Début janvier, Nicolas Sarkozy l’avait annoncé : l’année 2008 verrait la fin des 35 heures. Seulement voilà, quand Devedjian dit la même chose, il se fait taper sur les doigts et celui que les autres membres du gouvernement n’appellent plus que « Fayot » Bertrand se fait encenser pour avoir affirmé qu’il n’était pas question de revenir sur les 35 heures.
C’est que dix ans après leur mise en place par le gouvernement Jospin, les 35 heures constituent toujours un sujet d’emballement politique. La gauche ne cesse de dire que si cette mesure est catastrophique, la droite au pouvoir n’a qu’à l’abroger. Quant au patronat, ses porte-parole affichent une véritable fixation sur le sujet avec un argument qui se veut imparable : nulle part ailleurs on a maintenu de dispositifs analogues.
Parole d’experts…
Quant aux économistes patentés, ils se montrent incapables de faire un bilan de l’opération. Le but initial était de réduire le chômage. Il est donc normal de s’interroger sur les créations d’emplois liées aux 35 heures. Or, ce chiffre ne cesse d’évoluer. Les plus enthousiastes étaient partis il y a dix ans de l’idée que l’on pourrait créer 1 000 000 d’emplois. Ce calcul reposait sur une redistribution automatique des quatre heures non travaillées par les gens en place sur les chômeurs. Vision simple qui s’est révélée simpliste. DSK, qui défendait le projet pendant la campagne législative de 1997 tablait sur 400 000 créations. L’Ires, un centre de recherche économique proche du monde syndical, avance 500 000 emplois créés. Juge impartial supposé, l’Insee avance avec prudence …
Après de multiples calculs, il y a été jugé prudent d’évaluer à un maximum de 350 000 les emplois créés. En soulignant au passage que cela coûte aux finances publiques 20 milliards €. En effet, l’État prend à sa charge des allégements de charges à hauteur de 16 milliards pour les 35 heures et depuis juillet 2007, la loi Tepa (travail, empoi, pouvoir d’achat) et l’ineffable « travailler plus pour gagner plus » ajoute de nouveau 4 milliards pour les heures supplémentaires. Avec les 20 milliards en question, on aurait pu créer 200 000 emplois de fonctionnaires, ce qui fait dire à certains que le bilan réel est au maximum de 150 000 créations d’emplois.
Tous ces débats pourraient se résumer dans la formule de l’Ocde :
« Au total, les effets à court terme de cette mesure ont très probablement été positifs sur l’emploi. Dans une perspective de plus long terme, on peut craindre que cette politique de réduction collective du temps de travail ne pèse lourdement sur les finances publiques et qu’elle n’ait de ce fait entamé le potentiel de croissance économique ».
L’Europe, paradis des travailleurs ?
En pratique, Sarkozy cherche un moyen de supprimer les 35 heures sans braquer des syndicats qui commencent à l’accuser de duplicité. La solution ? Bruxelles… !!!
En effet, la Commission est supposée sortir incessamment une directive sur la durée du temps de travail : cette directive se contenterait de définir un maximum hebdomadaire de 48 heures en moyenne avec la possibilité de culminer à 65 heures et laisserait ensuite chaque entreprise négocier l’organisation du travail. Les présidences successives se sont usées sur ce texte, certains pays, la France en premier, réclamant le maintien d’une durée hebdomadaire du travail très précise. Mais hourrah, un accord a bel et bien été trouvé entre les ministres du Travail des 27, dans la nuit du 9 au 10 juin dernier. Fer de lance du combat, la Hongrie prône souplesse et libéralisation : il faut dire que son premier ministre est socialiste et ancien responsable des Jeunesses communistes… !!
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