« Il ne faut pas se leurrer, une réunion de ministres européens c’est souvent comme ça ». « Comme ça », c’est-à-dire, formel, ennuyeux, langue de bois. Et c’est un spécialiste du quotidien Le Monde en poste à Bruxelles qui le dit. Après huit années d’attente — la dernière présidence française de l’Union européenne remontait à 2000 — on était pourtant impatient d’assister, les 3, 4 et 5 juillet derniers, au Parc de Saint-Cloud, près de Paris, au premier des conseils informels des ministres – consacré au climat et à l’environnement - présidé par la France. Surtout que le service de presse de Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Écologie et de sa secrétaire d’État, Nathalie Kosciusko-Morizet, n’avait pas ménagé les effets d’annonce : on allait voir ce qu’on allait voir, ces deux-là allaient réunir « pour la première fois ensemble, les ministres de l’Environnement et de l’Énergie des 27 pays de l’Union ». Au menu, du lourd, c’est-à-dire la réduction de quota de CO2, les OGM, les biocarburants…
A ceci près que pendant ces trois jours de discussions à huis clos, on n’a pas vu grand chose. Sinon le décor, beau et champêtre. Pour faire vert, Borloo a planté un grand barnum sur la terrasse du parc de Saint-Cloud. De jeunes hôtesses en tenue rose bonbon traversent le domaine comme des gazelles à talon haut. Un service d’ordre rarement pris en défaut. Sous la tente de la salle de presse, où les journalistes compulsent les communiqués de presse, les croissants sont bons, le café bien fort, le vin servi à midi également — on peut faire confiance à Borloo. Et tout est « éco-responsable » : du jonc par terre, du mobilier en carton, des imprimeurs éco-labelisés, du papier recyclé, etc…
Un conseil très frenchie
La French Touch, ce sont aussi les nombreux gadgets. A l’entrée, les journalistes et officiels ont reçu un massif, lourd et peu maniable cartable noir avec une barre métallique en guise de poignée et gravé à l’intérieur d’une citation de Victor Hugo. « C’est le designer Philippe Starck qui l’a dessinée, avec le stylo et le bloc note qu’il y a à l’intérieur ! » annonce fièrement une attachée de presse. Tout comme la pièce de deux euros spéciale, le porte badge, logo officiel de la présidence avec deux drapeaux accolés, tristement en berne.
Le résultat d’une initiative lumineuse du docteur Kouchner, le ministre des Affaires étrangères qui promet (voir l’entretien télévisé) une « présidence française sans arrogance » malgré un budget officiel de 190 millions d’euros, trois fois plus élevé qu’il y a huit ans.
Voilà plusieurs mois, il a confié « la direction artistique » (sic) de ces six mois à cette sommité du design français. Starck, fidèle à la ligne de son commanditaire explique dans une vidéo officielle que la France doit marquer ces six mois de son empreinte indélébile et montrer qu’on n’est pas mauvais. « Dans les autres pays, la présidence se contente de commander des objets de série et de mettre leur logo dessus. Nous on ne pouvait pas » explique en substance ce grand manitou qui promet pour la suite des initiatives multimédias un peu fumeuses et assurément bling bling.
Un non événement !
En tout cas, la fameuse sacoche Starck a permis aux journalistes de meubler l’ennui en attendant la conférence de presse. Tout comme ce moment de fraîcheur, lorsqu’au cours d’une pause, Jean-Louis Borloo, le mobile rivé à l’oreille s’aperçoit que sa braguette est ouverte. Un geste sec dans une extension superbe répare la négligence. Conjecture des rares témoins de la scène : était-ce son dir’com qui l’alertait à l’autre bout du fil ? Pour ce qui est du fond, on est resté sur notre faim. D’habitude en verve, flanqués d’un commissaire européen et de leurs homologues suédois et tchèques (qui prendront la suite de la France) Borloo et Kosciusko-Morizet se sont contentés du service minimum pour rendre compte des fastidieux pourparlers à 27. Un véritable échantillon de langue de bois que cette conférence de presse. « On a créé une informelle dans cette réunion informelle », indique Kosciusko-Morizet à propos de sa proposition de valider l’autorisation des OGM au niveau communautaire « Un tour de table productif, riche qui a fait valoir des sensibilités différentes » commente Borloo. « Merci pour cette réunion très bien animée, nous visons une plate forme commune sur le climat » ajoute le ministre suédois. Signe qu’on est loin d’une entente.
Il faut dire que le plat principal est difficile à avaler. Avec la Commission, Borloo vise une réduction de 30 % des émissions de CO2 d’ici 2020 par rapport à 1990. Charge d’ici là à chaque État de l’Union de s’entendre sur son propre quota. Le hic c’est que les pays de l’Est, qui se chauffent principalement au charbon ou au fuel, renâclent et exigent des compensations.
Mais quelle est la position de la France ? « Nous n’avons pas à donner de position officielle, on est dans une réunion informelle », répond Jean-Louis Borloo. C’est donc ça. Pour les non initiés, un conseil des ministres informel est donc une réunion très formelle où l’on décide peu mais où prépare les accords à venir, en vue d’adopter un paquet de textes en accord avec la Commission avant son vote par le Parlement. Si tout va bien, ce sera pour fin 2008, début 2009, avant le renouvellement des eurodéputés. « Cette réunion ce n’est même pas une entrée, c’est tout juste un apetizer », résume l’entourage de Borloo. Miam ! Voilà qui ouvre l’appétit pour la suite : rien de tel qu’un premier non événement officiel pour rendre l’Europe plus proche des gens…
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