Il y a des bandes dessinées qui se rangent dans la catégorie des bonnes comédies romantiques, comme « Je t’ai aimé comme on aime les cons » , et il y a en d’autres qu’on savoure comme un bon docu. C’est le cas du carnet de voyage de Oh Yeong Jin, technicien sud-coréen du bâtiment parti plus d’une année travailler en Corée du Nord.
La formule est simple : 228 pages de témoignages sur la vie quotidienne de cette moitié de pays toujours sous régime communiste, dirigée aujourd’hui par Kim Jong-il. En 1994, son père Kim II-Sung ou « Le soleil du XXIème siècle » comme il aimait à se faire appeler, lui a transmis le pouvoir. Les dirigeants des Républiques populaires ont toujours eu le sens de la formule ! Monsieur Oh a donc quitté femme et enfant pour se rendre sur son chantier de Shinpo, et raconte par épisode ses aventures nord-coréennes où le « camarade » est de rigueur pour s’adresser à qui que ce soit. Et il se fait épingler par les employées de la poste quand il oublie le « Monsieur » ou le « Cher Général », en parlant du père de la patrie. Attention, un esprit endoctriné n’est jamais loin dans les contrées du pays. Ce genre de scènes se répètent dans le récit du visiteur du Sud qui se fait même traiter de « sale américain » quand il avoue ne pas « aimer la cuisine du Nord » et préfère se fumer une cigarette.
Le contact entre le Nord et le Sud n’est donc pas toujours simple. Les différences sont nombreuses et gravées jusque dans la langue. Certains mots n’ont pas la même signification. « Jeodaewon » signifie « hôtesse » en Corée du Sud. Passé au Nord, il prend le sens de « bénévole ». Normal que Monsieur Oh se retrouve un peu perdu parmi ses voisins nord-coréens, compréhensible après plus de 60 ans de division. Et bien que depuis l’an 2000, les dirigeants aient fait un pas en avant vers la reprise du dialogue, la réunification n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour. La Corée du Nord continue de tenir tête à la communauté internationale, notamment en matière nucléaire, sujet que Monsieur Oh ne se prive pas d’évoquer : « alors qu’est-ce que tu fais de l’inspection nucléaire qui a eu lieu en Corée du Nord ? » Réponse de son homologue du Nord : « Pourquoi devrait-on être inspecté par les États-Unis, c’est la plus grande puissance nucléaire du monde, c’est eux qui devraient être inspectés par le Centre de l’énergie atomique ». Dialogue de sourds. Le « grand leader » a réponse à tout dans la voix de ses citoyens.
Mais la meilleure réponse reste celle de Oh Yeong Jin qui offre à travers le dessin une plongée dans un pays encore largement verrouillé par l’idéologie communiste. L’auteur, qui n’a pas pu remporter avec lui beaucoup de photos, retirées à la douane, a réalisé un long travail de mémoire. En 2008, le prix Asie lui a été décerné par ACBD, l’association des critiques de bandes dessinées. Une jolie récompense.
Bakchich attend donc avec impatience le tome II du Visiteur du Sud qui sortira en février 2009, aux éditions FLBLB. D’ici là une autre République populaire devrait occuper notre temps…










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