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La Sécu est complètement malade

Livre / lundi 26 mai 2008 par Olivier Vilain
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Dans quelques années, en attendant la mort, les vieillards vont travailler, tout en supportant leurs maux. Parce qu’en plus de réduire les droits à la retraite, le gouvernement s’emploie à réduire le droit à la santé. Pour le sociologue Frédéric Pierru, cette politique est le résultat de trente ans de réformes libérales, dont il fait le bilan dans son livre « Hippocrate malade de ses réformes » (Ed. du Croquant).

A côté du « trou » des caisses de retraites, il y a le non moins fameux « trou » de la Sécu. Le gouvernement français, quelque peu inspiré par la politique de monsieur Bush, s’emploie à casser le droit à la santé pour tous : instauration d’une franchise médicale à la charge des malades, fermeture prévue de 20% des hôpitaux existants ; sans oublier la tentative de Roseline Bachelot de charger l’addition en matière de lunettes de vue.

Dans son livre [1], Frédéric Pierru, un jeune chercheur de la très sélective université Paris-Dauphine, revient sur les réformes du système de santé qui « se multiplient tous les 18 mois, sauf les années d’élection ». Philippe Douste-Blazy, ministre de la santé en 2004, pouvait bien croire que sa réforme allait être la dernière.

Couv hippocrate

Le trou, encore le trou, toujours le trou

Pour ce jeune sociologue, membre de l’association Raisons d’agir (fondée par Pierre Bourdieu), la focalisation des gouvernements successifs sur ce « trou » met à mal la principale conquête sociale du XXe siècle [2]. Il n’est plus aujourd’hui question d’augmenter les ressources de la Sécu dans le but de couvrir les besoins des malades. Depuis trente ans, c’est bel et bien une politique de la caisse vide qui s’est mise en place, comme pour les retraites.

Résultat, les gestionnaires diminuent les prestations, tandis que les inégalités devant la santé augmentent et que les conditions de travail dans le secteur se dégradent. Sauf pour les médecins libéraux, dont le pouvoir d’achat augmente, grâce au combat mené contre la sécu par leurs représentants les plus actifs.

Trente ans plus tard, le « trou » de la Sécu est toujours là, alimentant la dénonciation des « abus ». Une rengaine d’abord chantée en sourdine au sein de le CNPF (l’ancêtre du Medef) jusqu’au milieu des années 60, puis fortissimo par Jacques Barrot, à partir de 1979, les choeurs assurés par le PS dans les années 80 ; avant les feux d’artifices de 2004 et 2007.

Bien joué m’sieur le ministre

Compte tenu de la concentration des dépenses de santé sur une fraction de la population (les plus âgés, les malades chroniques), la franchise de 100 euros par an va conduire rapidement les jeunes actifs à s’orienter vers les assurances privées (moins chères ou alors permettant une meilleure prise en charge des dépenses pour les yeux et les dents). Bien joué : son auteur, Xavier Bertrand, avant d’être le « ministre le plus à gauche du gouvernement » était l’un des dirigeants de la FFSA, le lobby des assureurs.

Les assureurs cherchent en effet à prendre pied sur ce marché qui leur échappe depuis 60 ans. Mais, attention, seules les petites infections, appelées petits risques, les intéressent. les maladies longues et coûteuses doivent rester dans le champ public comme aux Etats-Unis, le seul pays riche à ne pas avoir mis en place une assurance maladie universelle. Problème, la concurrence acharnée que se livrent les assureurs pour capter les cadres fait exploser la facture : les Etats-Unis consacrent chaque année 15% de leurs richesses à la santé, contre seulement 11% pour la France. Surtout, 42% des américains n’ont pas accès aux assurance privées. Peut mieux faire, non ?

Frédéric Pierru remarque que la Cour des Comptes et l’OCDE ont tiré la sonnette d’alarme au vu du bilan de la privatisation en cours. Des avertissements d’autant plus intéressants que l’OCDE en avait été l’un des principaux supporters. Bizarrement, les réformateurs restent sourds à ces alertes. Il est vrai que, une fois n’est pas coutume, ces rapports pessimistes ont été très peu médiatisés.

