La querelle battait son plein, nous étions dans le doute : le directeur de Charlie-Hebdo, dont le nom m’échappe (mais devrait me revenir), avait-il raison de virer Siné pour propos antisémites ? Quand soudain la lumière fut : le grand philosophe Bernard-Henri Lévy a signé dans Le Monde (22/7) une bouleversante philippique anti-Siné, titrée "De quoi Siné est-il le nom ?". Désormais tout est clair : je suis dans le camp de Siné (j’y étais déjà, faut dire !)
Chacun sait que malgré de louables efforts, BHL est allergique à tout humour, en dépit des entartages patissiers de Noël Godin. Mais il progresse dans ce domaine puisqu’en prenant la défense du directeur de Charlie-Hebdo (dont le nom tarde à me revenir) il le qualifie de « voltairien notoire ». C’est un peu vache comme rapprochement, d’accord, mais qui aime bien châtie bien !
« De quoi BHL est-il le nom ? » Tous les lecteurs du livre « Une Imposture française » (de Nicolas Beau et Olivier Toscer, Les Arènes, 2006) le savent : BHL est une marque de blanchisserie, rayon chemises échancrées. Ce beau jeune homme, auto-promu « nouveau philosophe » chez Bernard Pivot au siècle dernier, a écrit quelques bouquins de vulgarisation qui ont mis en émoi quelques douairières séduites par le galimatias d’une culture puisée au meilleur Lagarde et Michard. Ses idées - si l’on ose cette exagération sémantique- se résument à un credo : peu importe ce que je dis et ce que j’écris du moment qu’on parle de moi dans les journaux et qu’on m’invite à la télé. C’est ainsi qu’à l’instar de Coca-Cola et de Total, le BHL est devenu une référence mondiale, invité dans tous les lieux « où il faut être » et qui a des obligés dans toutes les rédactions.
Ses livres se vendant mal, le BHL a été sauvé par sa fortune paternelle dans le négoce de bois africains et autres affaires, ce qui permet à ce philosophe milliardaire de travailler à sa renommée médiatique sans souci des fins de mois dans son palais de Marrakech et autres thébaïdes. Comment a-t-il rencontré le « voltairien notoire » qui a viré Siné ? La question divise les exégètes : au polo à Bagatelle ? A la Mamounia marocaine ? Dans le Lubéron ? Chez Lipp et autres officines philosophiques ? Moi, connaissant le « voltairien » en question, un autodidacte confirmé, je penche pour la grande bibliothèque François Mitterrand où tous deux recopient les citations d’auteurs qui agrémentent leurs chroniques.
Quoiqu’il en soit, le fossé est béant entre ces deux phares de la pensée universelle et le parigot fauché Siné, natif de Ménimontant, né d’une mère couturière et qui a eu l’enfance prolote d’un Henri Calet. Il existe parfois des pôles qui ne se rencontrent jamais. Bien avant que BHL ne séduise les journalistes et Val (ça y est ! Son nom m’est revenu !) n’enchante les minettes dans ses galas avec Patrick Font, Siné dessinait dans l’Express contre la torture de nos paras en Algérie et portait haut les couleurs du drapeau noir des anars, anti-curetons, anti-flics, anti-généraux, anti-tout. De quoi Siné est-il le nom ? De courage et de talent ! Deux ingrédients dont ses agresseurs sont singulièrement dépourvus !
On comprend mieux désormais la cause du licenciement de Siné dans Charlie-Hebdo ( défendu à ce jour par les seuls Wilhem et Polac, merci les amis !). La phrase dite « antisémite » par BHL et Val, n’est qu’un prétexte. C’est un problème de classe sociale : deux carriéristes style Rastignac contre Don Quichotte, la lutte était inégale.










