En 1956, le géologue américain King Hubbert avait prévu avec succès le pic pétrolier [1] des Etats-Unis pour 1970. Les mêmes projections appliquées à la Russie, deuxième producteur mondial, diagnostiquèrent le pic pétrolier en 1987. Le pronostic suscita à l’époque scepticisme et sourires condescendants. Aujourd’hui, la majorité des experts s’accorde à admettre que le montant des réserves russes est grossièrement exagéré, estimant qu’il faut diviser par deux les chiffres publiés.
Depuis trois ans, même les experts russes, longtemps adeptes du silence et de la langue de bois, commencent à tirer la sonnette d’alarme. Un rapport rédigé en 2005 par la branche sibérienne de l’Académie des sciences de Russie fut immédiatement classé par Vladimir Poutine. Il révélait que près de 60 % de toutes les réserves pourvues en Sibérie étaient au bord de l’épuisement. Depuis un décret promulgué par l’ex-président russe, les réserves pétrolières sont considérées comme relevant du secret d’État.
Poutine fait l’autruche
Pourtant les informations alarmantes se multiplient. Les nombreux gisements exploités depuis l’ère soviétique en Sibérie occidentale connaissent, depuis le début de l’année, une chute dramatique de leur production et sont considérés comme proches de l’épuisement. Le groupe pétrolier Lukoil a averti que la production pétrolière russe pourrait au mieux stagner et plus sûrement décliner dans les décennies à venir. Une fort mauvaise nouvelle pour les consommateurs occidentaux mais aussi pour Moscou qui a fait de l’énergie l’atout maître de sa diplomatie et de son influence restaurée. Vladimir Poutine, sans convaincre, s’efforce de réfuter ces informations. Pour continuer d’exister sur la scène internationale, le Kremlin, dont le potentiel industriel est à peine au niveau de celui de la Hollande, n’a que deux atouts : le pétrole et le gaz.
Mais pour continuer d’approvisionner ses clients occidentaux, la Russie compte sur les gisements existants dans les pays d’Asie centrale. Au Turkménistan, déjà considéré comme une chasse gardée, mais aussi en Ouzbékistan et au Kazakhstan, le pouvoir russe et ses groupes énergétiques témoignent d’un activisme accru, renforçant les liens avec les régimes dictatoriaux en place, cherchant à prendre le contrôle de compagnies nationales. Cette stratégie politique se double d’une rivalité de clans. Le nouveau président russe, Medvedev était le président du géant gazier Gazprom dont la rivalité avec le groupe pétrolier Rosneft est notoire. Or, Rosneft est dirigé par le vice-premier ministre, Igor Sechin, dont l’adjoint au sein du groupe pétrolier, Sergeï Maryshkin, vient d’être nommé chef de l’administration présidentielle. Le poste que Sechin, le nouveau tsar de l’énergie, occupait justement auprès de Poutine lorsqu’il était président.
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