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Souvent Alain ne varie pas

mercredi 4 juin par Sébastien Fontenelle
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Souvent Alain (Finkielkraut) ne varie pas, fût-ce à intervalle de plus d’une (longue) décennie. En 1995, il avait, crânement, démoli dans Le Monde un film d’Emir Kusturica qui venait d’obtenir la Palme d’Or du Festival du Cannes, et qu’il présentait comme « de la propagande serbe la plus raboteuse et la plus mensongère » – mais dont il oubliait, il est vrai que ce n’était qu’un minuscule détail, de préciser qu’il ne l’avait pas (du tout) vu.

Et le voilà, treize ans plus tard, admirable fidélité aux rigueurs de l’esprit, qui dans Le Monde s’en prend aujourd’hui à un film, de Laurent Cantet cette fois-ci, qui vient lui aussi d’obtenir la Palme d’Or à Cannes et qu’il n’a pas vu non plus (du moins ne s’en cache-t-il pas), mais dont cependant il sait qu’il « symbolise la crise d’une civilisation où les grands textes n’ont plus leur place ». La récidive pourrait n’être que divertissante (et pourrait même inaugurer le genre, nouveau, de la critique préventive), mais elle a ici une valeur doublement documentaire.

D’une part, en effet, elle établit que s’il était un hôpital (plutôt que le penseur fin que le monde nous envie), Finkie n’hésiterait jamais à moquer la charité : car il excelle à déceler à ses pareils des ridicules dont lui-même n’est pas toujours exempt. Il estime, ainsi, que François Bégaudeau, qui est l’auteur du livre d’où Laurent Cantet a tiré son film, « a à ses pieds le chef de l’Etat », Nicolas Sarkozy, et on ne sait de quoi se nourrit exactement cette ahurissante assertion – mais ce qui est certain, c’est que ce n’est pas (du tout) à François Bégaudeau que le chef de l’Etat en question a prodigué en 2005 une très jolie flatterie, en affirmant qu’il «  (faisait) honneur à l’intelligence française » et qu’il «  (disait) des choses justes », mais bel et bien à Finkie.

De sorte que si vraiment Nicolas Sarkozy était aux pieds de Bégaudeau, alors il serait aussi, et par comparaison, la descente de lit de Finkie. Autre exemple, non moins probant, de cette propension à réclamer parfois ce dont soi-même on s’exonère : notre philosophe énonce que « la civilisation réclame le scrupule, la précision, la nuance et la courtoisie ».

Mais, scrupule ? Précision ? Nuance ? Courtoisie ? Précisément ce sont les disciplines, entre toutes, où Finkie, certaines fois, est un peu en deçà de son propre niveau d’exigence(s) – comme lorsqu’il se lance, impromptu, dans le commentaire sportif, et pose que : « On nous dit que l’équipe de France est admirée parce qu’elle est black-bkanc-beur (…). En fait, aujourd’hui, elle est black-black-black, ce qui fait ricaner toute l’Europe. Si on fait une telle remarque en France aujourd’hui, on va en prison, mais c’est quand même intéressant que l’équipe de France de football soit composée presque uniquement de joueurs noirs… »

L’autre intérêt documentaire de la tribune que Le Monde publie aujourd’hui est de rappeler, pour qui l’aurait par inadvertance oublié, que Finkie, c’est assez cocasse, continue de se vivre, nonobstant la faveur d’un homme qui n’est pas exactement ultraminoritaire, puisqu’il s’agit de Sarkozy (et comme si justement cet homme ne régnait pas sur le pays), comme une espèce de résistant à une imaginaire tyrannie altermondialiste.

Usant d’une ironie où s’entrevoit une longue fréquentation de l’humour des Monty Python, il déclare ainsi qu’ « il incombe désormais aux créateurs de nous révéler que Bush est atroce, que la planète a trop chaud, que les discriminations sévissent toujours et que le métissage est l’avenir de l’homme ».

Puis Finkie trouve, pour conclure, des accents orwelliens (il a décidément l’inspiration anglaise), et (nous) prévient gravement que : « Portée par un désir de propagande décidément insatiable, l’idéologie règne et veille à ce que notre vie tout entière se déroule entre les murs du social » (qui est comme on sait une prison).

Dans le monde réel, évidemment, et sous le règne de l’homme-qui-trouvait-que-Finkie-disait-des-choses-justes, les cadeaux faits aux riches et la traque des sans-papiers nous prémunissent contre l’excès de sensibilité au « métissage » et au « social » contre quoi Finkie nous fait un rempart de sa pensée. Mais ne pas lui dire que la droite est partout : il croit, très manifestement, que de belles idées sont au pouvoir…


