Suite au séisme d’une magnitude de 7,8 sur l’échelle de Richter qui a ravagé le sud-ouest de la Chine le 12 mai, le décompte macabre des victimes ne cesse d’augmenter. Selon le gouvernement chinois, le nombre de morts pourrait atteindre les 50 000 et plus de 28 000 décès ont déjà été confirmés par les autorités. C’est la province du Sichuan, où des villes ont tout simplement été rayées de la carte, qui paie le plus lourd tribut à cette catastrophe. Selon l’agence de presse officielle Xinhua, le nombre de morts pourrait atteindre les 20 000 pour la seule ville de Deyang. Le nombre de blessés est, lui, évalué à un peu plus de 198 000 personnes et le nombre de personnes déplacées suite au séisme atteint les 4,8 millions. Alors que le bilan humain est sur toutes les bouches en Chine et que les chances de retrouver des survivants s’amenuisent (six jours se sont écoulés depuis le séisme), le recensement des dégâts matériels a débuté. Tout comme la sécurisation des sites dits à « hauts risques » comme les usines, les centrales nucléaires ou les barrages hydrauliques. « Tout est une question de gestion stratégique du temps et des ressources humaines » indiquent, inquiets, les experts chinois à l’oeuvre.
Le Sichuan, grenier à riz de la Chine
En effet, la province du Sichuan ne mérite pas son surnom de « Pays de l’Abondance » par hasard. Elle est la deuxième province la plus peuplée de Chine après celle du Henan, avec environ 87 millions d’habitants, et occupe une place hautement stratégique pour les caciques du pouvoir central de Pékin. Alimentaire tout d’abord puisqu’elle est l’une des plus importantes régions agricoles du pays et occupe la première place pour la production de riz et de blé (33 millions de tonnes). C’est également l’une des premières provinces vinicoles avec environ 22% de la production totale chinoise et la première province productrice de porc. L’industrie du Sichuan est également à la pointe du développement économique chinois en raison de ses fabuleuses réserves en minerais et en gaz naturel. Le Sichuan renferme à lui seul 13,3 % des réserves de fer de Chine, 93 % du titanium (c’est même la première réserve mondiale), 83 % du cobalt chinois et 69% du vanadium (troisième réserve mondiale). Il recèle aussi la première réserve de gaz naturel de Chine. Autre aspect stratégique de cette province : son rôle énergétique. Le Sichuan est en effet un important producteur d’énergie hydraulique. Ses réserves, les deuxièmes après le Tibet, dépassent les 150 millions de Kw, mais le potentiel exploitable, avant le tremblement de terre, était estimé à plus de 100 millions de Kw. Qu’en sera-t-il demain ? Même si les dommages restent encore difficiles à évaluer et que les autorités ne communiquent pas avec précision sur ce sujet, plusieurs installations hydrauliques semblent avoir été endommagées par le tremblement de terre.
Des installations nucléaires ultra-sensibles
Reste enfin une inconnue de taille : l’état des installations nucléaires du Sichuan. Qu’en est-il exactement du complexe de recherche, de technologies nucléaires et des armes atomiques de Mianyang et de ses onze instituts, véritables « Los Alamos » chinois ? Idem pour le centre d’assemblage des armes atomiques 821 de Guangyua et pour le centre 812 de Yibin, tous deux dans le Sichuan. Les mêmes questions se posent pour la centrale d’enrichissement d’uranium et pour les centrifugeuses de la capitale provinciale, Chengdu. Sans parler des mines d’uranium. Si la communication des autorités chinoises sur les conséquences du séisme joue la carte de la transparence pour le nombre de victimes et celle de la proximité des dirigeants avec le peuple, fort est à parier que l’état des installations nucléaires et industrielles mais aussi l’impact du séisme sur la production agricole seront autant de sujets gérés à huis clos à Pékin.








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