Les Français sont des bouc émissaires bien commodes. Pour protester contre le soutien français au Tibet et contre le passage chahuté de la flamme olympique dans les rues de Paris au début du mois, les télévisions chinoises ont diffusé ce week-end des images de quelques manifestations contre les symboles tricolores.
Rien de bien méchant en vérité. Les manifestations anti-françaises sont loin d’avoir la même envergure qu’en 2005, lorsque la Chine s’en était pris au Japon (voir encadré ci-dessous). Ainsi, l’agence officielle Xinhua (Chine Nouvelle), mentionne, au mieux, quelques milliers de manifestants devant plusieurs magasins Carrefour dans différentes villes chinoises. Et encore, aucuns chiffres émanant de sources d’information indépendantes ne sont disponibles. Un drapeau français a, en outre, été brûlé et, comme le raconte un ressortissant français vivant à Pékin, il arrive que « quelques chauffeurs de taxi qui, voyant que vous êtes français, vous prennent gentiment à partie au sujet de la flamme olympique, mais sans plus ». Autrement dit, rien de grave, juste un peu d’agit-prop, dans un pays de plus d’un milliard d’habitants, où les manifestations non autorisées sont rapidement dissoutes à coups de canons à eau ou de matraques !
Panique à l’Elysée et dans les grands groupes
Hélas, si on en juge par la réponse de la diplomatie française, cela aura suffi à affoler l’Elysée, qui a visiblement l’œil rivé sur les contrats signés avec la Chine (tout de même 20 milliards d’euros lors du dernier voyage de Nicolas Sarkozy dans l’Empire du Milieu) et les jérémiades des entreprises du CAC 40 ! On ne se refait pas, même si le président français continue (pour le moment) de conditionner sa venue à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à la reprise d’un dialogue entre la Chine et les émissaires du dalaï-lama - lequel a été fait citoyen d’honneur de la Ville de Paris lundi 21 avril, provoquant de nouveaux froncements de sourcils chinois. Ainsi, ce ne sont pas moins de trois messagers français de haut vol, dépêchés par l’Elysée, qui feront le voyage de Pékin cette semaine — le président du Sénat, Christian Poncelet, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin et le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Lévitte — pour recoller les morceaux. Des courbettes en série censées amadouer la puissance chinoise, qui en redemande…
« Nous essayons d’arranger les choses »
Ces renforts français envoyés en Chine ne manqueront pas de soulager l’ambassadeur tricolore en poste à Pékin, Hervé Ladsous. La semaine dernière, celui-ci a vaillamment tenté d’expliquer la position de la France et sa liberté d’expression aux journalistes locaux. Un exercice ardu… Lors d’une conférence de presse, le 18 avril dernier, en réponse à une question portant sur un tchat internet entre l’Excellence tricolore et des internautes chinois qui s’est déroulé le même jour dans les locaux du portail web www.china.com, l’ambassadeur en a profité pour glisser : « est-ce que j’ai convaincu ? J’aimerais le savoir, mais je constate qu’au moment où nous parlons, cette interview que j’ai réalisée il y a trois heures n’est toujours pas diffusée. Je ne comprends pas quel est le problème. C’est curieux. Je travaille jour et nuit avec toute mon équipe pour expliquer notre position, faire tous les commentaires qu’appelle la situation. Nous continuons à travailler avec nos homologues chinois pour essayer d’arranger tout ce qui mérite d’être arrangé. »
L’Allemagne reste ferme
Toutes ces précautions et cet envoi d’émissaires français en rafale (frôlant la sino-béatitude) ne manquent pas de faire sourire les diplomates allemands , ouvertement sarcastiques envers Paris depuis que Nicolas Sarkozy est entré à l’Elysée. En effet, ces six derniers mois, la chancelière allemande, Angela Merkel, a mené la vie dure à Pékin. En septembre 2007, elle a reçu officiellement le dalaï-lama et s’est dite prête, ces dernières semaines, à le recevoir à nouveau prochainement. Elle a aussi annoncé qu’elle ne se rendrait pas à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, sans oublier d’asticoter la Chine sur la question des droits de l’homme ou la protection de l’environnement. Des positions fermes qui n’ont pas, pour le moment, déclenché de campagne anti-allemande à Pékin et qui n’empêchent pas l’Allemagne de rester le premier partenaire commercial européen de la Chine. Loin devant la France !
Des manifs houleuses en 2005 contre le Japon
En Chine, les manifestations hostiles envers des Etats étrangers sont rares, mais il existe de fâcheux précédents. Déjà, le 10 avril 2005, à Pékin, 10 000 Chinois avaient marché sur l’ambassade du Japon dont quelques vitres avaient volé en éclats. Rebelote une semaine plus tard à Shanghaï, devant le consulat du Japon. En cause ? Plusieurs visites du Premier ministre japonais de l’époque au sanctuaire de Yasukuni qui, en Chine mais aussi en Corée du Sud, est perçu comme un mémorial consacré aux criminels de guerre japonais. Ces manifestations, organisées par le biais d’internet, n’étaient pas officiellement sponsorisées par les autorités chinoises mais personne ne les avaient empêchées. A l’époque, le Japon avait exigé des excuses que Pékin s’était abstenu de présenter.
L. C.
Lire ou relire dans Bakchich
un joli papier paru en mars 2007 sur les prémices de la coopération policière franco-chinoise qui fut à l’oeuvre lors du passage de la flamme olympique à Paris










