Aujourd’hui, le but du jeu au parti socialiste consiste à trouver qui s’alliera avec qui… Et pour qui. Simple, en théorie. Complexe, en pratique. L’Université d’été de la Rochelle, qui s’ouvre à la fin de la semaine, permettra peut-être d’y voir plus clair. D’emblée, on avait cru à un schéma binaire avec d’un côté l’ex candidate à la présidentielle, Ségolène Royal, et de l’autre l’actuel Maire de Paris, Bertrand Delanoë.
C’était sans tenir compte de la lassitude des militants socialistes d’assister à un nouveau combat des chefs. Et c’était sans compter sur le retour de Martine Aubry, après sa victoire aux municipales. En juin, lors du rassemblement des « reconstructeurs » - un regroupement de fabiusiens, strauss-kahniens et amis d’Arnaud Montebourg - tout avait été pensé pour faire apparaître la maire de Lille comme la meilleure alternative au duel prévu.
« Le mariage de la carpe et du lapin »
Pourtant, si Martine Aubry - qui n’a pas officiellement annoncé sa candidature au poste de Premier secrétaire, sans l’exclure pour autant - a troublé le jeu, elle doit faire face à plusieurs difficultés. Ses adversaires dénoncent une alliance bancale d’Aubry avec les reconstructeurs - « le mariage de la carpe et du lapin » - et l’émergence d’un troisième présidentiable, alors même qu’elle avait critiqué la personnalisation des débats. Marylise Lebranchu, proche de Martine Aubry, botte en touche : « Je ne sais pas si l’existence des reconstructeurs est pérenne mais il est intéressant que l’on puisse construire des mises en commun à partir de ce qui a été vécu comme des différences ». Comprendre notamment les débats sur l’Europe qui ont divisé les socialistes en 2005.
Fort des sondages qui la classent dans les trois personnalités préférées des sympathisants socialistes, pour succéder à François Hollande, Martine Aubry a décidé de tâter le terrain. Histoire de ne pas laisser passer sa chance. Cet été, elle s’est rendue à Marrakech (Maroc) où elle a été reçue par Dominique Strauss-Kahn. Selon l’entourage de la socialiste, le patron du FMI lui aurait apporté son soutien au détriment de Pierre Moscovici, pourtant rangé parmi les strauss-kahniens. Pas toujours facile de s’y retrouver…
D’autant plus que le bras droit de Strauss-Kahn, Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris, a décidé, lui, de s’afficher aux côtés de Pierre Moscovici. Le député du Doubs tient aujourd’hui la corde en faisant partie du quatuor de tête capable de l’emporter en novembre prochain. Et d’ici là, Moscovici compte bien se faire entendre. Ce dimanche 24 août, il était l’invité spécial d’Arnaud Montebourg, à la fête de la Rose à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire). Lors de ce rendez-vous qui marque traditionnellement la rentrée des socialistes, Pierre Moscovici est apparu déterminé à faire aboutir sa candidature, d’autant plus légitime, selon lui, qu’elle n’ajoute pas un énième présidentiable dans la course. À voir… Bref, pendant ce temps, lors de la fête de la Rose, il a mis l’accent sur le besoin d’« éviter l’écueil de la présidentialisation du Parti socialiste », d’autant qu’« aucun (présidentiable) ne se dégage avec force, de manière incontestable ». Avant d’ajouter : « Lancer la compétition maintenant pour 2012 serait suicidaire ». S’il le dit…
« Ce chemin, j’en suis persuadé, est le bon »
Mais pour parvenir à s’imposer, « Mosco » va déjà devoir réunir sa famille d’origine, c’est-à-dire les strauss-kahniens, dont une partie soutient le Maire de Paris et une autre a choisi la maire de Lille. Dans cette perspective et pour asseoir sa candidature, le député du Doubs, responsable des questions internationales au PS, a signé fin juillet une « déclaration commune » avec Martine Aubry. Une déclaration qui a laissé provisoirement en suspens la question du nom du chef de file. Mais qui pourrait constituer une première étape avant une motion commune au congrès de Reims.
