Il y a des types qui, comme les hannetons, ne prennent vie que tous les quatre ans. Ces garçons et ces filles, reines ou rois d’un jour, sont agrafés d’une médaille olympique qui les naturalise comme l’épingle du papillon. Au retour, sitôt passé le déjeuner à l’Elysée et le ruban du Mérite, ces héros retournent au néant. Ce qui est bien leur place puisque, selon les critères Hortefeux, ces jeunes-là ne sont parfois pas très clairs. L’un d’eux, Venceslas Dabaya, couronné d’argent dans le concours des leveurs de fonte (un peu Camerounais au départ), vient ainsi de passer du statut de « sans-papier » à celui de gloire d’État, fils de Hugo et Rigoulo. Mais je serais étonné qu’il devienne ministre…
Mes amis journalistes vous ont déjà annoncé « la moisson » de médailles programmée pour Pékin : autour de 40. Pour parler défaite, il semble que ce sera plus 39 que 40. Mais j’en reste à mes héros discrets. En quoi ces obsédés d’un geste, qu’ils répètent depuis tout petits à l’entraînement, gagnent-ils ces jolies récompenses en or, argent et bronze ? Dans des trucs que vous ne verrez jamais à la télé parce que les programmateurs s’en foutent et que ça ne fait pas d’audimat. Eux, ce qu’ils aiment, ce sont des petits mecs sans visage, et bourrés de fric, qui roulent en F1 pour ne se doubler que dans le garage. Ainsi, tous les quatre ans, nous découvrons le grand bonheur et la grande difficulté majeure qu’il y a à tirer à la carabine à air comprimé à 10 mètres, à jouer au badminton, à slalomer dans des eaux tumultueuses, à tirer à l’arc, à planter fleurets, épées et sabres, à virevolter autour de barres, fixes, parallèles, asymétriques ou de chevaux qui désarçonnent. Au moment où un français est en position de gagner le lancer de fer à repasser à onze mètres, le pays arrête de respirer, geste indispensable pour le tir. Tant pis pour la discipline pourvu qu’on ait la médaille.
En dépit de la privatisation des sportifs par Lagardère, et Pékin n’étant pas Lourdes, on voit mal un humain habillé de notre tricolore gagner la moindre rondelle dans une grande discipline populaire. Étant admis que toute arme, fusil, pistolet ou arc devrait être interdit des jeux « fête de la paix », je me permets – en tant qu’ancien lecteur de l’Equipe guéri depuis un an – de suggérer quelques modifications à la règle olympique. Cela devant être favorable à nos couleurs. Je propose donc de nouvelles épreuves taillées à notre XXXL : le centimètre haie, le sans maître, le sot à la perche (pour les hommes), le seau à la perche (pour les femmes), le cas Noé (qui donne l’ivresse de l’arche), l’altière Ophélie, le bar fixe… Voilà des disciplines qui n’attendent qu’un peu de noblesse.
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