Le groupe Carrefour vient de lancer une campagne institutionnelle. Un message de communication est destiné à chacun de ses partenaires. Le premier, cible les fournisseurs, un autre les futurs salariés, cadres, collectivités territoriales, et pour finir un bouquet final s’adresse à l’ensemble de la Nation.
À chacun son visuel, à chacun son discours. Pour les étudiants des grandes écoles, que Carrefour et l’ensemble de la distribution ont du mal à draguer, le message est clair. Je m’intéresse à vous. Et là, pas d’Oncle Sam qui vous pointe du doigt, le leader français de la distribution cite deux des trois écoles les plus prestigieuses écoles de commerce française : l’ESSEC et l’ESCP. C’est sans ambiguïté, Carrefour vous veut. Carrefour aime les étudiants des grandes écoles.
Il ne manque plus qu’HEC, la plus prestigieuse de toutes. On peut envisager aussi que le départ de Daniel Bernard, ancien élève de ladite école n’ait pas laissé que des bons souvenirs dans la maison. Il est quand même parti avec 38 millions d’euros ! Excusez du peu. Il ne faudrait pas que ça se généralise, le distributeur a suffisamment de problèmes comme cela. Echaudé, il aurait même décidé d’arrêter d’embaucher des HEC.
Douce France
Un autre visuel est destiné à draguer les élus des collectivités territoriales. Elle invite à découvrir Mauliac et certains de ses habitants, dont monsieur le maire. C’est important pour Carrefour de valoriser les maires de nos villages et de nos villes, car ils participent aux décisions de création et d’extension de magasin dans le cadre des Commissions Départementales d’Équipement Commercial, les fameuses CDEC.
Le visuel est très bien choisi. Le directeur artistique a sûrement eu du mal à trouver dans le village cet emplacement si agréable. La photo est réussie. Devant un ensemble de maisons aux tuiles romaines et aux murs joliment marqués par les années, un groupe de six personnages posent relâchés. Tous les âges et les sexes sont représentés. La légende est précise, vous avez là : « le postier, le maire de Mauliac, l’institutrice et le gérant du Shopi ». À vous de trouver lequel occupe chaque fonction.
Le postier est peut-être la belle brune sur la droite. Ses longues jambes que l’on devine musclées sont sûrement entretenues par les longues courses cyclistes et journalières. Autour du village ; les routes peuvent être escarpées, certains mas sont assez éloignés du centre ville, le courrier n’attend pas. Le postier y va en vélo par souci écologique. Ça lui réussit plutôt bien. Le maire est sûrement ce grand bonhomme en chemise à carreaux. Ses électeurs font confiance à sa générosité et à son léger embonpoint.
Mais qui est l’institutrice ? Est-ce cette grande femme blonde aux épaules carrés et au sourire figé ? Peut-être, c’est même sûr. C’est la seule femme de la photo sans affectation. C’est donc elle. Elle a du sortir de l’IUFM il y a quelques années. Bien classée elle a été mutée dans ce petit village. Sa posture induit de la fermeté sur les principes. Avec elle les élèves savent lire et compter… On voit que Carrefour aime cette France profonde, qu’il la connaît, qu’il la respecte.
Sauf que « Mauliac, sa poste, son école, sa mairie, son magasin d’alimentation, sa vie quoi… » n’existe pas. Si après cette campagne vous êtes tombé amoureux du village, comme Monsieur Norbert Livet, ne cherchez pas Mauliac sur une carte, ou sur les Pages Jaunes, vous ne la trouverez pas !
N’allez surtout pas penser que Carrefour traite différemment les élèves des grandes écoles et les maires des villages. Même s’il semble que dans cette campagne on valorise les uns, et on abuse les autres.
À moins que ce soit la faute de l’agence de pub. Qui sait ?
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