Super Sarko veut mettre au pas l’AFP. On s’en doutait un peu, mais l’intéressé vient de le confirmer de manière éclatante : Super Sarko n’aime la presse que quand elle chante ses louanges. Or, notre vibrionnant président, a mauvaise presse depuis quelque temps. C’était prévisible. Pour accéder au pouvoir, il a cajolé les journalistes (et leurs patrons) pendant des années, fournissant des informations « exclusives » aux uns, distribuant des cadeaux aux autres (comme l’annonce de la suppression de la publicité sur les télévisions publiques pour faire plaisir à son grand ami Martin Bouygues, proprio de TF1). Mais les médias sont versatiles. Ils adorent brûler ce qu’ils ont adoré. Pas par méchanceté. Ce serait mal connaître ceux qui les dirigent. C’est par conformisme. Les sondages de Super Sarko sont mauvais donc l’homme est peut-être mauvais. Ainsi raisonnent les médias. Et Super Sarko, comment réagit-il ? Avec la brutalité d’un chef de gang, comme à son habitude.
Il a perdu le contact avec ces journalistes qui lui ciraient consciencieusement les chaussures à talonnettes pendant des années. Et il a besoin de relais pour essayer de retourner l’opinion publique. Les grands shows télévisés ne sont plus d’aucun secours. Il vient de se découvrir un nouvel ennemi : l’Agence France Presse, coupable de ne pas traiter les informations gênantes pour ses adversaires, en l’occurrence pour Ségolène Royal, condamnée à verser des salaires à d’anciens collaborateurs qui la poursuivaient en justice. Mais pourquoi donc Super Sarko s’en prend-il à l’AFP ? Il laisse Frédéric Lefebvre, député des Hauts-de-Seine, pilonner l’Agence. Ce bouledogue, éloigné pendant la campagne présidentielle sur ordre de Claude Guéant et de Cécilia, est revenu en grâce. Il se montre du coup zélé. Furieux de voir que l’AFP ignore ses communiqués forcément géniaux. Il vient de saisir le Conseil supérieur de l’agence. On se demande bien pourquoi. Quant à la brillantissime Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, elle propose carrément de créer une sorte d’agence diffusant les communiqués des partis politiques, en fait de l’UMP. Oh Christine, tu veux relancer La Pravda (La Vérité, en russe) ou quoi ?
L’AFP dépendance
Pourquoi tant de haine ? L’AFP irrigue tous les médias français et une bonne partie des médias internationaux. Super Sarko l’a longtemps négligé. Ce ne sont pas les journalistes aussi brillants que Philippe Ridet (Le Monde) ou Mickael Darmon (France 2) qui font l’opinion. En hiérarchisant l’information avec un professionnalisme certain, l’AFP donne le « la » de l’actualité française, si l’on peut dire. Si l’AFP ne traite pas un sujet, cela signifie pour certains – en particulier les télés et les quotidiens régionaux – que le sujet n’est pas intéressant. Cette « AFP dépendance », Super Sarko, qui se targue d’être un as de la communication, ne l’avait pas vue. Ses prédécesseurs, qu’il cloue au pilori, avaient, eux, bien compris son importance. Il n’est un secret pour personne que François Mitterrand et Jacques Chirac ont choisi les journalistes de l’AFP chargés de suivre leurs activités à l’Élysée. Cela n’a pas empêché des revers de fortune dans les sondages pour les deux ex. Mais, enfin, eux savaient qu’autant que la télévision ce qui comptait c’était de s’assurer que la parole présidentielle irriguait bien tous les médias. Et pour cela il n’y qu’un outil : l’AFP.
Super Sarko vient de l’apprendre et du coup il agite ses petits poings avec l’aide de quelques seconds couteaux qui se croient dans l’ex-URSS. Cette offensive des Sarkozystes suscite des interrogations car l’AFP a actuellement pour PDG Pierre Louette (lire le portrait de Bakchich), qui a travaillé au cabinet d’un certain Edouard Balladur à Matignon entre 1993 et 1995 quand un certain Nicolas Sarkozy était ministre du Budget et porte-parole du gouvernement. Les deux hommes se connaissent mais manifestement le courant ne passe plus. Dans les couloirs de l’AFP, certains pensent que Super Sarko veut virer Louette, qu’il juge trop peu docile, pour placer un de ses proches. C’est vrai que parmi ceux qu’il côtoie, les professionnels des médias ne manquent pas. Les journalistes compétents et indépendants comme Jean-Pierre Elkabbach, Jean-Marie Cavada, Nicolas Beytout, Arlette Chabot, pourraient très bien diriger l’AFP, avec compétence et indépendance, cela va de soit.
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