La France a peur ! Le revoilà ! Qui ? Mais, le « trou » des caisses de retraite ! Il s’est creusé de 4,5 milliards d’euros en 2007. A en croire le gouvernement et le Medef, la France risque un jour de tomber dedans. Après avoir été une charge pour leurs entreprises, les retraités – toujours plus nombreux et plus âgés – coûtent encore trop chers. Empreints de ce bon sens économique, les gestionnaires du gouvernement Fillon veulent porter la durée de cotisation des salariés de 40 à 41 ans et trois trimestres.
Ce « travailler plus sans gagner plus » a pour le moment soudé les syndicats : 500 000 manifestants sont attendus ce jeudi 22 mai. « Le gouvernement refuse de discuter des ressources de l’assurance vieillesse et du bilan des réformes de 1993 et de 2003 », s’emporte Daniel Rallet [1], qui siège au Conseil d’Orientation des Retraites (COR), un organisme paritaire, pour le compte de la FSU. Il dénonce une politique de la caisse vide menée par le gouvernement et le patronat : les déficits sont inévitables si ceux-ci refusent d’augmenter les recettes des caisses de retraites en fonction des besoins. Mais, les déficits servent à justifier les réformes…
L’assurance retraite est-elle un gouffre ? Selon le COR, les pensions versées chaque année représentent 13 % de la richesse nationale. Le même organisme paritaire prévoit que l’augmentation attendue des dépenses de retraite, d’ici à 2040, nécessite que le pays y consacre moins de 15% de sa richesse, à cette date. Rien d’insurmontable, donc. Ce supplément de ressources pourrait provenir du relèvement du taux de cotisation et de l’élargissement de son assiette.
« Il faut aussi que la politique menée augmente à la fois le nombre d’emplois et les salaires », remarque Daniel Rallet [2]. Encore faut-il revenir sur la décision prise il y a 25 ans par Jacques Delors, alors ministre de l’Economie, de mettre fin à l’indexation des salaires sur les prix. Un cadeau considéré par l’économiste Alain Cotta comme « le plus considérable » jamais accordé au patronat. Depuis cette date, le transfert de richesse des salariés vers les rentiers représente 10% du PIB.
Toujours plus d’inégalités
Quel bilan pour les réformes des retraites de 1993 (Simone Veil), de 2003 (François Fillon) et des retraites complémentaires arrachées par le patronat ? C’est travailler plus pour gagner moins ! L’allongement de la durée de cotisation à 40 annuités et l’introduction d’un mode de calcul de la pension moins favorable ont entraîné leur recul de 20%, à carrière égale. « La situation va encore s’aggraver car la réforme Fillon vient d’atteindre sa vitesse de croisière », prévient Antoine Math, chercheur à IRES. A carrière égale, les pensions vont à nouveau être amputées de 10% d’ici à 2020 car seul un tiers des salariés est encore en poste au moment du départ à la retraite, en raison de la mise à l’écart des salariés âgés par l’intensification du travail.
« Le vrai crève-cœur, c’est que cette réforme accroît les inégalités », observe Annie Jolivet, elle aussi de l’IRES. L’âge de départ des hommes reste stable à 61,4 ans ; tandis que celui des femmes augmente à 61,7 ans. Pour arranger le tout, leur pension est moitié moindre (garde d’enfants, temps partiel et des salaires plus faibles). Par ailleurs, une équipe de l’Inserm et de l’INED a montré que l’espérance de vie des ouvriers était non seulement amputée de six ans par rapport aux cadres, mais qu’en outre, lors de leur départ à la retraite, ils sont, eux, pour la plupart déjà atteints d’incapacités diverses. L’allongement de la durée de cotisation se traduira donc pour un certains nombre de salariés par une multiplication des arrêts maladies… et par des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous…
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