La table réservée de François Marcantoni à l’hôtel Méridien de la Porte Maillot est déserte depuis un certain temps. Les serveurs regrettent presque les va-et-vient des costards trois-pièces, borsalino et autres voyous du marigot de Paname. Folklore assuré. Figure légendaire du non moins mythique milieu de la pègre hexagonale, « Monsieur François » est actuellement en convalescence dans une clinique sans faste du 20ème arrondissement. L’ (ex ?) baron, qui régentait un pan des sombres affaires informelles nationales, prend du repos forcé. Il est sis pour une période de trois semaines dans une modeste chambre du sixième étage qu’il co-loue.
Le papy de la pègre se remet doucement de son séjour médical à l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce, ouvert au public, certes, mais pas accessible à n’importe qui. Vitrine de l’excellence médicale de la nation, le « Val » est prisé par les puissants. Outre la qualité des prestations dispensées, le gotha politico-militaire, et les nantis qui y séjournent, apprécient la culture du secret de l’établissement. Seul le Président de la République, par ailleurs chef des armées, peut consulter la liste des patients.
Des réseaux corses toujours influents
En ex-truand hédoniste qui se respecte, Monsieur François a toujours eu un goût prononcé pour le luxe. « Je ne regrette rien […] Car je préfère le champagne à la limonade et le caviar aux lentilles », clarifiait-il au Monde (24 mai 2006). À 88 ans, Marcantoni préfère naturellement le Val à un CHU classique. Malgré son âge avancé, cet ancien du SAC, et cousin de l’ex-préfet du Var Jean-Charles Marchiani - actuellement sous les verrous -, a toujours le bras long et les épaules larges. Son carnet d’adresse est noirci de contacts tant dans le milieu de la pègre et du show-biz que dans la sphère politique… Ses liens avec la folklorique « bande à Pasqua » s’avèrent toujours étroits. Bien qu’un peu rouillés et périmés par les jeunes caciques sarkozystes, ses réseaux corso-gaullistes sont loin d’être obsolètes.
Entre anciens des services spéciaux, la solidarité corse peut faire des miracles. La preuve : son entourage s’est dépatouillé avec brio pour lui dégoter une place dans le vénérable hôpital militaire. Pour le faire entrer, les amis de François ont mis en avant ses exploits de résistant, arguant la bravoure et le courage du lascar contre les nazis et les collabos. Avec habilité, les acolytes de Marcantoni ont rangé au placard son borsalino de malfrat, le temps d’exhumer son béret de résistant. En ces temps là, Marcantoni le résistant est embastillé par les milices pro-hitlériennes et aurait résisté aux tortures de ces dernières.
Une fois la guerre finie et la France libérée, il se lance bon gré mal gré dans le banditisme. Du braquage aux biz’ de voitures et de filles, en passant par le racket, les cercles de jeux et autres magouilles, l’élégant Monsieur François a d’abord exécuté puis parrainé. Le lascar se retrouve fiché au grand banditisme dés 1959. Dix ans plus tard, sa trogne fait la Une de la presse. À compter de septembre 1968, il est soupçonné d’avoir participé au meurtre du beau Stephan Markovic, un ressortissant yougoslave, proche du comédien Alain Delon, retrouvé mort, une balle dans le crâne, dans une décharge non loin du domicile de Monsieur François.
L’affaire Markovic éclabousse la Vème République et menace Pompidou, le Premier ministre d’alors. Marcantoni porte le chapeau. Il coule alors onze mois derrière les barreaux avant d’obtenir un non-lieu sept ans plus tard. Le bonhomme repassera par la case prison en 1994. Epinglé pour un trafic de tableau volé, il partagera le coin VIP de la Santé avec la plus célèbre barbouze française Bob Denard et le préfet Bernard Bonnet.
Les années sont passées, les affaires se sont enchaînées et la santé s’est dégradée. Entre le 2 et le 29 juillet dernier, François Marcantoni a subi deux lourdes opérations au service neurologie du Val. Il est sorti affaibli mais avec une bonne mine le 30 de ce mois, en milieu d’après-midi, pour être transféré dans une clinique de la capitale. Il est encore trop tôt pour renouer avec ses us et coutumes d’antan, même si le cigare lui manque déjà.








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