Second chantier d’importance, prêt à sortir des cartons à chapeaux de Michèle Alliot-Marie, une réforme des règles régissant le secteur des cabinets d’intelligence économique. Un petit monde en ébullition depuis la chute du commissaire Moigne, ce dernier faisant commerce d’informations d’origine policières avec l’un des « privés » les plus réputés de la place de Paris. Si le détail des mesures que le ministère entend faire adopter avant l’été par le Parlement reste pour l’heure bien protégé, on peut toutefois déjà en dégager la « philosophie ».
« La profession est composé de quelques professionnels mais aussi de très nombreux zozos . Les zozos il faut les envoyer à la pêche à la mouche », explique l’un de ceux qui suit le dossier. Et au rang des zozos de citer comme exemple « Ceux qui nous ont fait perdre les Jeux Olympiques à Paris ». Mais qui va faire le tri ? De nouveau la Direction centrale du renseignement intérieur, qui se chargera de délivrer une habilitation officielle. Pour certains candidats, la démarche ne relèvera pas de la partie de plaisir tant certaines « officines » n’ont pas bonne presse auprès du Président…
En avril 2005 au cours d’un dîner avec Arnaud Lagardère, Sarkozy évoquant l’affaire Clearstream, les officines et autres cabinets noirs suspectés d’avoir enquêté sur lui, avait promis : « Lorsque je serai au pouvoir, on les pendra tous à des crocs de boucher ».
Gayraud, l’exilé
Ce commissaire divisionnaire ayant effectué la majeure partie de sa carrière à la DST va se retrouver au cœur de la tempête de l’affaire Clearstream. Sous l’autorité du patron de l’époque, Pierre Bousquet de Florian, Gayraud va piloter l’enquête secrète réclamée par Dominique de Villepin, alors en poste place Beauvau, sur la réalité des listings. Si son investigation conclut rapidement à une manipulation, la DST conserve cette information tel un secret d’État… Les détracteurs de Gayraud l’accusent d’avoir ensuite mesquinement rédigé une note mettant en cause divers cabinets d’intelligence économique dans la falsification des listings, avec pour seul souci de s’exonérer de ses propres manquements. Au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, Bousquet de Florian persistait à présenter encore Gayraud comme « Le meilleur fonctionnaire de la DST ». Une opinion qui n’a porté bonheur ni à l’un et l’autre ! Bousquet a été expédié dans les Hauts-de-Seine et Gayraud « promu » dans un vague institut d’études sur la sécurité intérieure
Commissaire divisionnaire à la DST, Jean-François Gayraud, avait joué un rôle de premier plan dans les enquêtes du service sur Clearstream et devait rapidement quitter la DST après l’élection de Sarkozy. Il était aussi responsable de la sous-direction de la sécurité et de la protection du patrimoine. Et à ce titre amené à rencontrer de nombreux chefs d’entreprises qu’il orientait lorsque ceux-ci étaient en quête d’un « bon » cabinet d’intelligence économique. Dire que dans ce rôle le commissaire a fait l’unanimité serait au-dessus de la vérité. Promis-juré, tout sera désormais limpide, transparent et accessoirement sous surveillance… Un point reste toutefois particulièrement obscur, c’est la façon dont le gouvernement entend contrôler le « pantouflage » des fonctionnaires issus de la police ou des services spéciaux et qui peuplent ces boîtes.
En 2000, Jean–Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, avait tenté de contenir ce phénomène, via un texte de loi pour interdire l’embauche de ces fonctionnaires par des cabinets d’IE avant une période de cinq ans. Le décret d’application de ce texte s’était ensuite égaré. Il n’est pas certain que MAM l’ait retrouvé.
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