Soucieuse de réchauffer ses relations avec la Chine, tendues depuis l’affaire de la flamme olympique très chahutée à Paris début avril, la France a envoyé, aussitôt après le tremblement de terre du Sichuan du 12 mai, un avion cargo humanitaire. 70 à 80 tonnes de matériels de première nécessité ont été remises aux organismes en charge des secours sur place. Après l’envoi des émissaires bienveillants (Poncelet et Raffarin) à Pékin, l’Elysée a écrit des lettres de soutien juste après le séisme. La ministre de l’économie Christine Lagarde a reçu à Bercy, le 20 mai, l’ambassadeur de Chine en France pour lui redire combien la France reste un pays ami de la Chine dans l’épreuve.
Les entreprises tricolores se sont également précipitées. La Chambre de commerce et d’industrie en Chine (qui regroupe 2000 sociétés) a annoncé la création d’un fonds de solidarité, doté de plusieurs centaines de milliers d’euros fournis par les sociétés implantées sur place. Leur générosité n’est pas totalement désintéressée. Grand contributeur, PSA veut vendre 150 000 Citroën et 130 000 Peugeot en 2008 en Chine. Suez, qui cogère les services d’eau de 16 ville dont Chongqing, touchée par le séisme, a donné 160 000 euros à cette municipalité. Poursuivi l’an dernier pour contrefaçon ( !) en Chine, Schneider Electric, leader de la distribution électrique, implanté depuis 20 ans, a débloqué un peu plus 300 000 euros d’aide urgente et dépêché localement ses techniciens en électricité, pour intervenir sur la remise en route des réseaux.
Carrefour veut redorer son image après les manifs
Carrefour s’est également bougé, en donnant plus de 300 000 euros et en envoyant 18 camions bourrés de produits de secours à Chengdu, capitale du Sichuan, où ses 5 magasins n’ont subi aucun dégât. Le groupe veut à la fois montrer sa réactivité, mais, probablement aussi, rattraper le terrain perdu ces dernières semaines en terme d’image sur le marché chinois, où il a ouvert 112 hypermarchés dans une trentaine de villes, et souhaite en inaugurer une vingtaine de plus cette année.
En partie orchestrée par les pouvoirs chinois, des manifestations se sont, en effet, multipliées depuis début avril autour des magasins Carrefour dans cinq villes, afin de dénoncer l’attitude très peu « olympique » de la France. Ni les diplomates, ni le groupe Carrefour n’étaient spécialement affolés par ces rassemblements limités – quelques centaines à chaque fois. Ni par les tentatives d’appels au boycott des produits français, qui ont peu de chances d’avoir un impact réel chez les consommateurs chinois. Mais l’image en a pris un coup. Carrefour a mobilisé des cellules de crise sur le sujet, et répété ses messages sur place, notamment grâce à ses 44 000 employés chinois. Sur le thème : 95% des produits vendus dans les magasins sont chinois… Nous sommes plus chinois que français.
Le nouveau président du directoire de Carrefour, José Luis Duran, s’est même fait tout miel dans le JDD, le 19 avril, estimant que les Chinois « ont été blessés » par les manifestations françaises. Au passage, il a démenti les rumeurs d’aide au dalaï-lama qu’aurait fourni la filiale de Carrefour à Hong Kong et il a ajouté : « La situation au Tibet est complexe, et en tant que président de Carrefour, je ne me permettrais pas de porter de jugement ». Mieux, Duran a réexprimé son soutien actif aux JO de Pékin, dans une interview à l’agence Xinhua, le 22 avril, affirmant qu’il serait lui-même présent lors de la cérémonie d’ouverture… D’ici là, et dans l’adversité, Carrefour offre des tentes et des couvertures.
Un gros contentieux pour Danone
Parmi les autres généreux donateurs qui veulent redorer leur blason, on trouve aussi le groupe Danone. Le géant de l’agro-alimentaire est empêtré, depuis 2006, dans une sombre affaire de contentieux avec l’un de ses partenaires chinois, la société Wahaha, dirigée par Zong Qinghou, un riche homme d’affaire et influent baron du parti communiste chinois à Hangzhou, au sud de Shanghaï.
« Monsieur Zong » a été accusé par Danone d’avoir contourné la joint-venture franco-chinoise constituée pour vendre des eaux en bouteille, afin de récupérer directement le business. Estimant que son contrat de 1996 avec Zong Quinghou était violé et avoir subi plusieurs centaines de millions d’euros de préjudice pour concurrence illégale, Danone a assigné son « partenaire » devant des cours arbitrales internationales. Puis, en juin 2007, le groupe français l’a attaqué devant des tribunaux en Californie, où certaines sociétés de ses proches étaient enregistrées. En réponse, des tribunaux chinois ont rendu des jugements défavorables à Danone.
Craignant une escalade, le groupe français a suspendu, en décembre 2007, toutes ses procédures, dans l’espoir de trouver un « arrangement » amiable avec Wahaha, – en gros, un divorce – sous les bons auspices des gouvernements chinois et français. Depuis, « la négociation avance » dit-on dans l’entourage de Frank Riboud, très prudent sur le sujet chinois. Pas question de donner prise à une campagne anti-française. Danone file doux et ne perd pas une occasion de montrer ses bonnes intentions…






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