCF de mettre en oeuvre cette politique familiale ». Les choses sont claires. Ce n’est plus à l’État mais à la SNCF de proposer et de financer des tarifs commerciaux spéciaux pour les familles au motif qu’elle gagne maintenant de l’argent. Encore largement subventionnée, la boîte a dégagé en 2007 un milliard d’euros de bénéfices qui proviennent en grande partie de l’argent gagné sur la tête des clients à haute valeur ajouté TGV. On comprend la logique. Au lieu de faire financer les tarifs de base, par le contribuable, c’est le client qui paiera.
Les riches continueront de rouler en gros 4X4 familial, les autres tenteront leur chance à la loterie voyagesncf.com pour tenter de décrocher des places à bon prix.
P. S. : Nicolas Sarkozy doit recevoir cet après-midi les présidents des associations familiales et Guillaume Pépy, président de la SNCF, en présence des ministres concernés.








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