Autre victoire pour Pierre Moscovici : Jean-Noël Guérini, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône a annoncé sur son blog, le rapprochement de leurs positions : « Je confirme le rapprochement des positions de Pierre Moscovici et celles que je porte à travers "La Ligne claire", en vue de constituer un pôle majoritaire au congrès PS de Reims » Une Ligne claire animée, outre Guérini, par Gérard Collomb, le maire de Lyon, Manuel Valls, député-maire d’Evry et Vincent Feltesse, le président de la Communauté urbaine de Bordeaux. En gros, les « barons locaux », auxquels Ségolène Royal avait fait du pied lors de son grand raout à la Maison de la Chimie, mi-juin. « Mosco » savoure donc son succès et le fait savoir. Sur son blog, il a écrit : « Les responsables de la « Ligne claire » sont très proches, et le disent. Martine Aubry, si elle avance sur le refus de la présidentialisation du PS et sur la primaire, peut nous rejoindre. Beaucoup d’autres peuvent y adhérer. Ce chemin, j’en suis persuadé, est le bon ». Ah, nous voilà rassurés ! Ses amis socialistes, sûrement aussi…
Comme Julien Dray, député de l’Essonne, dont la candidature a du mal à décoller et qui a appelé Bertrand Delanoë, François Hollande et Ségolène Royal, à « travailler tous ensemble », en vue du Congrès de Reims. « Je ne vois pas d’énormes différences à moins de vouloir cultiver virgules et nuances », expliquait-il dimanche 24 août dans Le Parisien. Jolie formule du porte-parole du PS qui ajoutait dans la même interview :« Ce serait bien également que ce contrat de direction soit élargi à Henri Emmanuelli et Benoît Hamon [animateurs du Nouveau Parti socialiste] et au pôle écologiste ». Le message est lancé… faites vos jeux !
« Si je dois être candidat, je le serai de bon cœur ! »
Ségolène Royal, elle, n’a pas l’intention de se laisser dicter la danse. Le 27 septembre, soit quatre jours après la date limite de dépôt des motions pour le congrès, elle a prévu d’organiser un « rassemblement de la fraternité »… au Zénith. Pas mal, si elle fait salle comble ! « Ségolène Royal fait le choix d’un parti de masse et à vocation à créer un grand rassemblement. Aucun leader n’est capable de mobiliser comme ça. Les gens se disent : “enfin la gauche nous reparle !” », confie Dominique Bertinotti, une des proches de Royal. La Présidente de la région Poitou-Charentes va donc essayer de frapper un grand coup, histoire de montrer qu’il faudra compter avec elle. Et ce jusqu’au bout. Même si plusieurs sondages - le dernier en date CSA pour Le Parisien - la placent derrière Bertrand Delanoë dans le cœur des sympathisants socialistes.
Malgré ces enquêtes d’opinion qui auraient pu lui donner des ailes, le maire de Paris a tardé à dévoiler ses intentions. « Le débat au sein du PS ne s’est pas encore assez déployé pour que je sache aujourd’hui si ma candidature au poste de premier secrétaire correspond à mon devoir. Mais si je dois être candidat, je le serai de bon cœur ! », lâchait-il, sibyllin, dans une interview au Point, mi-juillet. Certains socialistes se demandaient même s’il irait jusqu’au bout ou s’il se retirerait de la course rapido presto, avec l’idée de ne pas entamer son capital sympathie avant la présidentielle de 2012. A quatre jours de l’Université d’été du PS, il s’est enfin décidé. Dans un entretien au Monde daté du 27 août, Bertrand Delanoë, a confirmé sa candidature au poste de premier secrétaire : « Je serai le premier signataire d’une motion, pour une orientation politique que je souhaite majoritaire. J’accepterai donc évidemment la première tâche de militant, si les socialistes me la confient ».
Quant à l’actuel Premier secrétaire du PS, François Hollande, ce n’est que fin septembre qu’il dévoilera le nom du candidat qu’il soutient dans la course à sa sa succession. On vous avait prévenus : rien n’est joué. Quant à la migraine des militants socialistes, elle devrait durer encore quelques temps…
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