Leurs noms ne vous disent pas grand-chose. Et pour cause, ils ont été élus à l’Assemblée nationale, il y a un an, à l’exception de Sébastien Huygue (député depuis 2002), sous les couleurs de l’UMP. Avec la ferme intention d’exister au milieu de 300 autres députés du groupe qui en compte 317.
Ces primo-députés sont déjà bien rodés aux us et coutumes du Palais Bourbon. Et ont retenu les deux leçons : primo, se regrouper. Deuxio, se faire remarquer. Pour y parvenir, la méthode est simple : « Faire preuve d’assiduité », disent les quatorze nouveaux. Faudrait-il comprendre par là que les vieux routards du Palais Bourbon ne sont jamais là ? « Nous avons en commun d’avoir tous été élus en 2007, et de nous voir fréquemment, notamment lors des séances de nuit comme beaucoup de petits nouveaux. Ceux qui sont là depuis quinze ans sont moins émoustillés par les séances de nuit, je peux comprendre », sourit Philippe Gosselin, député de la Manche et dernier à avoir rejoint le petit groupe.
« Souvent le temps politique pousse aux raccourcis », analyse Nicolas Dhuicq (Aube). Les députés ont donc profité de leurs rencontres régulières pour se réunir de manière informelle et échanger leurs points de vue en amont sur les grands sujets de société et les dossiers abordés à l’Assemblée.
Ni des béni oui oui, ni des porte-parole
Si le collectif fait la force, encore faut-il parvenir à se faire entendre. Qu’à cela ne tienne ! Les primo-députés UMP revendiquent une liberté de ton pour ne pas se transformer en « bons petits soldats » de la politique, précise Valérie Rosso-Debord (Meurthe-et-Moselle). « Nous sommes élus pour défendre nos convictions, travailler le fond des dossiers et ne pas voter systématiquement ce que l’on nous propose », explique Bruno Le Maire, ex directeur de cabinet de Dominique de Villepin, à Matignon.
Ainsi, dans leur première tribune publiée le 20 mai dans Le Figaro, Une constitution pour le citoyen, treize d’entre eux se sont prononcés en faveur de la réforme sur les institutions, voulue par Nicolas Sarkozy. Mais ils y ont ajouté un bémol :« il est difficile de concevoir que le président de la République vienne s’exprimer devant l’Assemblée nationale, lieu par excellence de la responsabilité du premier ministre et de son gouvernement ». Bref, une position en porte-à-faux avec les désirs du président.
Tous ont néanmoins signé la réforme des institutions au Congrès de Versailles. En clair, se différencier, oui. Se marginaliser non. « Nous ne sommes ni des béni oui oui, ni des porte-parole. Ce qui signifie que l’on peut faire entendre nos différences, sans taper sur Pierre, Paul ou Jack, sans donner non plus de leçons », commente Benoist Apparu (Marne), initiateur de ces réformes informelles. C’est plus sûr… surtout si on projette d’avoir une longue carrière. « Nous n’avons pas tous la même ambition », analyse un des membres du groupe.
S’intégrer dans les circuits de l’Assemblée
D’ailleurs, les quatorze députés issus des familles chiraquiennes, sarkozystes, villepenistes, l’ont vite compris : mieux vaut ne pas choisir et être en bons termes avec tous les hommes forts du parti pour éviter de s’en faire des ennemis. Manifestement, Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée, a saisi l’occasion de se faire quatorze nouveaux amis. « Le président Copé nous a immédiatement tendu la main, en nous faisant participer à des missions, à des rapports. Grâce à lui, nous n’avons pas été sur le banc de touche », affirme Philippe Gosselin.
A l’instar de ses compagnons de route, ce député UMP apprécie la ligne du président Copé : 100 % fidélité à Sarkozy et 100 % débat au sein du groupe. Vite fait, bien fait, les primo-députés se sont donc intégrés dans les circuits de l’Assemblée. Certains d’entre eux ont d’ailleurs été promus dans la hiérarchie comme Valérie Rosso-Debord, nommé à la vice-présidence du groupe UMP.
Mais pour ne pas insulter l’avenir et éviter de briser des carrières qui débutent, les 14 primo-députés reconnaissent le talent d’autres leaders de l’UMP. À l’instar de Xavier Bertrand, aujourd’hui secrétaire général adjoint du parti, ministre du Travail et demain - peut-être - futur locataire de Matignon. « Nous n’avons pas envie de choisir, d’ailleurs ce n’est pas d’actualité », commente Nicolas Dhuicq. « Pour l’instant, nous ne sommes ni un courant, ni un rassemblement », affirme Benoist Apparu. « Nous sommes simplement une petite quinzaine de jeunes parlementaires qui se retrouve pour parler de sujets d’actualité ailleurs que dans les réunions de groupe. »
Des députés qui murmurent à l’oreille du président
L’hypothèse de la structuration de ces réunions sous forme de club est néanmoins envisagée. Manière d’être facilement identifié, notamment dans les médias. A l’inverse, celle d’un sous-courant est rejetée par Benoist Apparu : « Nous ne sommes pas là pour concurrencer le groupe UMP et aucun d’entre nous n’a de légitimité par rapport aux autres pour constituer une chefferie en son nom ».
Club ou pas club, les députés comptent s’exprimer par voie de tribune, d’amendements. Ou même organiser des rencontres avec des ministres « pour vendre une réforme, faire remonter des informations, dire ce que l’on aime ou pas », juge Apparu, qui connaît bien les arcanes du gouvernement pour avoir été chef de cabinet de Xavier Darcos en 2002 et directeur adjoint de Catherine Vautrin en 2006.
Reste que l’initiative de cette quinzaine de députés n’est pas passée inaperçue. Catherine Pégard, la conseillère politique du président, a participé à plusieurs de leurs réunions. « Il est intéressant d’avoir ce relais pour faire remonter les messages des députés de base », note Benoist Apparu. « Ce n’est en rien une tutelle, ni un ciment mais au contraire un regard extérieur », ajoute Philippe Gosselin.
Et pas n’importe quel regard puisque Catherine Pégard occupe une place stratégique dans l’équipe de Nicolas Sarkozy. « Ce sont des oreilles qui peuvent faire passer notre message au président », conclut l’un des députés. Des députés qui murmurent à l’oreille du président… pas mal au bout d’un an. Comme quoi, le métier commence à entrer !










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