[1] « Hippocrate malade de ses réformes », Frédéric Pierru, Editions du Croquant, Paris, 2007

[2] Voir sur ce point « Les métamorphoses de la question sociale », Robert Castel, Folio, Paris, 1995


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Forum

  • bourdieusien…
    le mardi 10 février à 09:33
    m’étonne pas que ce soit un bourdieusien : toujours le même "cathéchisme" analytique (le libétalisme éco, les dominants, etc.) la sécu est devenue la vache à lait, son déficit est d’ailleurs sous estimé puisqu’une partie file chaque année sur la CADES créée en 95 par juppé et qui emprunte à moyen et long terme sur les marchés (les jeunes géné paieront) ; le scandale des dépenses de santé en France : elles profitent aux classes moyennes et supérieures au détriment des couches populaires qui paient pour tout le monde… 2 bons livres : Jean peneff, la France malade de ses médecins et Claude Frémont, Adieu sécu aujourd’hui les ouvriers n’ont rien à gagner à sauver ce système…
  • La Sécu est complètement malade
    le dimanche 22 juin 2008 à 03:33, nemo3637 a dit :

    Bon, je vous le ressors encore : le message d’Iris. Ben oui je l’ai déjà mis dans "bakchich" mais pas dans la bonne rubrique…

    "L’ASSURANCE MALADIE 50 secondes de lecture à couper le souffle

    Pour combler le déficit de la sécu, nos chers gouvernants ont trouvé que le mieux, c’était encore de nous faire payer…

    a.. Dorénavant, sur une consult ation médicale, nous allons devoir verser 1 euro,

    b.. Nous allons être hyper contrôlés lors de nos arrêts maladie,

    c.. Nous allons devoir consulter un généraliste avant de voir un spécialiste,

    d.. Pour tout traitement de plus de 91 euro, nous en serons de 18 euro de notre poche,

    Toutes ces mesures sont destinées à combler le fameux trou qui est à ce jour de 11 milliards.

    Or, savez-vous que :

    a.. Une partie des taxes sur le tabac, destinée à la Sécu n’est pas reversée……………………………….. 7.8 milliards

    b.. Une partie des taxes sur l’alcool, destinée à la Sécu n’est pas reversée………………………………… 3.5 milliards

    c.. Une partie des primes d’assurances automobiles destinée à la Sécu n’est pas reversée……………. 1.6 milliards

    d.. La taxe sur les industries polluantes destinée à la Sécu n’est pas reversée…………………………….. 1.2 milliards

    e.. La part de TVA destinée à la Sécu n’est pas reversée……………………………………………………… 2.0 milliards

    f.. Retard de paiement à la Sécu pour les contrats aidés……………………………………………………….. 2.1 milliards

    g.. Retard de paiement par les entreprises………. …………………………………………….. 1.9 milliards

    En faisant une bête addition, on arrive au chiffre de 20 milliards d’euro.

    Conclusion, si les responsables de la Sécu et nos gouvernants avaient fait leur boulot efficacement et surtout honnêtement, les prétendus 11 milliards de trou seraient aujourd’hui 9 milliards d’excédent.

    Ces chiffres sont issus du rapport des comptes de la Sécu.

    Faites circuler ce message. A force de tourner, il arrivera peut-être un jour sur le bureau d’une tête pensante censée passer son temps à gérer l’argent des contribuables.

    Si les pouvoirs publics étaient vraiment convaincus qu’il nous faut consommer 5 fruits et légumes par jour pour sauver notre santé et donc l’assurance maladie, ils supprimeraient la TVA sur ces produits !

  • La Sécu est complètement malade
    le mercredi 28 mai 2008 à 00:53, alcibiade a dit :
    Qu’un économiste fasse un essai sur la sécu peut sembler logique et cohérent mais je ne vois pas en quoi les compétences d’un sociologue serait pertinent sur un sujet aussi complexe. Quand celui-ci parle de libéralisme, je lui conseille de vérifier la véritable signification de ce mot sur wikipédia. il saura ce qu’est le libéralisme. Notre sécu n’a rien de libéral puisqu’ imposer à chacun d’entre nous par les prélèvements sociaux. Dans un système libéral, on ne nous prélèverait rien de la sorte et on serait obliger d’aller s’assurer par le biais d’une société.
    • La Sécu est complètement malade
      le mercredi 28 mai 2008 à 10:09, O.V a dit :

      Cher Alcibiade,

      1- le livre interroge la prise de pouvoir du discours économique sur la société. On peut en effet s’interroger sur la mise en avant de cette discipline parmi toutes les sciences sociales ? De nombreux sociologues ont montré que le champ de leurs études était plus large que celui de l’économie : Maurice Halbwachs, François Simiand, Pierre Bourdieu

      2- sur le libéralisme, plutôt que de demander la définition au maire de Paris, je vous conseille de lire le livre de F.Pierru. Vous découvrirez que dans le système de santé le plus libéral du monde, le système américain, plus de 42% de la population (plus de 100 millions de personnes) dispose d’une pauvre couverture maladie prise en charge par le public. Les assureurs privés ne voulant pas de leur souscription. Toujours la même histoire : dépenses publiques, profits privés.

