Ah la jolie croisade de la liberté qui s’annonce là. Fleur au fusil et guerre en dentelles. Croix de bois, croix de fer, dans quelques mois, nos soldats opérant en Afghanistan - passés par un prompt renfort de 2200 à 2900 - danseront sur le cadavre de Ben Laden. Comme les pious-pious français, en 1939, allaient étendre leur linge sur la ligne Siegfried. On connaît la suite…
Certes, ce brave Hamid Karzaï, président de l’Afghanistan, arrivé dans les bagages des marines américains après avoir été repéré par la Rand Corporation (un think tank américain), peut difficilement concourir pour un prix de vertu.
Ce grand démocrate, version loi islamique, s’accommode fort bien d’un détail qui pourrait chagriner nos opinions volatiles. Oh, presque trois fois rien. Il se trouve que l’Afghanistan est le plus grand exportateur de drogue du monde. Un trafic dont le contrôle est assuré, -vous allez voir comme le monde est petit – par le propre frère du bien-aimé président, Ahmed Wali Karzaï.
Mais bon, nous objecterons quelques bonnes âmes, il faut bien que les pays pauvres aient un moyen de subsistance. De quoi vivrait le paysan afghan si, d’un coup d’aile, les jolis avions à réaction qui sillonnent le ciel venaient déverser un peu de napalm dans ses champs ?
Sept années d’occupation
En sept années d’occupation, les 40 nations de la coalition internationale qui, en 2001, a renversé les Talibans, se sont montrées incapables de créer les conditions d’un développement économique alternatif aux retombées de la culture du pavot. Ni agriculture moderne, ni embryon d’industrie. Pas le moindre plan Marshall.
C’est dire, au fond, combien les gouvernements occidentaux se foutent, et du sort des afghans, et de celui de leur propre jeunesse. Car éradiquer la culture du pavot, c’est aussi freiner la consommation de came à l’intérieur de nos frontières. Fermer définitivement le robinet sera toujours plus efficace que multiplier les douaniers à Roissy. Mais je ne suis pas un spécialiste, comme me disait Robert, ce matin au comptoir du Balto.
Je sais, chagrins comme vous êtes, vous allez me dire que nous soutenons en Afghanistan ceux que nous combattons en Colombie : les narcotrafiquants. Et là, je suis bien embêté pour vous répondre, mon bon Monsieur…
Mais je m’en voudrais d’entacher davantage l’image de ce beau pays qu’est l’Afghanistan. Je vous épargnerai la Charia, la condition des femmes, la scolarisation des enfants, l’espérance de vie limitée à 45 ans et autres fariboles.
Car on les aura, les Talibans. Là où les anglais et l’armée rouge ont échoué, là ou les américains pataugent et les canadiens s’affolent, la France triomphera.
Quoi ? Comment ? Qu’est-ce que vous dites ? Les américains en Irak ? Quel rapport ? Ah, je vous vois venir, agents dormants de la nouvelle Vème colonne. Vous tentez de suggérer que l’envoi de renforts français évite à Georges Bush de dégarnir le front Irakien. Et que nous serions ainsi rentrés par la petite porte dans une guerre à laquelle la France – c’est l’honneur de Chirac et Villepin – a refusé de prendre part.
Le retrait américain gelé
Tout ça parce que, quelques jours après l’annonce du déploiement français, le président américain a annoncé le gel du retrait des forces américaines. C’est un peu grossier, vous en conviendrez… Je veux croire à une simple coïncidence plutôt qu’à un gigantesque bras d’honneur de mon Nicolas.
Et ce ne sont pas vos borborygmes sur la volonté du président de la République de réintégrer le commandement intégré de l’OTAN qui y changeront quelque chose.
D’abord c’est une ruse. Si vous regardiez plus attentivement TF1 (mais non, je ne m’énerve pas Madame Chazal) vous auriez retenu l’explication de la manœuvre. Le Président feint de se rapprocher de l’OTAN pour mieux faire avaler aux américains la couleuvre d’une défense européenne indépendante. C’est-y-pas diabolique, ça ? Ah oui, il est fort, no’t président !
Donc, petit message aux Talibans. Ne tirez pas sur nos soldats, ils ne sont là que pour duper les américains. Leur faire croire que, renonçant à toute velléité de faire entendre la voix de la France, nous sommes devenus leurs supplétifs.
Afghaniser la guerre ?
Mais c’est du chiqué. On ne fait que passer, Si, si… D’ailleurs Bernard Kouchner, ce week-end, à Kaboul, a été formel. Il a déclaré qu’il fallait « afghaniser la crise afghane ». C’est vous dire combien vous auriez tort d’être froissés par l’envoi de ces 700 soldats supplémentaires. Et puis, si vous ne nous croyez toujours pas, reportez-vous au programme de notre Président de la République, pendant la campagne électorale. Il avait promis de retirer les troupes françaises d’Afghanistan. Rapidement. Il le fera donc. Vous n’allez quand même pas le traiter de menteur…




