C’est embarrassant. Vraiment très embarrassant. Ce petit livre de chroniques se lit facilement. On y apprend des choses. Le style est bien léché. Quelques envolées lyriques qui font un peu glousser, mais en règle générale ce livre est agréable, fin et en deux mots assez diplomate. Les formes y sont ainsi que « le refus du parti pris ». Dieu soit loué ! Enfin un chroniqueur français qui ne va pas mêler sa plume aux pro ou anti de toutes sortes. Place à la subjectivité bien intentionnée de Gilles Kraemer et à son œil espiègle.
De la simple anecdote au coup de gueule, l’auteur balaie le paysage des territoires occupés. Check-points humiliants, gel des salaires palestiniens, survol des avions de chasse israéliens qui franchissent le mur du son en pleine nuit, Gilles Kraemer aime relever les situations les plus absurdes. Comme sa stupéfaction face à un rayon de lessive chez un épicier de Ramallah. « Que faire ? Que prendre ? Que choisir lorsque les seuls barils de lessive s’appellent « Ariel » comme la colonie près de Naplouse, et « Colon » ?
Cet ancien journaliste indépendant, spécialiste du monde arabo-musulman et plus spécialement de la presse arabe francophile, déteste la vulgarité. En pleine fête de Pâques, il s’insurge contre les militants du Fatah qui font résonner « le crépitement des kalachnikovs qu’on vide dans le ciel - symbole saisissant de l’impuissante bêtise ! – » Sa colère n’a pas son pareil lorsqu’il évoque le « florilège de presse anti-française. Côté israélien, ça prend souvent la forme d’articles rédigés par des juifs français ayant fait leur alya [1] et pratiquant la « haine de soi » revisitée. Résultat : des papiers qui fleurent la presse pourrie de l’entre-deux guerres et qui adoptent les accents et le vocabulaire surannés du journalisme d’extrême droite et de la collaboration. » [2] Kraemer a décidément du mal avec les français de l’autre bord. De propos rapportés d’un professeur du lycée français de Jérusalem, il compare les professeurs du lycée aux colons de l’Algérie française. « Ils ne veulent rien savoir de ce qui se passe dans les territoires, ils savent déjà tout sur leurs voisins qu’ils connaissent mieux que personne… depuis l’Algérie de papa. Ah, le bon temps des colonies ! » [3]
Le problème quand on écrit sur le fameux binôme Palestine/Israël, c’est que les mots ont du poids et du sens. Les comparaisons sont dangereuses mais Kraemer les adore. C’est pourquoi lorsqu’il compare les soldats druzes d’Israël à des kapos [4], mes oreilles se sont mises à siffler. Comparer les soldats druzes aux personnes chargées d’encadrer les prisonniers des camps de concentration, ce n’est pas très fin Mr Kraemer. Et c’est dommage parce que du coup, cet œil, ce sens de la remarque et cette finesse toute proche des plus grandes plumes du quai d’Orsay, tout cela se dissout et s’écrase à même le sol.








Version imprimable
Recommander à un ennemi