La ville s’appelle Sabaneta, elle est située dans le Barinas, un Etat dont le gouverneur Hugo de los Reyes Chavez n’est autre que le papa du président. Un homme aujourd’hui diminué par une attaque cérébrale mais toujours accroché à son fauteuil de gouverneur…
Avec ce vieillard, la caméra n’insiste pas et nous emmène ensuite dans la vaste maison des parents où la maman du Grand Chef bolivarien nous assure, dans un décor de luxe, qu’elle n’a pas d’argent à elle. Nada ! Pas un sou ! Retour dans la rue, où, non loin d’une boucherie « bolivarienne » ( !), un opposant courageux confie que le clan Chavez, famille d’origine modeste, possède aujourd’hui une bonne part de l’économie locale par l’entremise de sociétés écran et d’hommes de paille. D’ailleurs, voici un cousin Chavez qui palpe ses billets : il vient de gagner au combat de coqs, dont il possède les meilleurs spécimens. Son adversaire malheureux, fou de rage, se lâche et dit tout haut ce qu’il devait penser tout bas : que les Chavez ont mis la main sur tout ce qui compte dans la ville et dans l’Etat. Calomnies ? Egarement de jaloux ? Le meilleur est à venir.
Nous voici sous une tente abritant une réunion électorale. Il s’agit de faire voter « Oui » au prochain referendum qui autorisera Chavez à prolonger son mandat présidentiel. Les fonctionnaires passent en fil indienne signer une feuille de présence, faute de quoi ils risquent de se faire limoger. Un orateur prend le micro, chemise et casquette rouges. Il s’appelle Anibal Chavez, c’est le frère d’Hugo. Il commence son discours par un sermon de type évangéliste, rappelant que Jésus s’est toujours battu pour les pauvres, qu’il a chassé les marchands du temple etc. Pas besoin d’un dessin à la salle chrétienne : défenseur autoproclamé des pauvres, Hugo Chavez marche sur les pas de Jésus. Après avoir fait répéter quelques slogans calqués sur l’ami Castro (« le socialisme ou la mort »), Anibal passe aux choses sérieuses, sans complexes, devant la caméra : la distribution de billets, du bel argent en liquide dont le montant est annoncé au micro, tandis que l’heureux bénéficiaire vient remercier en balbutiant le Sublime Frangin. Et on ne vous parle pas d’autres membres de la famille casés à la tête d’entreprises publiques ou nommés au gouvernement… Cet été, faites du tourisme intelligent et bon marché : allez camper à Sabaneta ! Si vous dites que vous êtes un fan de Chavez, on vous remboursera peut-être vos vacances.








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