Hier, en l’espace de peu d’heures, Libération et Le Monde ont pareillement déploré qu’on nomme « retenus » les sans-papiers que le régime parque dans ses prisons de rétention.
Dans Libération, le matin, Laurent Joffrin a constaté : « On parle de “retenus” à propos des sans-papiers regroupés dans ces centres », mais « cette litote, on le sait bien, désigne en fait une forme d’emprisonnement ».
Dans Le Monde, le soir, Dominique Dhombres a noté : « On ne dit pas “détenu” mais “retenu” (comme un élève puni) ».
Et en effet, « retenu » a ceci de particulier qu’il atténue sensiblement la très laide réalité qu’il prétend restituer : en cela, évidemment, il est agréable au régime, où l’on ne goûte guère que le public sache trop ce qui se passe derrière les murs des prisons de rétention.
Les mots ne manquent pourtant pas, aux heureux possesseurs, non seulement d’une carte de presse, mais de surcroît de n’importe quel dictionnaire des synonymes, pour bien dire ce que sont les sans-papiers, entre ces murs : il y a « détenus », en effet, puis « internés », ou « prisonniers », ou « réclusionnaires ».
Mais nos gens de presse ont choisi de ne retenir que « retenus », qui, ainsi, revient quatre fois dans ce papier du Monde, et quatre fois encore dans ce (tout) petit papier de Libé.
La question se pose dès lors, de savoir si Dhombres du Monde et Joffrin de Libé, lorsqu’ils désapprouvent l’emploi d’un mot dont Le Monde et Libé font un usage intensif, ne flirtent pas un peu avec la jonglerie, qui est comme on sait une litote pour désigner ce qui pourrait s’apparenter à une légère hypocrisie.










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