« Rentrer la tête, ce n’est pas dans ma nature » [1]. En prenant courageusement la défense de ses journalistes face aux assauts répétés de l’UMP, Pierre Louette, PDG de l’AFP depuis la fin de l’année 2005, a montré qu’il avait du tempérament et un réel sens de la communication. C’est qu’à 45 ans, il a déjà une longue carrière derrière lui. Cet énarque (promotion 1989, la même que Jean-François Copé, Renaud Dutreil, Nicolas Dupont-Aignan ou Dominique Méda) atterrit dès 1993 au cabinet de Balladur, nouveau Premier ministre.
C’est là, après un passage à la Cour des comptes, qu’il fera ses premières armes et tissera son réseau. Chargé de l’audiovisuel, il fréquente quotidiennement Nicolas Bazire, aujourd’hui n°2 de LVMH, alors directeur de cabinet de Balladur. Et pour bosser, il bosse. Et pour apprendre, il apprend… notamment à anticiper les besoins du pouvoir. C’est ainsi qu’il réalise, entre autre, le conducteur intégral d’un numéro de « La Marche du siècle », où Balladur doit être l’invité principal (Lire l’encadré ci-dessous). L’émission n’aura pas lieu, mais cette note, envoyée à Jean-Marie Cavada, montre à quel point il a intégré les ressorts de la communication politique. Elle révèle aussi l’idée que se fait alors du métier de journaliste celui qui dirige aujourd’hui l’AFP.
A Louette rien de nouveau
L’homme n’est donc pas si lisse qu’il veut bien le montrer. Dans les couloirs de « l’Agence », pourtant, l’homme est poli, salue tout le monde, et est toujours bien (trop ?) apprêté. Entre deux réunions, il part se dépenser dans un club de sport très chic du quartier de la Bourse. C’est que gérer quotidiennement la deuxième agence de presse au monde nécessite de décompresser. Surtout quand, alors que les négociations sur le prochain COM (contrat d’objectifs et de moyens) 2008-2012 de l’AFP ne sont pas terminées, l’ « ami » Sarkozy (qu’il a souvent croisé sous Balladur, quand l’actuel président était ministre du Budget) a dû mal à contenir sa colère contre lui.
À quoi pense-t-il quand il se déplace dans sa C6 noire avec chauffeur ? À son passage à France Télévisions (directeur de la communication de 1995 à 1996), ses années passées chez Havas (1996 à 2000), plus récemment son bureau chez LVMH (2000-2003) ou tout simplement à sa passion pour l’histoire militaire ? Nul ne le sait.
Ce qui est sûr, c’est que Pierre Louette, inscrit à bonne école, est devenu un grand communicant. Un talent qui lui a permis récemment de sortir par le haut d’une polémique qu’il avait lui-même allumée. En se déclarant favorable à « une évolution du statut » de l’AFP, il était parvenu, en décembre 2007, à provoquer une fronde unanime des syndicats. Ces derniers dénonçant une possible privatisation de l’AFP. Comme après les attaques de l’UMP, Pierre Louette a réagi vite, en rencontrant les syndicats, il a finalement pu calmer le jeu. Mais ces atouts lui suffiront-ils pour sortir indemne du bras de fer qu’il a entamé avec l’UMP ? Rien n’est moins sûr… Il faut qu’il se dépêche, comme on dit à l’Agence…
Un passé balladurien
Jeune conseiller chargé de l’audiovisuel, Pierre Louette travaille d’arrache-pied pour redorer l’image de son patron, Edouard Balladur. Ainsi, le 27 juillet 1993, il se fend d’une jolie note (exhumée par Jean-Pierre Bédéi dans son livre L’Info-pouvoir, aux Éditions Actes Sud) à l’attention de Jean-Marie Cavada, producteur et présentateur de « La Marche du siècle ». En voici quelques extraits : « Objet : projet d’émission sur l’emploi. Il me paraît très important qu’en octobre, au moment du dépôt du projet de loi quinquennal pour l’emploi (date à préciser), une émission spéciale et originale soit consacrée entièrement au thème de l’emploi, autour d’expériences innovantes, de proximité, de vécus. L’idée serait la suivante : trouver dans nos provinces les 3 ou 4 « Abbé Pierre » ou « Mère Teresa » de l’emploi, des patrons de PME qui ont appliqué toutes les mesures incitatives et qui sont même allés au-delà, des responsables d’association œuvrant pour l’emploi de proximité, le travail des jeunes (…). Le Premier ministre, une fois rappelé que c’est lui qui, avec son gouvernement, donne l’orientation générale, mène la politique qui peut à moyen terme aider l’emploi, serait ensuite celui qui écoute, qui prend en compte, qui est prêt à suivre, à relayer ailleurs les expériences faites ici et là. (…) En termes d’objectifs de communication, j’y vois deux avantages : conforter l’image d’homme à l’écoute, près des préoccupations… ». L’histoire ne dit pas quelle fut la réaction de Jean-Marie Cavada, mais l’émission n’aura finalement pas lieu.
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