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  • Souvent Alain ne varie pas
    le dimanche 8 juin à 16:29, sibo09 a dit :
    Mais que feriez vous de votre vie Sebastien Fontenelle sans Alain Finkielkraut… ? Il ne sait probablement pas que vous existez mais il a une jolie formule pour vous (empruntée à je ne sais plus qui…) SOS racisme fonctionne aujourd’hui sur le meme mode que SOS baleines. Il faut sauver les baleines…il faut aussi sauver les racistes pour mieux pouvoir les detester et se draper sans sa vertu. Ridicule. Finkie s’est expliqué mille fois sur sa phrase black black black…un simple lien vers l’interview vidéo d’une heure donné à Grioo.com (site antillais je crois…de bien meilleure honnêteté intellectuelle que vous) suffirait pour que chacun se fasse son avis. Mais vous preferez que Finkie soit un salopard de raciste pour que vous puissiez continuer à l’attaquer encore et encore.. Idem pour le film de cantet…il ne parle pas du film mais du discours de begaudeau à sa sortie…c’est dit explicitement…mais c’est tellement agreable d’y aller de sa petite formule…comme vous devez être fier…
    • Et vous ? que feriez-vous sans Finkie ?
      le dimanche 15 juin à 03:28, nemo3637 a dit :
      Votre discours visant à défendre coûte que coûte Finkenkrout est déconcertant. Vous êtes un de ses parents ?
  • Souvent Alain ne varie pas
    le vendredi 6 juin à 02:25, coco_des_bois a dit :
    J’avoue que lors des trop rares grèves de France INter, je zappe sur Culture (d’ailleurs en disant ça je me demande pourquoi culture n’est pas en grève en même temps) … bref. Et je tombe sur Finkie, assez facilement en fait, et c’est ahurissant, il ne varie pas, mais pas du tout, on peut finir ses phrases le plus simplement du monde. C’est comme du Val, c’est carré, droit dans les bottes, c’est attendu, une valeur sûre quoi. Acrimed fait de Finkie des résumés d’émissions qui ne sont pas piqués des hannetons !
  • On s’en fout
    le jeudi 5 juin à 17:12

    Mais on s’en fout des c… de ce type, philosophe pour Paris Match et le Point, dont la fonction est d’"intellectualiser" les relents pétainistes de ces dernières décennies : l’école s’était mieux avant, le travail aussi et la France, ah ! la France…

    Même chose pour le Monde qui dégouline lentement mais sûrement de son piédestal auto-érigé de "presse de référence". Et qui publie de plus en plus de pages pleines de ce genre de conneries : tribune signée par des noms, mais creuse, des portraits complaisants, des enquêtes en vogue… et de moins en moins d’infos…

    AF, c’est le prêt à penser de la droite qui se veut "héritière", "intelligente", éclairée, moderne. Ça fait 30 ans que ces mecs vendent la même chose en trustant les émissions de télé, les rayons des éditeurs, les colonnes dans les journaux, les heures d’antenne à la radio. Les Edouard Leclerc de la philo : un avis sur tout et ce qu’on n’a pas, on l’invente… C’est exactement : "je l’ai pas lu, je l’ai pas vu, mais laissez moi vous l’expliquer". Et c’est long, et c’est chiant et c’est con.

    • On s’en fout
      le jeudi 5 juin à 21:26, pinaud_for_ever a dit :

      Et c’est long, et c’est chiant et c’est con.

      Vi !

      mais sinon, qu’est-ce que c’est bien !

  • Souvent Alain ne varie pas
    le jeudi 5 juin à 12:21, Valdo a dit :
    Ce qu’il y a de franchement comique, c’est la prévisibilité : cet article, sur cette palme d’or, n’importe qui aurait pu l’écrire en mettant trois ou quatre autres articles de Finkielkraut dans un bon générateur de textes… à part ça, c’est complètement dingue les fantasmes que cette Palme (que personne n’a vue) suscite ! Les mêmes qui reprochaient au cinéma français d’être trop intimistes, de tourner en rond dans le milieu intello, tordent le nez quand il s’intéresse au social en parlant de "politiquement correct…Les mêmes qui applaudissent Ken Loach parlent de "consensus"… La palme de la schizophrénie à ceux pour qui une Palme d’or décernée par un jury présidé par Sean Penn , excusez du peu, c’est une preuve supplémentaire de la décadence du cinéma français !
    • Souvent Alain ne varie pas
      le jeudi 5 juin à 19:17, pinaud_for_ever a dit :

      J’ai trouvé cette déclaration de Laurent Cantet : « Entre les murs n’entend pas donner des réponses aux questions qu’il pose ».

      Et, pour avoir eu la chance de voir le film, je peux vous assurer d’avance qu’il ne fera pas l’unanimité. Auprès d’aucun public. Et je confirme que c’est à la fois la proposition de cinéma la plus excitante de l’édition 2008 - et probablement une des "palmes" les plus gonflées de ces 10 dernières années.

      amicalement

      P.

  • Souvent Alain ne varie pas
    le jeudi 5 juin à 10:14

    "Les grands textes", par exemple Cinna, Le Cid, peuvent aussi faire beaucoup de politique ; et même de propagande (absolutiste en l’espèce).

    La distinction d’AF ("Naguère aussi, on respirait dans les oeuvres littéraires ou cinématographiques un autre air que l’air du temps.") relève de la théorie de l’art pour l’art héritée d’un passé fantasmé.

    "L’amant juge sa dame un chef-d’oeuvre ici-bas, Encore qu’elle n’ait sur soi rien qui soit d’elle…. Qu’elle ente en son palais ses dents tous les matins", Régnier, Satires.

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