Ce qui est nouveau et intéressant avec BHL, quand par exemple il vient tirer dans le dos de Siné, dans la posture du fusilleur courageux, c’est qu’il renouvelle l’art pompier. Je ne vous parle pas du style, bien qu’avec ses ampoules il pourrait éteindre le feu, je vous parle de la fonction même : BHL est un pompier. Quand le ton monte un peu dans des polémiques incertaines du genre « Edgar Morin est-il antisémite ? » On file la lance et la grande échelle au plus beau décolleté de Paris. Dans le passé on aurait confié l’arrosage à Sartre (qui avait du mal à viser juste), à Aron, ou à Mauriac qui enrhumé de naissance, ne risquait pas de prendre froid au contact de l’eau.
Quand le ton monte, que les penseurs justes se sentent menacés dans leurs opinions, ils font maintenant donner BHL, leur petite Bertha. On se bat avec les armes que l’on a : un milliardaire qui a été à l’école et vit avec une « cométeuse » (comédienne-chanteuse) souvent déguisée en fée… Boulevard Saint Germain, je suis allé chez lui une fois. Au départ tu crois que tu t’es trompé de porte puisque l’huis est ouvert par un beau noir portant le prénom d’Henri ainsi qu’un gilet rayé et des gants blancs. Assis dans un sofa, style Pierre Loti, quand tu bascules en avant pour saisir un verre de Perrier, Henri se précipite pour tapoter le coussin qui est dans ton dos. Mais le maître arrive pour l’entretien. Si tu lui soumets à la relecture, il change à la fois les questions et les réponses, comme ça c’est plus pratique, l’exercice de la philosophie dans un boudoir.
Mais si BHL, lui-même coqueluche, a fini par l’attraper et qu’il se trouve au lit avec 37°2 le matin, on convoque Laurent Joffrin. Dans l’affaire Siné l’incendie étant violent, le renfort à barbe a été obligé de saisir au vol le fameux mat tout lisse qui sert d’escalier à la caserne et permet de descendre plus vite. Dans son attaque du foyer Siné, le lieutenant Joffrin a parlé de « race juive ». Il faut être Joffrin pour écrire un truc pareil. En ce qui me concerne je connais la religion juive… Et je la respecte comme toutes les autres, celle du Dalaï compris. Joffrin devrait lire, entre deux essuyages de bibelots faits sur France Inter avec la Brossolette, le bouquin de Shlomo Sand. C’est un historien israélien qui a étudié la propagation du judaïsme dans le monde, et a établi des choses intéressantes : au moment de la diaspora, seuls quelques dizaines d’hébreux sont restés en Israël et, horreur, il se pourrait que des palestiniens d’aujourd’hui soient les fils de ces hébreux d’hier ! Pour le reste, des centaines de prosélytes sont partis dans les pays limitrophes, puis dans le Caucase et dans le Maghreb. Là ils ont converti au judaïsme, des berbères, des caucasiens qui, eux, ont transmis la religion à des Allemands et fait naître le yiddish ; Pardon Shlomo d’être aussi schématique mais, en gros, c’est cela ton histoire. Et il n’y a pas ici trace de « race juive ». Sauf pour le docteur Rosenberg et ses amis complètement gammés autour des années 30.
Je n’ai jamais eu le bonheur d’être reçu chez Joffrin. Mais je ne pense pas qu’il ait un valet de pied. En revanche j’ai dîné en sa compagnie chez un pakistanais. Il portait un pantalon trop étroit, pas très chic. Sa femme, elle, était habillée en petit marin et c’était très joli. Il paraît que Laurent navigue parfois sur un discret voilier amarré dans la région de Granville. La navigation ? C’est un art premier pour un directeur de journal.










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