Nicolas Sarkozy avait promis que la France atteindrait le « plein-emploi » sous sa présidence. Eh bien, il a trouvé un moyen plus radical que ses prédécesseurs de faire baisser drastiquement les chiffres du chômage et tenir sa promesse : il suffit de virer les demandeurs d’emploi des statistiques le plus vite possible ! Par wagons entiers. La méthode est rustique. Grosse ficelle. Énormes dégâts en perspective.
L’avant-projet de loi du gouvernement sur le contrôle des chômeurs, qui va commencer à être discuté avec les partenaires sociaux jeudi, dans le cadre de la réforme de l’assurance-chômage, révélé lundi par les Echos, est assez clair : les chômeurs pourraient voir leurs allocations suspendues ou écornées s’ils refusent deux offres « valables ».
Au bout de six mois, les critères se durciraient. Si le pauvre demandeur refuse un job qui l’oblige à deux heures de transport quotidien, pan, il risque une baisse, ou une coupure de ses allocations. S’il fait la moue sur un boulot où on le paie seulement 70% de son ancien salaire, pan, la punition tombe également. C’est simple et mécanique. Bête et méchant ! Des baffes pour les chômeurs qui refusent de se bouger ou de sacrifier leur revenus de 30%. Plus la peine de se pencher sur la formation, l’expérience, la condition familiale, la situation matérielle, les possibilités de reconversion des demandeurs d’emploi. Vive la politique de radiation coercitive !
Ce projet, qui doit encore faire l’objet d’arbitrages interministériels et de négociations (lesquelles risquent d’être sportives !) est d’autant stupide et scandaleux que l’Unedic, l’organisme qui gère les Assedic, n’a jamais connu d’excédents si importants.
Jugez plutôt : l’assurance-chômage a dégagé en 2007 un « résultat positif » de 3,5 milliards d’euros, soit 300 millions d’euros de plus que prévu, grâce à une progression de l’emploi et une baisse du nombre de chômeurs indemnisés. Pour 2008, l’excédent devrait continuer de grimper, à 4,6 milliards. Pour le seul mois de janvier, l’excédent aurait dépassé 940 millions d’euros. Vous avez bien lu !
Certes, l’assurance-chômage a encore des dettes à éponger. Mais tout de même ! À ce rythme, et vu le projet gouvernemental, la France arrivera sous peu à une situation extraordinaire : plus aucun chômeur indemnisé et une caisse de chômage richissime. Le plein-emploi de façade !
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