C’est bien connu, les journalistes, ça fouine partout où ça ne devrait pas. Il y a dix jours, la chaîne de télé France 3 balançait en exclu le contenu de la dernière commission rogatoire envoyée fin septembre par la justice française au Maroc dans le cadre de l’affaire Ben Barka. D’où une certaine agitation au royaume qui jouait les belles au bois dormant depuis presque un mois. On en serait à même… Le juge français Ramaël continue de réclamer l’audition de certains témoins haut gradés comme le patron de la gendarmerie Hosni Benslimane. Il insiste aussi que des fouilles soient effectuées au fameux camp PF3 où se trouve peut-être le corps de Ben Barka. Et, pour être sûr que la justice marocaine ne se défile pas de nouveau, prétextant ignorer les coordonnées des témoins à interroger ou celle du PF3, le juge a élégamment précisé les adresses de tout ce beau monde ainsi que celle du sinistre camp dans sa commission.
Si cette dernière a pour mission première de demander l’exécution de la précédente (si, si, c’est vrai), elle apporte quelques maigres éclairages inédits sur l’affaire. Parmi eux, une preuve quasi scientifique de l’identité du dénommé Chtouki, condamné par contumace à perpétuité en 1967 lors du procès Ben Barka et sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Tout le monde sait depuis 39 ans que le vrai nom de cet agent, aujourd’hui retraité apeuré des services marocains, est Miloud Tounzi. Mais, cette fois, la justice française a pu confondre l’homme de façon quasi scientifique. Elle disposait dans ses cartons d’une vieille carte de débarquement à l’aéroport d’Orly de ce Chtouki et a mis la main sur une demande de visa pour l’Hexagone de Miloud Tounzi faite en 2005. Surprise ! L’écriture semble la même, chose qu’a confirmé une graphologue.
L’affaire Ben Barka dans la commission rogatoire
Largué dans les méandres de l’affaire Ben Barka ? Pas de problème, l’exposé des faits figurant dans la commission rogatoire transmise au Maroc est limpide : « Le 29 octobre 1965, vers midi, Mehdi Ben Barka, opposant marocain, était accosté devant la Brasserie Lipp, bvd St-Germain, à Paris par deux policiers de la Brigade mondaine, messieurs Souchon et Voitot, et conduit vers une voiture où se trouvaient Antoine Lopez, inspecteur principal d’Air France et correspondant des services secrets français (le SDECE) et Julien Le Ny, truand notoire. Il était emmené en région parisienne dans la villa d’un voyou, Georges Boucheseiche, à Fontenay-le-Vicomte. D’autres truands avaient participé à cet enlèvement maquillé en opération de police : Georges Figon, Jean Palisse et Pierre Dubail. La trace de Mehdi Ben Barka se perdait ensuite dans la villa d’Ormoy appartenant à Antoine Lopez. Depuis, il n’a pas réapparu. (…) René Midhat Bourequat, entendu comme témoin le 14 décembre 2005, a relaté que durant sa détention au PF3, il y avait aperçu trois des truands (Dubail, le Ny et Boucheseiche qui par la suite seront inhumés au PF3) et que Dubail avait raconté à son frère Ali l’implication dans l’enlèvement et la mort de Mehdi Ben Barka de messieurs Oufkir, Dlimi, El Hassouni et du surnommé Chtouki. Selon Dubail, après le décès, la tête aurait été détachée du corps et ramenée à Rabat pour être présentée au roi Hassan II avant d’être enterré au PF3. »
Dans de beaux draps le Tounzi/Chtouki ! Mais le plus cocasse reste sans doute la raison qui l’a poussé à vouloir venir en France. Selon une source bien informée, Tounzi/Chtouki voulait rencontrer Driss Basri (qui, soit dit en passant, a affirmé à Ramaël ne pas être en contact avec le sieur) et chercher un éditeur pour publier un livre. Sans attendre de savoir si Tounzi/Chtouki voulait écrire ses mémoires benbarkiennes, les services marocains l’ont alors discrètement intercepté au Maroc alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour Paris. L’homme a été emmené dans un bureau où l’attendait Hosni Benslimane qui figure sur la liste des témoins recherchés par le juge. Mais, rassurez-vous, aux dernières nouvelles, Tounzi/Chtouki se porte bien. En revanche, il n’a plus réclamé de visa pour la France…










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