      • La Sécu est complètement malade
        le vendredi 30 mai 2008 à 10:08
        Votre intervention est plus que partiale, notamment en ce qui concerne la politique de santé aux USA où une couverture maladie standard revient seulement à 300 USD par mois, ce qui doit faire rêver de nombreux salariés et couples sans enfants en France. C’est comme quand certains parlent de l’état du chemin de fer britannique : ils oublient de dire qu’il était public avant d’être privatisé, et qu’il se trouvait alors dans un état désastreux (auquel nous n’aurons bientôt plus rien à envier vu les efforts de maintenance de la SNCF). Dans ce système de santé français idéal, les prothèses auditives et dentaires ont un coût si exhorbitant qu’un nombre croissant de salariés est obligé d’y renoncer (je ne vous parle même pas des retraités !), comme dans le système que vous dénoncez…
        • Quelle objectivité !
          le vendredi 30 mai 2008 à 11:24, O.V. a dit :

          Je vous donne quitus : je suis terriblement partial… mais seulement après avoir mené mon enquête.

          C’est un vieux truc, lorsque vous prenez le partis des dominants vous êtes objectifs. Si par malheur après enquête vous montrez ce que risque de perdre la quasi-totalité de la population, vous êtes partial.

          Je vous redonne donc quitus : vous êtes l’objectivité même. Votre discours reprend les antiennes des assureurs qui ciblent les jeunes, les couples sans enfants désireux d’avoir de meilleurs remboursements sur les soins dentaires, etc.

          Passons sur les 300 $ qui mériteraient d’être sourcés et sur votre saillie contre la SNCF : vous êtes l’objectivité personnifiée.

          • Un peu de réflexion ne fait pas de mal
            le mercredi 22 octobre 2008 à 02:22, F. Bastiat a dit :

            Je crois que vous n’avez jamais fait de devis auprès d’assureurs privés : c’est de l’ordre de 1800€/an en Angleterre pour une assurance proposant de meilleurs remboursement que la sécu francaise. Je peux facilement retrouver ma source (mais il est un peu tard ^^) puisque je suis moi même allé voir

            A comparer d’un SMICard francais qui cotise entre 250 et 400€ par mois pour l’assurance maladie -et oui, ne pas oublier les charges patronales-… Et je n’ose même pas sortir les chiffres pour un cadre.

            Sans oublier que notre système encourage l’irresponsabilité des cotisants : imaginons un supermarché où tout est en apparence gratuit. Pourquoi je prendrais les gateaux les moins cher quand je peux prendre ceux de marque aux frais des autres ?
            - nous sommes parmis les plus gros consommateurs de psychotropes
            - un seul médicament acheté sur 10 est générique (contre 1 sur 2 en Allemagne…)
            - etc : la liste est longue.

            La sécu est malade, oui : elle est malade d’irresponsabilité et d’absence de liberté (les deux étant lié)

            En poussant les uns à payer les risques pris par les autres (ex : les fumeurs), elle attise la jalousie et dicte ainsi son ordre morale sur ce que doit être la bonne santé, comment on doit mener sa vie.

            PS : pitié, arretez de sortir l’argument des américains qui ne peuvent pas avoir de sécu : la plupart d’entre eux font le choix -et doivent en assumer les conséquences- de ne pas en prendre.

            ps 2 : pitié, arrétez de sortir l’argument des américains qui dépensent plus que les Francais niveau santé afin de démontrer qu’un système privé coute plus cher. On dépense tout simplement plus en santé quand on en es riche, cf la Suisse. Mais d’expérience, la facturation d’une opération ou autre aux Etats Unis est inférieur à une intervention en France. En France, les frais sont masqués car nous payons via l’impot.

            ps3 : excusez mon ortographe, ce n’est par manque de respect.

  • La Sécu est complètement malade
    le mardi 27 mai 2008 à 16:49
    soit le toubib est un esclave et il paie pas l’impot soit c’est un liberal et il fait ce qu’il veut.
  • LE "TROU DE LA SECU"
    le lundi 26 mai 2008 à 21:16, COLPIN Didier a dit :

    LE "TROU DE LA SECU"

    Diverses pistes dans le financement comme dans les dépenses sont explorables

    • Remise en cause (éventuelle après études, débats etc.) de la couverture familiale intégrale. Exemple : Un salarié célibataire est assuré social sur la base suivante ; un prélèvement social pour un assuré. Un couple sans enfant avec les deux qui travaillent ; deux prélèvements pour deux assurés. Une famille de quatre enfants avec uniquement le mari en activité ; un prélèvement pour six assurés… Normal ? Sans aller jusqu’à prélever un pour un, un élargissement ne pourrait-il être envisagé ?

