C’est une guerre féroce qui se joue dans les coulisses de la presse lyonnaise depuis plusieurs mois. L’une des batailles se livre aujourd’hui. Ce mardi 22 avril, la justice décide si Christian Latouche, homme d’affaires lyonnais, devient l’actionnaire majoritaire de Lyon Mag. Une perspective qui pour une grande partie de la rédaction signerait l’arrêt de mort du journal.
A l’origine de ce conflit, des finances délicates. Et, une « connerie », dixit Philippe Brunet-Lecomte, rédacteur en chef du journal, qui possède 46% des actions de Lyon Mag. Au printemps dernier, alors que le journal connaît un exercice déficitaire, Christian Latouche, actionnaire minoritaire du journal, propose une avance sur compte courant. Une avance en deux temps, d’une valeur de 500.000 euros. Mais une petite clause vient s’ajouter à la deuxième avance. Une clause dite de « nantissement ». Le nantissement est un contrat par lequel un débiteur (Lyon Mag) remet un bien à son créancier (Latouche) pour garantir sa dette. Ce sont les actions de Philippe Brunet-Lecomte qui serviront de « caution ».
Mais quelques temps après, le généreux Christian Latouche décide de demander le remboursement de cette somme sous huit jours. Ce que Lyon Mag ne peut pas faire. S’ensuit une guerre juridique d’une complexité rare pour qui n’est pas initié. Pour résumer, Lyon Mag demande le cantonnement du remboursement : pour faire court, son étalement. Christian Latouche veut, de son côté, profiter de l’occasion pour s’emparer des actions de Philippe Brunet-Lecomte et ainsi prendre possession du journal en devenant actionnaire majoritaire.
Latouche, un personnage atypique
Une « catastrophe » pour les fondateurs, et les journalistes de Lyon Mag. D’autant plus que Christian Latouche semble plutôt éloigné de la ligne éditoriale. Pour découvrir ce charmant personnage qui dirige Fiducial, un grand groupe d’expertise comptable, et qui peut animer des conférences quelque peu droitière, cliquez ici. Pour savoir ce qu’il disait à l’université d’été du MNR en 2003, cliquez ici. Contacté par Bakchich, Christian Latouche n’a pas souhaité répondre à nos questions.
Par ailleurs, la rédaction s’interroge sur les dessous politique de cette affaire. Maître Genin, l’avocat de Christian Latouche est l’ancien porte-parole du comité de soutien de Dominique Perben. De même, Philippe Grillot, ancien président du tribunal de commerce, qui avait rendu une décision favorable à Lyon Mag au sujet du remboursement mais 12 heures trop tard… est un proche de l’ancien ministre. Lionel Favrot, directeur de la rédaction de Lyon Mag l’affirme « Christian Latouche veut prendre possession du journal pour disposer d’un porte-voix. » De son côté, selon des propos rapportés à Bakchich, Gérard Collomb, l’actuel maire de Lyon, ne cache pas son inquiétude, « si Latouche prend Lyon Mag, c’est une catastrophe », aurait-il affirmé.
La rédaction de Lyon Mag a déjà un plan B. « Si Latouche parvient à ses fins, nous ferons jouer la clause de conscience et on montera un autre journal », affirme à Bakchich Philippe Brunet-Lecomte. L’audience était fixée ce mardi à 13H30 au tribunal de grande instance de Lyon. Le jugement sera rendu le 27 mai.










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