Le constat est simple : à force de trop sonder les peuples du vieux continent - le plus souvent par manque de courage politique – et faute d’institutions suffisamment fortes, les intérêts nationaux ou particuliers ont pris le dessus sur l’intérêt commun, à savoir la poursuite du projet des pères fondateurs. En d’autres termes, l’auteur pointe du doigt un glissement insidieux vers un modèle de gestion intergouvernemental, à milles lieues de l’idéal unioniste des Monnet, Schuman et autres. Dénonçant une dérive populiste des responsables européens, il constate une quasi absence de politique forte depuis la fin de la Commission Delors en 1994, et prône le retour à une forme d’élitisme assumé de la part des élus.
Pas anti-européen pour autant, Riès rappelle que la démocratie reste à ce jour le moins mauvais des régimes, du moment que ses responsables n’agissent pas strictement en fonction d’échéances électorales quelconques.
Chapitre après chapitre, toutes les absurdités politiques de l’UE y passent, de l’échec de la directive Bolkestein sur la libre circulation des services, aux petits arrangements entre amis au sein des institutions, en passant par un euro bouc-émissaire du malaise européen. Au cœur du livre, Riès lève le voile sur un scandale économique et social, qui touche à l’Europe et au reste du monde : la PAC, prétendue clé de voûte d’une politique européenne unifiée, victime de son caractère intouchable. Chiffres à l’appui, l’auteur y démontre point par point qu’elle s’est transformée en un immense gaspillage, qui fait l’affaire de quelques uns, et paraît ne servir qu’à protéger des privilégiés.
Au lendemain du nouveau cran d’arrêt infligé par l’Irlande à la laborieuse réforme de la Constitution, cet essai tombe à pic dans le débat sur le décalage entre opinion publique et choix des élus. L’auteur livre un éclairage intéressant sur les échecs à répétition des institutions européennes et le malaise qu’ils engendrent.
Un regret, seuls les initiés à l’histoire de la construction européenne seront capables d’apprécier le bombardement d’anecdotes et de chiffres. Moins évident à aborder pour les néophytes.
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