Avec la loi OGM fraîchement votée mardi 8 avril, la grande question n’est ni de savoir si Nathalie Kosciusko-Morizet sera châtiée pour ses attaques contre Copé et Borloo ; ni si les parcs nationaux verront des OGM broutés par les bouquetins et les cochons sauvages. La grande question est bien celle-ci : aurons-nous le droit de choisir si nous voulons ou non manger des OGM ?
Si le texte voté mardi par les députés est confirmé les 15 et 16 avril par les sénateurs, ce sera bien difficile de choisir. Avec cette nouvelle loi, les OGM gagnent le droit d’exister dans de nouvelles prairies françaises. Ils pourront « coexister » avec les maïs ou colzas qui n’en sont pas. Et cela ouvrirait de nouvelles portes aux OGM : un coup de vent, une abeille qui butine, et l’OGM s’envole.
Au Canada, en Argentine ou dans le Lot et Garonne, des maïs OGM ont pu ainsi se refaire une vie dans des champs de maïs traditionnels ou biologiques. À cause de cette contamination, les paysans auront de plus en plus de difficultés à choisir une agriculture garantie 100 % sans OGM. Adieu la liberté pour eux donc, et adieu la liberté pour nous tous aussi.
D’autant que cette nouvelle loi ne rend plus obligatoire l’étiquetage « OGM » sur les produits alimentaires contenant moins de 0,9 % d’OGM.
Le jour de la consécration de cette loi en première lecture mardi, Bakchich est venu titiller quelques députés qui s’apprêtaient à la valider.
L’étude secrète de Monsanto
Avant de visionner le compte-rendu de la visite, un petit rappel s’impose. En juin 2005, un tribunal allemand avait condamné la firme OGM américaine Monsanto à révéler une étude qu’elle gardait secrète sur un maïs OGM, le MON863, actuellement autorisé en Europe…
Secrète ? Mais pourquoi ? Parce que cette étude avait révélé que des rats nourris à ce maïs Monsanto avaient développé des lésions dans leurs organes internes (reins, foie) et des anomalies dans leur structure sanguine. C’est la durée exceptionnelle de cette étude – qui s’est étalée sur 90 jours au lieu des 28 jours ordinairement pratiqués sur des rats –, qui avait permis de constater pour la première fois que des OGM peuvent avoir des effets biologiques sur des mammifères qui en mangent.
Au même moment, une chercheuse italienne de l’université d’Urbino, Manuela Malatesta, inaugurai, elle aussi, une nouvelle méthode d’évaluation d’un OGM : pour la première fois, elle avait observé au microscope électronique les organes de souris nourries au soja OGM Monsanto. Là-aussi, elle avait découvert que les organes des rongeurs avaient été modifiés… Un vrai problème pour les fabricants d’OGM, qui clament depuis toujours qu’un OGM est « équivalent en substance » à une plante normale, et qu’en manger ne fera jamais de nous un monstre à deux abdomens.
Et la soumission des gouvernements européens à la multinationale
Revenons aux lésions constatées sur les rats nourris au maïs Monsanto. Devant ces résultats, qu’a fait la firme américaine ? En modifiant la composition d’un groupe témoin en cours d’étude, elle a conclu que ces variations étaient insignifiantes, puis a fourni les 1 139 pages de chiffres et de tableaux statistiques, fort fastidieux à décrypter, à tous les gouvernements européens afin qu’ils puissent autoriser l’introduction du maïs OGM en Europe.
Les commissions scientifiques françaises, allemandes ou anglaises chargées de vérifier l’étude, ainsi que l’Autorité Européenne de sécurité des Aliments (EFSSA), se sont alignées sur les conclusions de Monsanto : le maïs MON863 est sans danger pour la santé. Et c’est là qu’a été le génie de la firme : à chaque gouvernement européen, Monsanto a demandé de ne jamais divulguer les résultats complets de cette étude ! Ce que nos gouvernements, y compris celui de Jean-Pierre Raffarin, ont accepté en 2003, se pliant à l’argument suivant : « la protection du secret industriel ». Malheureusement pour le géant américain, il y a eu quelques fuites parmi les détenteurs de ce fameux « secret industriel ».
Des détails de l’étude Monsanto ont circulé, et Greenpeace, mais aussi l’ex-ministre française de l’Environnement Corinne Lepage, plus quelques généticiens européens, s’en sont emparés. Chacun, séparément, s’est lancé dans des démarches pour obtenir l’étude cachée. Lettres, avocats, plaintes au pénal et finalement, un juge allemand a obligé l’Allemagne à révéler l’étude en mai 2005, au motif qu’une étude de santé n’est en rien concernée par le secret industriel !
Depuis ? Rien. Enfin, rien de bien dérangeant pour Monsanto. Au vote européen de juin 2005, une majorité de pays a voté contre cet OGM suspect, mais à cause de la règle européenne de la majorité qualifiée, l’OGM est tout de même passé !
Après le rat, on testera l’homme
Un journaliste de Canal+ avait alors interrogé le président de la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB), l’autorité chargée par le gouvernement français d’évaluer l’innocuité des OGM arrivant en France. À la question de savoir si on était vraiment sûr de l’innocuité de ce maïs Monsanto, le scientifique, qui l’avait auparavant déclaré « sans danger », avait sérieusement bégayé, puis répondu – avec l’air d’un docteur Folamour du génie biomoléculaire – : « je ne peux pas éliminer la possibilité que, euh, au bout de 10 ans, 20 ans, il apparaisse quelque chose… ».
Espérons simplement qu’en prononçant cette phrase, il ne pensait à rien de physiquement disgracieux.
En fait, ce que ce scientifique révélait sans oser le prononcer, pris qu’il était dans le piège de la question entonnoir, c’est qu’une fois le maïs OGM Monsanto 863 introduit en Europe, après le rat, le cobaye était l’homme !
C’est ainsi que munis de ce petit souvenir, Bakchich l’a soumis à ceux de nos députés qui n’ont pas peur des OGM et qui nourrissent une belle foi en la génétique dans nos assiettes. Michel Piron, Hervé Mariton et Pierre Méhaignerie – ces deux derniers sont des anciens ministres – ont répondu aux questions naïves, mais essentielles des journalistes de Bakchich. Les OGM sont-ils dangereux ? Une étude révèle un risque sur un OGM, faut-il la considérer ? Donneriez-vous des OGM à manger à vos enfants ? À l’écoute de ces questions, certains froncent le sourcil, serrent la mâchoire et durcissent le ton…
Pour savoir qui, cliquez sur l’insouciante jeunesse de ce beau député.
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