Qu’est-ce qui est vert et passablement énervé ? Jean-Louis Borloo à la buvette de l’Assemblée ? José Bové dans un champ d’OGM ? Mais non, il s’agit de Hulk bien sûr, figure totémique de la BD américaine créée dans les années 60 par Stan Lee, le papa de la Marvel. Tout d’abord héros d’une série télé kitsch à base de chemises déchirées et de pectoraux peints en vert, Hulk fracassait le grand écran en 2003. Derrière la caméra, le Taïwanais Ang Lee (Tigre & dragon, Le Secret de Brokeback Mountain) ciselait un des meilleurs films de super-héros.
Loin des tacherons qui sabotent impitoyablement les aventures de nos hommes en collant préférés (Daredevil, Les Quatre fantastiques, Elektra, Superman et autres X-Men), Lee y instillait ses obsessions (le film est une nouvelle fois l’histoire d’un orphelin à la recherche d’une figure paternelle) et réinventait la démence des planches des comics à coups de split-screens frénétiques et d’astuces narratives. Bref, notre homme signait un chef-d’œuvre de la pop culture, entre tragédie grecque et gros spectacle transgénique, qui se ramassa bien sûr aux Etats-Unis.
Si les producteurs ont bu la tasse, ils ont également retenu la leçon et cinq ans plus tard, ils reviennent avec un Hulk médiocre, bourrin et bas du front. Exit Ang Lee, son équipe technique, ses comédiens et ses ambitions. On fait comme si le premier film n’avait jamais existé et on se contente de compiler quelques épisodes de la BD. Soit Edward Norton, un scientifique maigrelet qui lutte contre la rage qui le métamorphose en un monstre vert bodybuildé, avec en bonus le super-méchant Abomination, sorte de Hulk reptilien, couleur caca d’oie. Point final ! Le script est aussi excitant qu’une feuille d’impôts, les acteurs sous tranxène cachetonnent, même si Tim Roth semble s’amuser un peu, et les animateurs 3D tentent de masquer le vide avec des créatures en images de synthèse d’une laideur absolue. Derrière la caméra, un Français, Louis Leterrier, déjà responsable des deux premiers Transporteur et de Danny the Dog. Bref, un poulain de l’écurie Luc Besson qui déclare sans rire dans le dossier de presse : « L’Incroyable Hulk est un très grand film. »
Pour cartonner au box-office, il suffit donc d’un super-héros dépressif, de 150 millions de dollars pour les effets spéciaux et d’un yes man capable de mettre en boîte 1h 52 de rien pour fans de bastons numériques et d’intrigues décérébrées. De vert, il ne reste que les dollars qui vont remplir les poches des producteurs qui en rigolent encore. Confier un film comme Hulk à un visionnaire comme Ang Lee ? C’est sûr, on ne les y reprendra plus…








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