C’est une équation infernale. La mort d’un homme alors qu’il était entre les mains de la police. Bavure ou accident ? La raison commanderait d’attendre les conclusions de la justice. Ou, à tout le moins, celles du médecin-légiste et de l’Inspection générale des services (IGS).
Mais voilà, on ne veut plus attendre. On ne veut plus entendre. Vos commentaires (particulièrement nombreux : 58 !) sont sans appel. Excédés et donc excessifs. L’impression désagréable d’assister à une nouvelle représentation d’une pièce cent fois jouée.
Entendons-nous. L’émotion, en pareil cas, est légitime. Mais elle ne doit pas altérer le jugement.
Hélas, la tentation est grande d’instruire à distance, tantôt le procès de la police, tantôt celui des jeunes immigrés ou d’origine immigrés. Quitte à ne retenir des faits que ce qui sert le propos, dans un sens ou dans l’autre.
Et c’est une crise plus profonde qui se dessine à travers ce comportement. Le peu de confiance accordé à l’institution judiciaire pour éclaircir les faits. Comme si elle allait forcément prendre le parti de la police. Etouffer la bavure présumée.
Procès d’intention
Quant bien même conclurait-elle à l’absence de responsabilité des policiers que cela ne dissiperait pas les soupçons. Au contraire, les tenants d’une collusion flics-magistrats y liront une confirmation supplémentaire de l’impunité dont jouirait la police en France. Quant aux autres, ils resteront persuadés que la police est toujours injustement accusée.
Débat pipé, donc. Où le fait divers devient le prétexte d’un affrontement idéologique dans lequel le procès d’intention tient lieu de preuve.
Sautons à pieds joints dans les tranchées, quitte à essuyer quelques rafales.
FOUG75 a choisi de prendre le parti de la police : « La mort d’un homme est toujours une tragédie. Mais regardons les choses avec honnêteté. A lire les messages, c’est hallucinant : les policiers seraient les méchants, les monstres qui donnent la mort gratuitement à un jeune, gentil et chétif jeune homme sans histoire. Je vous signale au passage qu’il était connu des services de police : interpellé pour maintes rébellions, conduite sous l’emprise de stupéfiants etc… D’autre part, le vendredi en question, l’individu avait insulté , menacé les employées puis frappé au visage le directeur de l’agence bancaire parce qu’on lui refusait de l’argent . Et enfin , face aux policiers venus l’interpeller, loin de se calmer , l’individu se déchaîne, casse une vitrine , blesse des policiers lors de l’interpellation . Voilà donc le portrait du gentil jeune homme dont on parle . Et en face il faut bien sûr imaginer de féroces policiers, sanguinaires et bien sûr racistes… Alors soyons sérieux !! et cessez donc d’accuser à tort la police de tous les maux, vous renforcez ce faisant l’impunité des délinquants en tous genres dont vous pouvez être la victime demain. Et là vous serez bien heureux de voir la police vous porter secours »
Mépris, racisme, abus de droit…
Réquisitoire auquel répond celui de Stella :
« Il y a au sein de la police depuis de nombreux mois un sentiment d’impunité palpable. Le manque de respect envers les citoyens, le mépris, le rascisme, les sarcasmes, les abus de droit sont légion. En attendant l’avènement d’un gouvernement de type plus "démocratique" moi, j’évite de me défendre, de parler, j’évite les commissariats (pas de main courante et pas de plainte quoi qu’il arrive, en même temps vu comment on est reçu …). »
Zooey va encore plus loin :« Que dire il y a plus qu’à mettre une cible quand on ne veut pas reconnaître son erreur, la police peut tuer librement, elle est libre de faire ce qu’elle veut, dire ce qu’elle veut, quel honte ! devenir une cible facile avec de faux témoignages et l’acte de tuer gratuitement !… Même un chien ne serait traité de la sorte ! »
Jubilation gaucho antiraciste…
Et le ping pong continue. Parsifal estime que ce décès constitue « une grande victoire pour les gaucho-antiracistes qui jubilent encore une fois de pouvoir fustiger la méchante police qui fait rien que s’attaquer aux gentils -qui giflent les directeurs de banque - et qui peuvent ainsi déchaîner les émotions (manifestations, pleurs, prières, etc) au mépris de la vérité (qui sera de toute façon établie, par une enquête, comme dans tout état de droit). »
Au milieu de ce dialogue de sourds, il y a WilL : « je pense qu’il ne faut pas aller d’un extrême à l’autre. il est vrais que ce jeune homme a eut un comportement violent et qu’il était donc en tort il est vrai que les policiers à la base ont fait leur travail : ils ont maitrisé l’individu et ainsi il ne représentait plus de danger. si ce dernier ne présentait plus de danger alors pourquoi est-ce qu’il y a eu au final mort de ce jeune homme ? c’est là qu’est la bavure ce n’est pas dans le fait qu’il lui passent les menottes c’est ce qui se passe après ! »
frollo tente lui aussi de faire dans la nuance : « Simple précision : ayant déjà eu affaire à des ’agités’ dans le cadre professionnel (médecin), il ne m’apparait pas anormal ou impossible de devoir se mettre à 4 ou 5 pour immobiliser un individu de 60 kg en état d’agitation ! Ce qui ne préjuge pas du fait qu’il ait pu être frappé ensuite ! »
Mais ce sont là, quasiment les deux seules exceptions de ce déchainement des passions.
Alors ? Alors il est urgent que la justice fasse la lumière sur l’enchainement des évènements et les responsabilités des uns et des autres. Pour la victime et ses proches bien sûr. Mais aussi pour la paix civile et la confiance du pays dans ses institutions.