    • Revoir le prélèvement employeur sur les seuls salaires : Actuellement, des licenciements compensés par l’achat de machines robotisées, c’est moins de ressources pour la sécu mais autant de profits (voir plus) pour l’employeur. Pourquoi ne pas faire glisser (en partie ? En intégralité ?) les prélèvements du travail vers le chiffre d’affaire ou les bénéfices ?

    • Transfert de charges : Que les risques particuliers (comme l’exercice d’un sport) soient EFFECTIVEMENT couvert et l’éventuel accident pris en charge par l’assurance souscrite lors de l’inscription.

    • Taxes sur la consommation (« TVA sociale) : que devient le projet, sera-t-il repris ?

    • CMU + droit du sol = déficit… Les idées présentes derrière la CMU et le droit du sol sont belles et généreuses, c’est certain. Mais en termes comptables… (En Guyane, c’est "tout le continent" environnant qui vient profiter de l’hôpital français…-et à la place de ces gens déshérités, ne ferions-nous pas la même chose ?- ). Faudrait-il présenter la facture aux ambassades respectives ? Envisager d’autres solutions comme revoir la Constitution ?

    • Nous avons tous chez nous des bt. de médicaments qui finiront à la poubelle (date dépassée) et qui sont "les restes" d’une prescription : la sécu enrichie les laboratoires. Faudrait-il modifier le système de conditionnement ? Les pharmaciens ne pourraient-ils pas recevoir de grandes quantité pour remettre aux malades juste ce qu’il faut selon la posologie et la durée du traitement ?

    COLPIN Didier

    • Mesures pour réduire le "trou" de la sécu
      le mercredi 28 mai 2008 à 10:36, O.V a dit :

      1- visiblement les idées ne manquent pas. Toutefois, sauf erreur de ma part, le livre de F. Pierru avance d’autres pistes : d’abord, relativiser le "trou" de la sécu lui-même. C’est dans une large mesure un artefact, la résultante d’une différence entre recettes, déterminées par des choix politiques, et des dépenses. Cet artefact sert ensuite aux politiques à imposer les réformes qui font toujours moins de place à la solidarité nationale.

      2- Pierru montre que la progression des dépenses de santé est pour moitié inexpliquée : allongement de la durée de vie et amélioration de la technique n’explique en effet que 50 % de la hausse des dépenses. L’autre moitié est plus difficilement quantifiable, mais provient sans doute de la détérioration des conditions de travail, des conditions de logement, etc. Des paramètres sur lesquels la Sécu n’a pas de prises.

      3- Je ne peux pas vous suivre sur la CMU et le droit du sol qui entraîneraient des déficits. Dissipons d’abord, avec difficulté, le relent "c’est la faute aux étrangers qui viennent manger le pain des Français, les vrais". Penchons nous quand même sur le coût de la CMU rapporté à l’ensemble du budget de la sécu : c’est l’épaisseur de la virgule. Par comparaison, le Syndicat de la Médecine Générale, rappelle que "la Cour des Comptes chiffre le manque à gagner de la Sécurité Sociale à 3 milliards d’euros pour les exonérations de charges sociales consenties aux détenteurs de stock-options et actions gratuites (hors participation et intéressement des salariés), le tout au bénéfice de 100 000 privilégiés". Et vlan !

      4- De même, "le Conseil des Prélèvements obligatoires, partie de cette même Cour des comptes, chiffre la fraude des entreprises en matière de cotisations sociales à 2 milliards sur le contrôle comptable d’assiette, et à 6 milliards pour le travail au noir".

      5- Enfin, la CMU, comme le RMI, voire le RSA, ou encore la paupérisation des logements sociaux ; tous ces systèmes ont pour conséquence de différencier les "indigents" des autres. Cette stigmatisation (économique et symbolique) va à l’encontre des principes fondateurs de la Sécu, créée, il faut le rappeler, par les résistants. Pour ces derniers, les droits économiques et sociaux de la population ne pouvaient être divisés, sous peine d’être attaqués politiquement. Une politique de pauvres n’est en réalité qu’une pauvre politique.

      • Mesures pour réduire le "trou" de la sécu
        le mercredi 28 mai 2008 à 13:36, Arkh a dit :

        "créée, il faut le rappeler, par les résistants"

        Gouvernement désavoué 10 jours plus tard lors d’un référendum. La sécu n’a pas été créée mais imposée par la nationalisation de toutes les assurances privées.

    • LE "TROU DE LA SECU"
      le lundi 23 juin 2008 à 01:47, nemo3637 a dit :
      Et si les patrons et l’Etat payaient déjà leur part de cotisations sociales, ce ne serait pas plus simple ?
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