À Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention, de détection et de répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au coeur du ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la « Précrime ». Celui-ci lance alors son escouade aux trousses du « futur coupable » pour le supprimer avant qu’il ne commette son crime. Bien sûr, il n’est pas encore fautif au moment d’être arrêté – l’Etat, fortiche, ne fait qu’anticiper.
Via de courts extraits, ce scénario de Minority Report (2002) de Steven Spielberg est le fil conducteur de Rétention de Sûreté, une peine infinie. Troisième volet de la série Réfutations réalisé par le jeune militant Thomas Lacoste (1), ses documentaires sont consultables à l’envie sur Internet – le principe phare de Lacoste étant le libre accès au plus grand nombre.
Rétention de sûreté
Après Réfutations I, tourné à l’occasion de la présidentielle, un deuxième volet s’est attaqué au thème des universités via l’enjeu de la loi Pécresse. Pour le troisième acte de la série, Lacoste devait se concentrer sur les banlieues. Mais la loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté en a décidé autrement.
Pour qui reviendrait d’un long voyage au fin fond du Grand Nord Canadien, la loi sur la rétention de sûreté permet, après l’exécution de la peine de prison, de prolonger – sans limitation de durée et sans infraction – l’enfermement des personnes considérées comme « particulièrement dangereuses ».
Pour une vision plus complète des possibilités incroyables de cette législation, cliquez plutôt ci-dessous, les Guignols de l’Info proposent un très complet « Loi de Rétention de Sûreté pour les nuls » - ou comment Rachida Dati a inventé la prison après la prison :
Rétention de sûreté ou sûreté de la rétention ? C’est la question que se pose un certain Pierre Xavier dans ce très-très court – où un pré-ado, Benoît Benet, est enfermé à l’asile parce qu’il « risque » de manger ses parents. Douteux certes, mais très-très court.
Revenons au film de Lacoste. Selon les huit intervenants issus des corps de métiers touchés par la loi et mobilisés pour développer face caméra les nombreuses aberrations de cet « abus institutionnel », cette loi balayerait, pêle-mêle, la légalité et la stricte nécessité de la peine, la présomption d’innocence, l’interdiction de rejuger une personne pour le même fait, la protection de la dignité humaine et celle contre la détention arbitraire. Pas mal effectivement pour un texte voté par un Etat dit « démocratique ».
Puisque nul n’est censé ignorer la loi, ces 68 minutes supplémentaires sur le Web vous permettront ce soir de déconstruire méticuleusement un populisme pénal. De quoi frissonner aussi fort qu’avec Spielberg.
Rétention de sûreté – Chapitre I
Rétention de sûreté – Chapitre II
Rétention de sûreté – Chapitre III
Rétention de sûreté – Chapitre IV
(1) Pour soutenir cette initiative et les futurs opus de la série Réfutations vous pouvez acheter le DVD 12 € (frais de port inclus) par paiement en ligne www.lautrecampagne.org ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3, rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris.












