On comprend que ça puisse agacer : le cours de bourse de NextradioTV est en baisse de plus de 25% depuis le début de l’année. Du coup, Alain Weill, le PDG de la société qui contrôle les radios RMC et BFM ainsi que BFM TV veut aller plus vite pour améliorer sa profitabilité. À priori, les choses se présentent sous les meilleurs auspices : au premier trimestre, le chiffre d’affaires a progressé de 94% à 28 millions d’euros. Mais c’est en trompe-l’œil. Cette progression est due aux acquisitions, essentiellement le groupe de presse informatique Test, qui est d’ailleurs en train d’être dépecé.
L’activité des stations de radio a reculé de 2% pour s’établir à 12,1 millions d’euros. En fait, RMC a continué de progresser mais BFM Radio a été « impactée par la crise des marchés financiers ». En clair, les banques ont placé moins de publicité sur son antenne. Une telle évolution inquiète les boursiers et énerve particulièrement Alain Weill, qui possède 36% de NextradioTV en attendant de monter à 51% comme il en exprime le désir. Notre homme, qui s’est fait connaître en travaillant pour NRJ avant de se fâcher avec Jean-Paul Baudecroux, a séduit les boursiers ces dernières années en se présentant comme un vrai « fils de pub ».
Le message est simple : donnez-moi n’importe quel support et je vous le remplis de pub pour le plus grand bonheur des actionnaires. Un message simplissime qui ne peut que séduire. Sauf quand la pub n’est plus au rendez-vous. Quelle solution aujourd’hui ? Réduire les coûts semble difficile alors qu’Alain Weill est connu pour avoir conçu des médias audiovisuels « low cost » : quelques stars placardisées comme Olivier Mazerolle et Ruth Elkrieff et de jeunes journalistes qui se défoncent pour des salaires modestes. Un cocktail qui marche, selon les chiffres de l’audience. BFM TV est ainsi devant i-Télé, la chaîne tout info dont Canal Plus a confié la direction à la grande professionnelle Valérie Lecasble. Sur le plan économique, les marges de progression sont moindres en cas de ralentissement économique comme c’est le cas actuellement et on comprend que les actionnaires se détournent de NextradioTV.
Le potentiel de la Tribune
On comprend aussi pourquoi Alain Weill a racheté, à titre personnel, La Tribune, le quotidien économique que Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH et l’homme le plus riche de France, a dû céder pour pouvoir prendre le contrôle des Echos.
Mal géré, voire pas géré du tout depuis des années, La Tribune offre un vrai « potentiel », pour reprendre l’expression des boursiers. Restructuré à la hache, le quotidien peut devenir rentable, selon des analystes. D’ailleurs, 43 des 200 salariés sont déjà partis. La réorganisation est en marche et elle provoque des crispations en interne telles qu’une grève du service édition a empêché la parution du titre mardi. Pour Alain Weill, c’est bien la preuve de l’archaïsme de la presse française. Il a une noble ambition : permettre à cette presse française de récupérer une part plus importante du gâteau publicitaire. « La presse court un grand danger mais apparemment, tous n’en sont pas conscients. Le système doit être repensé car si l’on continue comme cela, la presse disparaîtra », a dit ce bienfaiteur devant l’association des journalistes médias en début de semaine. On peut compter sur lui pour repenser. Il a tout intérêt. Car il a prévu de redresser La Tribune puis de l’apporter à NextradioTV, ce qui lui permettra d’augmenter sa part au capital. Si c’est pour une cause aussi généreuse, on s’en voudrait de ne pas l’aider.
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