Moncef Marzouki est le président du Congrès pour la République (CPR), parti d’opposition tunisien non reconnu. Depuis 5 années qu’il vit en France pour pouvoir travailler et nourrir sa famille, ce professeur en médecine chassé de l’université tunisienne, cet écrivain boycotté par les éditeurs et les journaux de la Place en Tunisie n’a jamais courbé l’échine.
Récemment, il a annoncé sur la chaîne arabe El Jazeera son retour en Tunisie le 21 octobre. Au passage, il fit un appel au peuple et à la jeunesse afin d’entrer en résistance "pacifique" contre le pouvoir illégitime en place…
Ben Ali, excédé par toute forme de liberté de ton, s’empressa de mettre en branle "sa" justice et lui fit parvenir à son adresse à Sousse une convocation chez le juge d’instruction le jour même de son retour. Motif : appel à la violence et à la subversion.
L’intéressé ne se démonte pas ; il rentre quand même au pays où les correspondants de Reuters et de la BBC l’interviewent sur place. Et encore une fois, c’est le courage qui fait reculer l’arrogance de la dictature. Avant de s’envoler pour Tunis, Bakchich a rencontré à l’éroport de Roissy le docteur Moncef Marzouki.
Voici ses impressions…
Vous décidez de rentrer en Tunisie alors que la menace d’y être jeté en prison plane sur vous. Que cherchez-vous au juste ?
Cette menace plane toujours, elle a toujours plané. J’ai de nombreuses fois reçu des menaces de mort, on a mis trois fois mon frère en prison, ma voiture a été sabotée, j’ai été chassé de mon travail. Or, toute la Tunisie vit sous la menace permanente. Beaucoup la subissent. Moi, je la refuse. J’exprime aussi une sorte de lassitude face à un régime qui ne veut pas reconnaître ses erreurs et qui ne veut pas comprendre que les méthodes qu’il utilise sont d’un autre âge et ne s’appliquent pas à tout le monde. A des problèmes politiques, le régime répond par des méthodes policières, et je dirais même de basse police. Il faut que cela cesse. Même si je m’efforce de reconnaître que tel qu’il est, ce régime est condamné à se répéter éternellement de manière névrotique. Car il n’est en rien réformable…
Dans ce climat délétère, que pensez-vous apporter par votre retour ?
Ma seule contribution sera d’être avec les Tunisiens et parmi les Tunisiens dans cette étape cruciale que vit notre pays. Pour le reste, mes positions sont connues concernant l’inefficacité de la stratégie selon laquelle il faudrait y aller par petits pas. Je crois que c’est aux jeunes, à la jeunesse de s’organiser aujourd’hui pour constituer la résistance. Je sais que je vais être isolé, entravé, mais je peux montrer le chemin. Cela fait 20 ans que je fais le boulot ; il faut à ce stade que tous les Tunisiens prennent leur destin en charge et entrent en résistance…
Mais les Tunisiens ne bougent que lorsque le couffin est menacé, comment allez-vous vous y prendre ?
Ce n’est pas vrai. Ils ne bougent pas car il n’ont pas de leadersheap identifié. Or, ils ont besoin d’hommes et de femmes ayant un programme auquel ils s’identifieraient et non d’une opposition qui serine des voeux pieux. Pour ma part, je demande à notre peuple de choisir un leader, de l’imposer.








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